Le prix de l'iPhone X a eu le mérite de mettre en lumière un fait trop longtemps oublié : les smartphone ne sont pas des téléphones et leur montée en gamme n'est pas que le signe d'une confiance démesuré des constructeurs. Entre outil professionnel, objet de divertissement et avatar de luxe, le smartphone n'a pas à être pointé du doigt pour son prix.

C’était évident que le prix de l’iPhone X allait donner des sueurs froides. Alors même que Samsung a dévoilé il y a quelques semaines un Galaxy Note 8 vendu à 1 009 € dans sa version de base, que le LG V30 devrait avoisiner ce tarif, ou que l’Hydrogen 1 a été annoncé à 1 200 $, c’est l’iPhone anniversaire qui semble avoir mis la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. 1 159 € en version de base, 1 359 € en version 256 Go : oui, c’est cher. Vous ne lirez pas sur Numerama que cette somme est modeste, ce qui reviendrait à nier l’existence de la pauvreté dans un cynisme dégoûtant. Au contraire, c’est même une petite fortune : c’est plus que le symbolique SMIC soit un mois de travail aux 35 heures au tarif minimum pratiqué en France.

Cela dit, estimer que c’est trop cher, c’est aussi être dans le faux, et ce pour plusieurs raisons. La première, c’est que le trop est relatif et bien souvent, la condamnation que l’on entend est à côté de la plaque « plus de 1 000 euros pour un téléphone ! Jamais !  ». Le problème dans cette phrase, c’est qu’il ne s’agit pas d’un téléphone. Un iPhone X, comme un Galaxy Note 8 ou un LG V30, est un ordinateur de poche. C’est certes un moyen de pratiquer l’appel téléphonique, cette manie du siècle dernier, mais c’est aussi un concentré de technologie pour faire des milliers d’autres choses qu’aucun appareil avant eux n’aurait pu réaliser.

Phil Schiller devant une photo prise à l’iPhone

Au quotidien, le smartphone a par exemple remplacé l’appareil photo pour bien des utilisateurs. Personne ne soulèverait un sourcil en voyant le prix d’un reflex d’entrée de gamme avoisiner les 1 000 €, si ce n’est les dépasser. Et pourtant, nous sommes prêts à parier que 99 % des photos que vous prendrez avec un mauvais reflex seront plus belles avec un bon smartphone comme ceux que nous avons cités. Il en va de même pour la communication et le divertissement : combien d’appareils, dans un foyer, ont autant de possibilités, de puissance et de qualité qu’un smartphone haut de gamme ?

Un iPhone X embarque aussi suffisamment de capteurs pour voir en profondeur, à l’avant comme à l’arrière. On a beaucoup parlé de gadgets amusants comme les Animojis, mais ces fonctionnalités liées ou non à la réalité augmentée auront un intérêt professionnel. On se souvient de cet article de blog qui, à la sortie de l’iPhone 7 Plus, envisageait les possibilités offertes par cet appareil qui mettait « des millions de dollars de matériel professionnel dans les mains du grand public pour de la menue monnaie ». Aujourd’hui, les caméras avant et arrière sont capables de ces mêmes prouesses et Apple a ouvert ses logiciels aux développeurs.

Et même si nous n’avons pas besoin de faire des mesures en profondeur tous les jours dans notre métier, la liste des tâches que nous effectuons sur un smartphone en tant que journalistes est aujourd’hui colossale — de l’enregistrement d’interview aux photos en passant par la prise de note, l’envoi de mail, la communication d’équipe, l’échange grâce à des messageries sécurisées… bref, si l’on devait défaire toutes les fonctionnalités d’un smartphone et avoir un outil ad hoc pour chacune d’entre elles, la facture se chiffrerait probablement à plusieurs milliers d’euros.

Cet exemple n’est que subjectif : combien de professions ont été radicalement changées grâce au smartphone, combien en ont fait leur outil de travail le plus précieux, combien ont même été créées grâce à ces objets ? Combien coûte un tracteur à budgétiser sur plusieurs années ? Combien coûte un four, un réfrigérateur industriel, un comptoir de bar, un bureau d’architecte, un ordinateur de joueur professionnel ou n’importe quel outil utilisé par n’importe quel artisan ou n’importe quelle entreprise pour rendre son métier plus agréable, efficace et tourné vers son avenir ? Beaucoup, assurément. Et dans le lot, des tas d’objets font moins de choses qu’un smartphone.

La dernière catégorie que le smartphone commence à conquérir est celle du luxe. D’un côté, la tentative des marques faussement luxueuse de proposer des smartphones (Virtu and co) a échoué : ce sont avant tout des objets technologiques. De l’autre, les marques de la tech ont désormais le savoir-faire pour créer des gammes de produits plus hautes que celles vendues auparavant qui peuvent être meilleures mais qui peuvent aussi, simplement, apporter une démarcation. Le Galaxy S8 a un écran sublime, mais si Samsung n’a pas retiré de la commercialisation le Galaxy S7, c’est bien qu’il le place dans une autre gamme. L’iPhone X respecte la même logique et sur ces marchés, l’individualité d’un modèle justifie son prix.

Dès lors, difficile de dire qu’un smartphone est trop cher, qu’il coûte 500, 800, 1 000 ou 3 000 €. Le smartphone est aujourd’hui l’un des objets les plus avancés technologiquement à la portée du plus grand nombre et les prix pratiqués par les constructeurs rappellent simplement qu’une industrie mure a tendance à se segmenter et à proposer des objets spécifiques à celles et ceux qui verront pourquoi cette somme est demandée.

Ce qui revient aussi à dire que si des smartphones coûtent aujourd’hui un SMIC, l’offre plus abordable n’a jamais été aussi nombreuse — chez Apple comme chez la concurrence. On ne s’étonne plus de voir des écrans de télévision vendus à des prix à cinq chiffres : gageons que dans dix ans, l’histoire sera la même pour ce petit objet toujours au fond d’une poche.

Partager sur les réseaux sociaux