Les débats concernant la fin des véhicules thermiques neufs en 2035 se poursuivent. Le chancelier allemand apporte toujours plus son soutien aux constructeurs de son pays, au risque de fragiliser l’équilibre déjà précaire du marché européen et de sa transition.
Selon Bloomberg, le chancelier Friedrich Merz profite du sommet européen du 12 avril 2026 pour convaincre les autres États membres de vider de sa substance l’interdiction des moteurs thermiques prévue pour 2035. En coulisses, il défend surtout la ligne de l’Association des constructeurs européens d’automobiles (ACEA), actuellement pilotée par le patron de Mercedes.
Sous couvert de flexibilité, certains constructeurs tentent d’obtenir toujours plus de « droit de polluer », au grand dam des ONG environnementales qui y voient un suicide énergétique.


Le plan de l’Allemagne pour vider l’objectif 2035 de sa substance
L’Allemagne ne demande pas (encore) de supprimer ou revoir l’objectif de 90 % de réduction d’émissions pour 2035. L’attaque serait trop frontale pour être acceptée. En revanche, le gouvernement allemand veut s’arranger sur les sanctions et les méthodes de calcul en actant dès à présent que :
- les e-fuels et biocarburants soient considérés comme « zéro émission » immédiatement. Un moteur qui brûle du biocarburant serait donc, par magie administrative, aussi propre qu’une Tesla.
- les 10 % restants de moteurs thermiques autorisés en 2035 ne soient plus compensés par des investissements dans l’acier vert ou des carburants neutres.

Autrement dit, ces 10 % deviennent un droit à polluer sans compensation. En ajoutant les véhicules roulant aux e-fuels ou aux biocarburants considérés comme « zéro émission », on ne change pas l’objectif de 90 %, mais on change la manière de compter pour que certains moteurs thermiques rentrent dans la case « vert ». Un tour de passe-passe qui ne passe pas auprès de l’organisation Transport & Environment (T&E), qui dénonce les faits.
Les hybrides rechargeables et leur calcul trompeur
C’est le point de friction majeur avec l’ONG Transport & Environment (T&E). C’est aussi le point le plus technique, mais aussi le plus cynique de l’offensive allemande. Aujourd’hui, les hybrides rechargeables (PHEV) profitent d’un mode de calcul très généreux, le « facteur d’utilité ».
Derrière ce terme complexe, se cache une réalité simple : les hybrides sont aujourd’hui homologués sur la base de trajets purement électriques, qui ne correspondent pas à la réalité. Sur le papier, ils ne polluent presque pas. Dans la vraie vie, c’est une autre histoire. Selon T&E, quand un véhicule hybride rechargeable affiche officiellement une homologation de 27 g de CO2/km, il recrache généralement plutôt 97 g de CO2/km sur la route.

L’UE devait durcir ce calcul dès 2027 pour coller à la réalité. Mais l’Allemagne et l’ACEA font bloc pour suspendre cette réforme. Pourquoi ? Parce que si l’on comptait les émissions réelles (souvent trois fois supérieures aux chiffres officiels), les constructeurs ne pourraient plus respecter leurs quotas sans vendre massivement de l’électrique. En gardant les anciens chiffres, cela amène bien plus de flexibilité et bien moins de risque de sanctions financières.
74 milliards d’euros : la facture salée du lobby automobile
Le plus ironique dans cette bataille, c’est le contexte géopolitique dans lequel elle intervient. Au moment où la guerre au Moyen-Orient fait s’envoler les prix à la pompe, l’industrie demande des règles qui vont maintenir l’Europe dans sa dépendance aux importations de pétrole.
Selon l’analyse de l’ONG Transport & Environment, ce ralentissement de l’électrification forcerait l’Europe à importer pour 74 milliards d’euros de pétrole supplémentaire d’ici à 2035. Tandis que les constructeurs plaident pour la survie de leur outil industriel traditionnel, ils semblent oublier que chaque voiture thermique supplémentaire est une victoire pour les exportateurs de pétrole, et une facture salée pour le consommateur qui risque de payer un plein hors de prix pendant encore longtemps.

Si l’Europe cède, la part de marché de l’électrique pourrait stagner autour de 20 % au lieu de s’envoler vers les 60 % prévus en 2030, selon les calculs de T&E. Ces projections restent à prendre avec prudence. Néanmoins, cela montre tout le paradoxe de cette offensive : en voulant protéger ses constructeurs des marques chinoises, l’Europe risque de freiner sa propre transition.
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