Google Home débarque le 3 août 2017 en France. Cela fait 6 mois que la petite boîte assistante de maison de Google a rejoint notre foyer : l'heure du bilan a sonné.

Si Google a pris du temps pour sortir son Home en France, la bête étant disponible dans notre belle startup nation depuis le 3 août 2017 pour 149 €, nous le testons en réalité depuis maintenant 6 mois. En effet, lors du CES de Las Vegas, nous avons profité du petit trip américain pour ramener le jouet de Google qui nous intriguait tant depuis son annonce.

Nous avons donc pu apprendre à vivre au quotidien avec lui pendant de longs mois et voir à quel point il réussit — ou pas — le pari de Mountain View : s’immiscer naturellement dans nos vies comme une interface parlante entre nous et le web. Après 5 mois en anglais, un mois en québécois et une semaine en français, nous avons les idées plutôt claires sur les possibilités de l’engin.

Google Home, c’est quoi ?

Mais avant de donner nos impressions sur cet objet, rappelons brièvement ce qu’il est. Google Home est une enceinte connectée équipée d’un micro désactivable et qui utilise Google Assistant pour réaliser des tâches nombreuses et variées. Son utilisation est plus que rudimentaire : vous dites « Ok Google » ou « Dis Google », vous posez votre question ou formulez votre requête et, si cela rentre dans ses compétences, Google Home répond ou s’exécute. Et c’est tout.

Bien entendu, la première question qu’on se pose est celle de la vie privée. À ce sujet, il faut savoir plusieurs choses. D’abord, l’objet est équipé d’un bouton à l’arrière qui permet de désactiver matériellement le micro pour une durée de votre choix. Cela dit, ce n’est qu’une option de confort : Google Home n’est pas un micro connecté ouvert connecté en permanence à Internet.

Google IO
Google Home

Le fonctionnement est le suivant : Google Home écoute sans transmettre en attendant l’information qui le déclenche : « Ok Google » ou « Dis Google ». Cette fonctionnalité est exécutée en local : vous pouvez le déclencher même sans connexion à Internet. Il s’agit d’une sorte de bouton on/off qui serait oral. Ensuite, quand la commande est entendue, Home se met à transmettre : l’enceinte convertit votre voix en texte et envoie la requête à un serveur de Google qui va lui donner la réponse. C’est exactement le même procédé que sur Assistant, mais avec une couche de reconnaissance vocale et de Text to Speech.

En toute connaissance de cause, vous savez donc que la retranscription de ce que vous allez dire est transmise à Google après une commande. Vous aurez dans l’application l’historique de toutes les commandes enregistrées. Si vous acceptez ce deal, tout devrait bien se passer.

Une enceinte, des micros

Là où cela peut effectivement mal se passer, c’est dans le cas qui a été démontré par des chercheurs en sécurité avec un concurrent — Amazon Echo — : si vous faites l’objet d’une attaque ciblée, un hacker pourrait dans certains cas prendre le contrôle de votre assistant de maison et installer des micros ou des logiciels qui transmettraient effectivement votre vie à des tiers. Cela dit, cela nous trouvons plus simple de planquer un micro chez quelqu’un que de démonter un Echo ou un Home et de souder un composant dessus pour le détourner.

Bref, a priori, il n’y a pas plus à craindre d’un Home que de tout appareil diffusant des données sur vous vers des serveurs, équipés ou non d’un micro — smartphones, ordinateurs, réseaux sociaux. Si vous avez un compte Facebook et que vous l’utilisez, Google en sait déjà probablement plus sur vous que tout ce qu’un Home pourrait lui apporter.

Troquer un montant de « vie privée » contre un montant de « confort »

Nous ne tirerons pas d’alarme à votre place  : nous estimons que tout le monde est capable d’avoir un jugement éclairé à ce sujet en possédant l’information suffisante et chacun est en droit de troquer un montant de « vie privée » contre un montant de « confort » comme il l’entend. D’autant que, comme nous allons le voir, ce n’est clairement pas dans les interactions qui pourraient être privées ou informatives que Google Home excelle.

Là où Google Home réussit

Car c’est tout l’enjeu de Google Home : quel confort apporte-t-il ? Il faut savoir que l’engin fonctionne extrêmement bien techniquement : il entend d’une pièce à l’autre, il sait reconnaître en accent français en anglais et vice-versa, les réponses sont quasi instantanées, le son de sa voix est robotique mais clair, bref, ce n’est pas un produit qui aurait pu être bon s’il était plus mature. La technologie est là, Google la maîtrise.

Au début, on passe une ou deux heures à s’amuser avec Google Home. On lui pose des questions piège : on essaie de savoir s’il est contrôlé par la NSA, on lui demande qui sont ses parents, comment on fait les bébés… On découvre aussi les jeux : une sorte de quizz à plusieurs plutôt fun et un voyant qui raconte n’importe quoi. Cette phase découverte est plaisante et est répétée à chaque nouveau convive. C’est rigolo.

Hue, compatible avec Home

Sur la version anglaise que j’ai le plus utilisée, il y avait également des extensions, sortes de programmes proposés par des tiers qui viennent se greffer à Google Home. Il suffit de dire à l’enceinte « Dis Google, passe-moi untel » pour qu’elle nous mette en relation avec l’un de ses confrères à la voix robotisée. On trouve pèle-mêle des jeux, des trivia, une psychiatre ( ? ? ?), des restaurants, des chaînes de télés et des radios qui proposent des programmes spéciaux, conçus pour Home. En Français, ces options ne sont pas encore disponibles.

Ces interactions sont pourtant des exceptions, pas la règle. Vous vous en amuserez trois jours à tout casser avant de les laisser pourrir dans un coin de code. Elles fonctionnent, elles peuvent être utiles à des gens cherchant des usages très spécifiques, mais ce n’est pas le cœur de la réussite de Home.

Non, là où Google réussit à installer une routine réelle, c’est quand Google Home devient un compagnon d’interactions quotidiennes. Le matin, je me lève en demandant la météo à Home ou mon agenda de la journée. Dans les réglages avancés, je pourrais prévoir des commandes spécifiques pour regrouper des fonctions. Je demande également à Home les nouvelles du matin — par défaut, c’est une radio qui se lance et donne les titres. En France, Google est partenaire de Radio France et de plusieurs privées.

 Google réussit à installer une routine réelle

Ensuite, Home est devenu mon meilleur ami pour les timers : plutôt que de sortir mon smartphone, je demande à la boiboîte de lancer des temps de cuisson, exécutés à merveille. C’est fluide, rapide et sans friction. Dans le même ordre d’idée, Home est un bon compagnon pour les rappels et les choses que vous souhaitez sortir de votre tête — sans pour autant les oublier. Bref, un pense-bête moderne.

Enfin, Home — et c’est là mon usage le plus radical — est un pont domotique impressionnant. Compatible avec des tas de services et protocoles — de Google ou non –, Home est devenu mon interface avec mon appartement. Je contrôle mes lumières (Philips Hue) avec alors que j’utilisais Siri avant. Home sait gérer l’intensité, les nuances, les couleurs, les groupes de lumières et les lumières individuelles. Bref, le mouvement qui allait d’un point A au bouton est devenu un mouvement sans friction, déclenché depuis n’importe quel endroit — lit, canapé, cuisine… Tout fonctionne et pour le coup, une fois le réflexe pris, c’est dur de revenir en arrière.

À l’écoute

Côté domotique toujours, Home excelle en compagnon du protocole Cast de Google — Chromecast, Chromecast 4K ou Chromecast Audio. Vous pouvez lancer votre musique depuis les applications de streaming compatibles (Spotify, Play Music, Deezer) sur les enceintes de votre choix. Vous pouvez demander de lancer une série sur Netflix ou de reprendre un épisode au début. Google Home est impressionnant de précision : contrairement à Siri très en retard sur ce point, il devine tout — de votre prononciation de Frank Ocean ou des Beatles à votre façon d’écorcher Stranger Things ou House of Cards.

On prend ces habitudes avec plaisir en se disant que Google a réussi à mettre une distance bien agréable entre nous et nos smartphones, sans limiter notre accès à d’autres technologies. Au fond, on est aux prémisses d’une ère où le smartphone ne sera plus le seul hub ou le seul moyen de communiquer.

Là où Google Home échoue

Et pourtant, Google Home est encore imparfait — ou du moins, il n’arrive pas à convaincre comme le ferait une vidéo publicitaire. Dans un spot publicitaire, on imagine une famille en train de discuter à table du dernier film de Christopher Nolan. Puis dans la discussion, la petite fille demande quelle est la filmographie du réalisateur. La maman claque son plus beau sourire et lance un « Dis Google, quelle est la filmographie de Christopher Nolan ? ». La machine s’exécute, la famille sourit, scénario suivant.

En réalité, l’interaction spontanée avec Google Home pour le faire participer à une conversation est quasi nulle. Quand vous êtes entre potes, vous n’allez jamais vous arrêter de parler pour intégrer Home à vos bisbilles, vos farces ou vos plans. Vous n’allez pas non plus lâcher spontanément des « Tiens, demandons à Google ! » au beau milieu d’une conversation. Ce n’est tout simplement pas naturel : tout le monde doit s’arrêter de parler, vous devez vous concentrer sur la réponse, bref, vous vous détournez de votre rendez-vous social, quelle que soit son échelle.

Et ça, en 6 mois d’utilisation, cela m’est peut-être arrivé… une fois ? Deux ? Et encore, cela devait être pour faire une démonstration, pas pour utiliser sérieusement et naturellement l’interface. Parce qu’elle interrompt par sa nature tout lien social, l’interface de Google Home ne s’intègre pas dans une conversation humaine. À la limite, une version plus évoluée serait adaptée. On aurait une conversation de ce genre, entre trois amis :

Pote 1 : Tu as vu le dernier Nolan au ciné ?
Pote 2 : Non et vous ? Il paraît qu’il est pas mal
Pote 3 : Ouais j’ai lu des critiques, ça a l’air assez unanime
Pote 2 : On va le voir ce soir ?
Google Home : Déso de vous interrompre, mais j’ai peut-être une info qui va vous permettre de vous organiser.
Pote 1 : Oui Google ?
Google Home : Tourcoing de Christopher Nolan passe dans 25 minutes au cinéma qui se trouve à côté de la gare, à 10 minutes de chez vous. Dois-je vous acheter 3 billets ?

Bref, vous voyez le genre : il faut que Home parvienne à devenir une sorte d’interface omnisciente pour s’intégrer dans les conversations de manière naturelle. Sans cela, ce sera toujours maladroit et inopportun. Google n’a pas réussi à briser cette barrière qui fait qu’on communiquerait naturellement avec un objet en situation de sociabilité. On le fait bien plutôt quand on est seul. Comme si on avait un peu honte.

Est-ce que cela viendra avec le temps ? Dans cette forme là, pas sûr. Peut-être avec des enfants et des interactions mignonnes de type « Dis Google, fais-moi le bruit du chat », mais on est encore très très loin du naturel — et donc du confortable. Rien que le fait de devoir dire « Dis Google » est un frein à l’usage en société : s’il est au milieu de la pièce, pourquoi ne sait-il pas capter les signaux qui disent qu’on s’adresse à lui ? Le Google Home de demain sera peut-être le Jarvis d’Iron Man ou les nombreuses IA des vaisseaux spatiaux — de 2001 à Alien Covenant. Et là, oui, on daignera l’intégrer à nos interactions sociales.

Enfin, au-delà de ces considérations quasi philosophiques sur l’être social d’une boîte qui parle, il faut pointer un autre aspect négatif du Home français : il n’est pas aussi puissant que le Home américain et n’est pas aussi simple à configurer qu’on l’espérait. L’application Home de Google devient vite surchargée de menus, d’onglets, de réglages qui apparaissent dans des petits recoins et autres paramètres accessibles en local et pas à distance. C’est vraiment fouillis et vous passerez probablement un certain temps sur l’app avant de configurer correctement votre intérieur et les interactions qui vont bien.

Il reste donc une belle marge à Google avant de créer un Assistant qui assiste aussi bien qu’on l’imagine. Reste qu’avec cette première itération qui frôle le sans-faute technique, la graine est plantée : difficile de s’en passer après 6 mois d’utilisation quotidienne.

Google Home est disponible à 149 €.

Google Home

En bref

Google Home

On peut dire sans mal que Google Home a su se rendre essentiel dans notre routine. C'est un outil particulièrement incroyable pour gérer un intérieur connecté et des petites tâches de la vie de tous les jours qui auraient eu besoin de plusieurs appareils -- ou d'un smartphone. 

En revanche, Home reste une boîte à faire des trucs. Ce n'est pas notre pote, pas notre confident, pas notre Jarvis, HAL ou Wall-E maison : on ne discute pas avec lui et on ne va pas naturellement l'intégrer à nos discussions. Le processus de déclenchement impose trop de friction dans une situation de sociabilité -- à deux ou à plusieurs. 

Et malgré cet usage tronqué très matériel, difficile de s'en séparer après 6 mois en sa compagnie. 

Top

  • Hub domotique parfait
  • Excelle techniquement
  • S'intègre dans une routine quotidienne

Bof

  • Moins fourni qu'aux USA
  • Pas un robot de conversation
  • Trop de friction

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