Dégradés, volés, privatisés : après les déboires arrivés à ses vélos, GoBee Bike quitte la France. Au Mobile World Congress, les Américains de LimeBike préparent leur arrivée.

Les mésaventures des entreprises, souvent venues d’Asie, qui proposent en France des services de vélo à emprunter sans station sont désormais connues. La startup GoBee Bike, basée à Hong-Kong, a annoncé récemment son départ de France, pays jugé trop incivile pour accepter son offre. En effet, GoBee estime que 3 400 vélos ont été vandalisés et plus de 1 000 ont été volés entre Paris, Reims et Lille. «  Malheureusement, notre bonne volonté et nos efforts n’auront pas suffi, déplore la société dans un communiqué, avant de poursuivre : depuis la mi-décembre, c’est un effet domino de dégradations qui s’est abattu sur notre flotte de vélos partout où notre service existait en France  ».

Ces constats émis par la concurrence, les équipes de LimeBike les connaissent. Et pourtant, au MWC, cette entreprise américaine qui a déjà convaincu plusieurs villes en Allemagne n’a pas peur. « Notre solution est particulièrement bien sécurisée, nos vélos sont conçus pour durer trois ans avant d’avoir besoin de les changer et ils sont localisés par une balise GPS en permanence, ce qui nous permet de les retrouver facilement  ». Soit. Ce n’est pas, a priori, ce qui devrait freiner les pulsions vandales des Français.

Au-delà de ces promesses, LimeBike a quelques différences avec la concurrence. Tout d’abord, la flotte n’est pas homogène. LimeBike propose des vélos simples, mais aussi des trottinettes électriques qui ont l’air plutôt robustes et un modèle plus haut de gamme de vélo qui, lui aussi, est équipé d’un petit moteur. Le vélo classique se déverrouille pour 1 € pour une demi-heure de route et les équipements motorisés se déverrouillent pour 1 € puis 10 centimes la minute. Des équipes sont assignées aux villes et se chargent de recharger les batteries et de réparer les vélos en cas de souci.

LimeBike espère créer un cercle vertueux

Côté civilité, LimeBike espère créer un cercle vertueux en récompensant ses utilisateurs. Par exemple, un utilisateur qui signale un vélo « privatisé » ou endommagé gagnera des minutes d’utilisation gratuite. Dans le même temps, cela rendra les équipes de maintenance plus efficaces. L’idée est simple, mais pourrait inciter à la bienveillance.

Toutefois, l’Américain sait que les flottes de vélos sont chères et compte à chaque fois sur les villes partenaires pour accompagner les investissements sur cette nouvelle mobilité écolo et pratique, n’ayant pas besoin de station. De leur côté, une ville comme celle de Paris ne semble pas avoir un intérêt à voir ces vélos fleurir, notamment parce qu’ils occupent parfois de manière aléatoire des trottoirs déjà bien trop petits. Le retard des nouveaux Vélibs pourrait pourtant laisser une fenêtre ouverte aux startups qui se lancent en ce moment à la conquête de la capitale.

Au-delà de l’argent et des fonds initiaux, le succès d’une telle entreprise repose donc toujours sur un contrat implicite entre l’entreprise et les citoyens. Elle s’engage à proposer un service à prix juste, efficace et à inciter à la bienveillance et au respect de l’espace urbain. Les citoyens eux, s’engagent à ne pas détruire ni voler le matériel et à faire en sorte de ne pas déposer les vélos n’importe où. Deux énoncés qui semblent évidents, mais qui n’ont pas fonctionné en France avec les premières sociétés arrivées dans nos villes. Difficile de savoir l’avenir que nous réserverons à LimeBike, quelle que soit la bonne volonté de ses fondateurs.

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