Dans une interview pour une chaîne australienne, la candidate démocrate malheureuse de l'élection présidentielle américaine de 2016 accuse ouvertement Wikileaks d'être une « filiale » du renseignement russe, pour avoir notamment diffusé les mails du Parti démocrate pendant la campagne.

Pour Hillary Clinton, la tournée promotionnelle de son livre, What Happened, qui revient sur sa campagne présidentielle perdue face à Donald Trump, est aussi l’occasion de régler ses comptes avec ceux qu’elle estime en partie responsables de sa défaite.

Dans un extrait d’une interview avec l’émission australienne Four Corners, qui doit être diffusée ce lundi 16 octobre, l’ancienne candidate démocrate accuse ouvertement Julian Assange, le co-fondateur de Wikileaks, d’être à la solde du Kremlin pour avoir relayé les données du Parti démocrate dérobées par des agents russes. Ce piratage faisait partie des méthodes déployées pendant une campagne d’influence plus globale visant à favoriser Donald Trump à quelques semaines du scrutin de novembre 2016.

Hillary Clinton qualifie ainsi Julian Assange d’« opportuniste nihiliste aux ordres d’un dictateur  » et affirme : « Désormais, en pratique, Wikileaks est malheureusement une filiale intégrale du renseignement russe. » L’ancienne secrétaire d’État de Barack Obama fait notamment référence au rapport conjoint du FBI, de la CIA et de la NSA rendu en janvier 2017. Celui-ci affirme que Vladimir Poutine a mené une campagne d’influence pendant l’élection américaine, incluant des tentatives de piratage, dont celle de « larges volumes de données » du Parti démocrate américain, avant de recourir à « l’avatar Guccifer 2.0, WikiLeaks et DCLeaks » pour les diffuser.

« Déstabiliser la démocratie »

Hillary Clinton est convaincue que les actions de Julian Assange s’expliquent par son ressentiment personnel envers elle : « Nos services de renseignement et d’autres observateurs de la Russie et de Poutine ont affirmé qu’il m’en voulait car, en tant que secrétaire d’État, j’ai agi contre certaines de ses initiatives et son autoritarisme. » Elle s’inquiète surtout des menaces bien plus grandes que représenterait Wikileaks à l’heure actuelle : « [Assange] veut déstabiliser la démocratie, ébranler les États-Unis, s’attaquer à [l’OTAN] donc à l’Australie, considérée comme une extension de l’Alliance atlantique. »

L’ancienne secrétaire d’État de Barack Obama estime notamment que la publication par Wikileaks de plus de 2 000 mails de son directeur de campagne, John Podesta, dans la foulée de la diffusion par le Washington Post de l’archive vidéo de Donald Trump où il tenait, pendant le tournage de l’émission Hollywood Access en 2005, des propos sexistes, est loin de relever du hasard : « Je n’ai aucun doute sur le fait qu’il y avait une communication [entre la Russie et Wikileaks] ou une coordination pour les publier en réponse à la vidéo d’Hollywood Access. »

Depuis les premières accusations à son encontre, la Russie nie toute implication dans la campagne présidentielle américaine. Une position qu’elle maintient aujourd’hui alors que le rôle joué par ses publicités ciblées sur différentes plateformes — Facebook, Twitter et Google notamment — est scruté de près. Julian Assange nie quant à lui de longue date tout lien avec la Russie : les mails publiés par Wikileaks ne proviendraient à l’en croire « d’aucun État ».

Sur Twitter, le co-fondateur de Wikileaks, toujours reclus dans l’ambassade d’Équateur à Londres malgré le classement sans suite de l’enquête suédoise sur les accusations de viol qui l’entourent, s’est empressé de réagir aux accusations d’Hillary Clinton en analysant son comportement dans cet extrait de l’interview : « Quelque chose ne va pas avec Hillary Clinton. Ce n’est pas seulement ses mensonges permanents, ni ses regards menaçants ou sa fureur qu’on lui refuse ce qu’elle s’estime dû. »

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