Mozilla a annoncé l'arrivée dans Firefox du Context Graph, une fonctionnalité qui permettra de recommander des contenus en fonction des pages visitées par l'utilisateur. Mais il lui faudra convaincre sur le respect de la vie privée, qui est une valeur forte défendue par la fondation.

Nick Nguyen, le vice-président produit de Mozilla, a annoncé mercredi dans une publication sur Medium le développement d’une nouvelle fonctionnalité au sein de Firefox, le Context Graph, susceptible de modifier la manière dont les internautes découvrent des sites à visiter. Il fera du navigateur libre une sorte de réseau social informel de suggestions de pages web.

Comme avec le partenariat (encore timide) avec Qwant, l’objectif assumé par Mozilla est clairement de lutter contre les géants du Web qui ont pris trop de poids, à commencer par Google et Facebook. « Ce qui nous inquiète c’est l’impact sur le long terme d’un monde où un petit nombre d’entreprises domine le web pour la découverte [de sites] et les services, et l’effet de levier que ça crée. Dans ce monde de grands arbres, le seul chemin pour accéder à de nouvelles idées demande un paiement ou de l’acquisition, et les deux tendent à coûter de l’argent », écrit Nguyen.

Il rappelle qu’à l’origine le Web était un endroit où l’internaute attendait d’être surpris et émerveillé par ses découvertes, alors qu’aujourd’hui il est devenu largement utilitaire, et les géants du Web qui le dominent cherchent au contraire à éviter les surprises, mais plutôt à garder les internautes en lieux sûrs et contrôlés.

Le Context Graph, qu’est-ce que c’est ?

Le Context Graph est le nom donné à Mozilla à son système de recommandation contextuelle de contenus, qui vient proposer de nouvelles pages à visiter en fonction de celle affichée, et du parcours de l’utilisateur. Pour l’alimenter, Mozilla va glaner des informations sur ce qui conduit généralement les internautes à se rendre sur une page, va analyser le comportement de l’internaute sur les pages des mêmes thématiques (par exemple pour identifier celles qui sont le plus pertinentes parce que les internautes ont tendance à y passer plus de temps), et affinera progressivement sa connaissance du Web pour être capable de suggérer des contenus liés.

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Par exemple, si vous lisez notre test d’une tondeuse robot sur Numerama, Mozilla devrait être capable de suggérer de se rendre ensuite sur la page dédiée du site du constructeur, ou sur un site d’un commerçant qui la met en vente, de regarder des vidéos complémentaires sur YouTube, etc.

Au sein de Firefox, le Context Graph est alimenté par un nouveau module en cours de test (via le module Test Pilot), Activity Stream, qui analyse l’historique du navigation et fait remonter des informations à Mozilla. Pour le moment Activity Stream ne suggère pas de contenus contextuels, mais le but est d’avoir suffisamment de bénévoles pour rassembler une première base de données exploitable, avant de déployer les suggestions.

Du coup, Mozilla espionnera la navigation ?

L’analyse de la navigation pour suggérer d’autres contenus pose d’évidentes questions de protection de la vie privée des utilisateurs. Sur son billet de blog, Nick Nguyen affirme que Mozilla « prouvera que ces produits [de recommandations] sont possibles sans violer la confiance ou la vie privée de l’utilisateur », et que la fondation «  travaillera à s’assurer que [les] utilisateurs comprennent ce qu’ils partagent et la valeur qu’ils reçoivent en retour ».

En pratique, la fondation devrait mettre en place des garde-fous proches de ce qu’elle avait fait en mettant en place des publicités ciblées dans Firefox, auxquelles Mozilla a dû finalement renoncer (mais le Context Graph sera un moyen de les faire revenir plus discrètement). Toutefois le fonctionnement du Context Graph n’est pas encore très clair.

Mozilla indique uniquement qu’il obtient des métadonnées à propos des sites que vous visitez, en demandant à Embedly de les fournir et en utilisant ses propres serveurs comme proxy entre Embedly et l’internaute. En revanche, il n’est jamais fait mention nulle part d’une remontée des URL visitées vers Mozilla et de leur éventuelle conservation.

Il faudra donc que la fondation soit plus claire sur sa manière de collecter les données et de les stocker, si elle veut garder la confiance des utilisateurs.

Ceux qui veulent en savoir plus et en ont la compétence pourront toutefois regarder le code source, puisque la solution est évidemment open source, comme toujours avec Mozilla.

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