Après avoir dévoilé ses grands projets en matière de réalité augmentée, Facebook a profité de la deuxième journée de son évènement annuel pour aborder ses ambitions en matière d'interaction directe avec le cerveau. L'entreprise veut lancer un système qui permet de rédiger des messages directement grâce aux ondes cérébrales, sans bouger le moindre doigt.

«  Et si vous pouviez écrire directement [un message] grâce à votre cerveau ? » La question posée par Regina Dugan, la responsable de Building 8, le labo de recherche et développement (R&D) de Facebook, au public californien réuni pour la deuxième journée d’annonces majeures de l’entreprise, lui a permis de s’assurer l’attention complète de son auditoire.

L’idée, sur laquelle planche une équipe de plus de 60 ingénieurs et scientifiques, consiste à retranscrire vos pensées à autrui directement depuis votre cerveau, par une méthode qui deviendra aussi rapide que le partage d’une photo ou d’une vidéo sur Facebook. À une différence notable près : vous n’aurez pas à bouger le moindre doigt. « Ça paraît impossible mais on en est plus proche que vous ne le pensez » souligne Regina Dugan.

L’entreprise aux grandes ambitions entend ainsi accroître la vitesse et la simplicité d’échange par messages ou emails. Le smartphone ne serait en effet plus nécessaire pour les rédiger et, surtout, il serait possible de rédiger 100 mots par minute, soit 5 fois la vitesse maximum actuelle sur mobile. « Même une chose aussi simple qu’un moyen de répondre oui ou non par un clic du cerveau ou un cerveau-souris serait un changement considérable. » précise Regina Dugan par ailleurs, en soulignant que ce travail occupera le Building 8 au cours des deux prochaine années.

Des capteurs textiles ?

Pour ce faire, l’ancienne spécialiste des innovations chez Google, également passée par l’agence américaine pour les projets de recherche avancée de défense (Darpa) avant d’être recrutée à la tête du Building 8 de Facebook en 2016, entend développer une technologie  « non intrusive » à double titre. D’abord physique, en remplaçant l’implantation d’électrodes sur le crâne par de multiples capteurs moins encombrants — comme une manche de vêtement — ainsi que l’a précisé le patron de Facebook, Mark Zuckerberg : « À terme, nous voulons en faire une technologie portable produite à grande échelle. »

Mais Regina Dugan est aussi bien consciente des craintes légitimes suscitées par une telle technologie, surtout quand celle-ci provient d’une entreprise dotée d’un accès inégalé à nos données personnelles. Elle a donc tenu à rassurer le public sur la nature non intrusive de cet accès à notre cerveau (sans forcément convaincre) : « Il n’est pas question de décoder vos pensées au hasard. Ce serait en savoir beaucoup plus que ce que veulent la plupart d’entre nous. Il s’agit de pensées que vous souhaitez partager, de mots que vous avez décidé d’envoyer au centre du langage de votre cerveau ».

Les équipes de Building 8 partent de loin puisqu’il s’agit de créer une technologie inexistante à ce jour, capable de déchiffrer en temps réel les signaux du cerveau liés au langage.

 

« Penser en mandarin et transmettre le message en espagnol »

Parmi les possibilités concrètes offertes par cette forme de communication télépathique,  la responsable de Building 8 a longuement évoqué l’abolition de la barrière de la langue, directement liée à la captation de ces ondes cérébrales par notre peau : « Je pense qu’un jour, pas si lointain, il sera possible que je pense en mandarin et que vous les receviez instantanément en espagnol. »

Si l’idée de rendre le smartphone obsolète en matière de communication textuelle peut paraître contradictoire avec l’essor de la réalité augmentée sur ce support prôné par Facebook, les équipes de Building 8 planchent en complémentarité sur ces deux voies, comme le souligne sa responsable sur son compte : « Contrairement aux autres [approches], la nôtre sera concentrée sur la création d’un système non intrusif qui pourrait un jour devenir une prothèse pour les personnes aux troubles de la communication ou un nouveau moyen d’interagir avec la réalité augmentée. »

Regina Dugan reconnaît que les avancées les plus poussées en matière d’interaction directe avec le cerveau mettront du temps à voir le jour mais elle ne cache pas son enthousiasme quant aux premières possibilités offertes dans ce domaine. « Ce n’est que le début ». À l’instar de l’essor de la réalité augmentée que Facebook entend porter dès cette année pour devenir pionnier dans le secteur.

À lire sur Numerama : Facebook mise son avenir sur la réalité augmentée (et la copie de Snapchat)

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