L'organisme W3C, chargé d'encadrer la conception des standards du web, a décidé de faire des extensions pour médias chiffrés une nouvelle recommandation. Au grand dam des défenseurs des libertés dans l'environnement numérique.

La mobilisation assez remarquable à l’encontre des extensions pour médias chiffrés (Encrypted Media Extensions, EME) n’aura rien changé : ces mesures techniques de protection sont devenues une recommandation du World Wide Web Consortium (W3C). L’organisme, qui est chargé d’encadrer la conception des standards du web, a annoncé la nouvelle le 6 juillet sur une liste de diffusion.

« Le directeur [Tim Berners-Lee, considéré comme le père du web, ndlr] a passé en revue très attentivement les objections et a aussi discuté avec les experts et le grand public. Dans certains cas, le directeur a constaté que les objections avaient déjà été traitées, mais a demandé au groupe de travail de préciser la façon dont ces questions étaient traitées dans la documentation », lit-on dans le message

« Dans d’autres cas, les objections ont été rejetées. Sur cette base, et sur le fait que les EME améliorent l’expérience de l’utilisateur par rapport aux solutions actuelles, le directeur a décidé de publier la spécification révisée en tant que recommandation du W3C ». Cette voie « reste une meilleure alternative pour les usagers […], y compris pour des raisons de sécurité, de confidentialité et d’accessibilité ».

Le W3C juge avoir traité les critiques

Parmi les arguments contre les EME figurent l’absence d’une convention sur un cadre anti-contournement, les soucis d’archivage des contenus, une protection inadéquate pour les internautes, des difficultés à intégrer la spécification dans les logiciels libres, le cas des personnes handicapées ou encore le défi que cela pose pour les nouveaux entrants et les spécifications inadaptées pour le web ouvert.

Toutes ces critiques et remarques ont fait l’objet d’une réponse, considère le W3C, qui en rappelle par ailleurs à chaque fois les grandes lignes dans son message.

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DRM. Allégorie.
CC Tarang hirani

L’affaire ne devrait pas en rester là. L’Electronic Frontier Foundation, une organisation américaine de premier plan spécialisée dans la défense des libertés dans l’espace numérique, a expliqué son intention de faire appel « du vote le plus controversé dans l’histoire du W3C » (et qui a même inquiété l’Unesco elle-même), même si elle n’a pas la certitude que son action débouche sur une issue favorable.

« Il existe un processus d’appel pour les décisions de Tim Berners-Lee au W3C, qui n’a jamais été déclenchée avec succès. L’ensemble du projet de conception de la technologie pour contrôler les internautes, plutôt que de les responsabiliser, a pris le W3C dans des eaux inexplorées, et ce n’est pas le plus familier de tous. Nous examinons cela et évaluons nos options », écrit l’ONG.

L’EFF, qui est une opposante historique à l’idée d’élargir le champ des standards du web aux DRM, revient d’ailleurs elle aussi sur les critiques adressées aux EME mais, contrairement au W3C, qui a pour sa part toujours voulu les prendre en compte, les développe dans un long article pour bien expliquer leur nocivité dans l’écosystème numérique. Une bataille a été perdue, mais pas encore la guerre.

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