De nature plutôt optimiste, Tim Berners-Lee, l'inventeur du web, admet s'inquiéter de plus en plus des dérives pesant sur notre vie numérique. Il appelle les internautes à rester vigilants face aux menaces que représentent les fake news ou le recul américain sur la liberté du net.

Fake news, campagnes massives d’influence politique sur les réseaux sociaux, polarisation des débats en ligne… Tim Berners-Lee, le « père » du web, est bien conscient des nombreuses dérives qui pèsent sur notre vie numérique.

Et l’informaticien britannique reconnaît, auprès du Guardian, que cette accumulation de menaces a de quoi inquiéter : « Je reste optimiste, mais comme un optimiste qui se tient au sommet d’une colline en proie à une violente tempête, accroché à une clôture. »

Tim Berners-Lee, qui milite de longue date pour que le web reste une «  plateforme ouverte qui permet à chacun(e) de partager des informations, d’accéder à certaines opportunités et de collaborer sans frontières géographiques » conformément à l’esprit de ses débuts, estime que les internautes doivent rester conscients que l’évolution du web ne tend pas intrinsèquement vers des améliorations ou des avancées.

Un appel à revoir le fondement des réseaux sociaux

Il dénonce notamment le rôle joué par les réseaux sociaux comme Facebook dans le relais d’articles de désinformation accrocheurs (et rémunérateurs au vu des revenus engrangés) alors que son ancien président et l’un de ses premiers investisseurs ont tous les deux dénoncé le modèle volontairement addictif de la plateforme.

Le sexagénaire estime que l’efficacité des publicités d’influence ciblées comme la prolifération de contenus haineux sur les réseaux sociaux ne doivent pas être considérées comme des réalités immuables : « Nous avons tellement l’habitude de voir ces systèmes manipulés que nous en venons à penser que c’est comme ça qu’Internet fonctionne. […] Si [les réseaux sociaux] ne servent pas à l’humanité, ils devraient changer. »

S’il est le premier à prôner un web ouvert, Tim Berners-Lee fait lui-même l’objet de critiques. En avril 2017, il a ainsi reçu un prix ironique d’un collectif de défense de la liberté du net, qui dénonçait la généralisation des DRM — ces droits numériques qui peuvent restreindre la lecture de certains contenus selon des critères géographiques ou matériels notamment — acceptée par le W3C, le World Wide Web Consortium, présidé par l’informaticien britannique.

Tim Berners-Lee appelle toutefois de nouveau à défendre la neutralité du net — le principe selon lequel tout trafic doit être traité de manière égale pour tous les internautes, sans discrimination par rapport à leur appareil ou leur abonnement –, alors qu’elle est particulièrement menacée aux États-Unis.

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