Le groupe audiovisuel public préfère mettre en stand-by son ambitieux projet de SVoD. Il ne cesse pourtant pas les négociations avec TF1, M6 et Orange afin de bâtir ensemble l'équivalent d'un Netflix hexagonal et ainsi mieux répondre à la demande actuelle.

Devenir le Netflix ou le Hulu à la française pour mieux répondre aux mutations de la petite lucarne, voici une ambition que le groupe France Télévisions n’a jamais caché. Problème, son grand projet de SVoD (ou télévision à la demande par abonnement) semble comme qui dirait en stand-by.

Selon nos confrères des Echos, l’annonce a été faite mardi 20 mars 2018 en interne. Un rétropédalage des plus surprenants puisque le projet est un des fers de lance de la stratégie de Delphine Ernotte, désireuse de renouveler l’offre de France Télévisions dont elle est la présidente depuis 2015.

Abandon pur et simple ?

Faut-il y voir là une forme d’abandon ? D’une part, les mastodontes comme Netflix ne semblent laisser que peu de chance à la concurrence, monopolisant la scène du streaming en France. Nous avions émis quelques doutes, face au conséquent retard pris par France Télévisions ainsi qu’au décalage indéniable entre ses envies et son budget. Sans compter qu’en interne, il se murmure que nombre d’employés ne sont toujours pas totalement convaincus. Aussi, Xavier Couture, ex-numéro 2 du groupe, avait confié peu avant son départ ne pas croire au projet, le qualifiant même « d’illusoire ».

Mais d’après les dires de Julien Verley, directeur du développement commercial du groupe audiovisuel public, inutile de céder à la panique. « On a mis en suspens le sujet pour quelques semaines, pour continuer nos discussions avec TF1 et M6 sur un projet commun. » C’était un secret de polichinelle : France Télévisions serait en pourparlers avec TF1, M6 mais aussi Orange depuis un petit moment pour créer l’ultime plateforme de SVoD hexagonale.

Ladite ultime plateforme pourrait proposer une cohorte de contenus, gratuits et payants, tout en contenant la classique mais néanmoins inévitable option « replay » des différentes chaînes participantes. « Le contexte est favorable compte tenu de la bataille entre les chaînes de télévision et les opérateurs télécoms et de la demande des téléspectateurs pour des contenus agrégés face à une floraison d’offres » commente Julien Verley.

Capture d’écran du mode replay de France TV sur internet.

TF1 et M6 sur la réserve

Cependant, du côté de TF1 et M6, le son de cloche diffère. Certes, Nicolas de Tavernost, aux commandes de la sixième chaîne, a bel et bien clamé à maintes reprises son soutien à l’idée d’un Netflix frenchy. Sans toutefois acter une éventuelle idée de format.

« On regarde le sujet dans son ensemble et le lancement d’un projet de SVoD commun n’est qu’un scénario parmi d’autres. On continue les négociations avec France TV, commente Thomas Follin, directeur adjoint chargé des activités de distribution de M6. Bien évidemment, il existe une valeur à l’agrégation de contenus ce qui plaide pour un modèle payant. » Du côté de TF1, même constat : aucune décision n’a été prise, aucun accord n’a été scellé.

Dommage : paraît-il que l’union fait pourtant la force. D’autant plus que France TV avait initialement prévu d’inaugurer la SVoD dès avril-mai sur les box des opérateurs télécoms… À voir si le groupe audiovisuel public trouvera malgré tout quelques alliés, tentera sa chance en solitaire ou finira par lâcher prise.

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