La Chine, particulièrement touchée par la cyberattaque WannaCrypt, s'est montrée particulièrement critique de la politique américaine en matière de prévention dans ce domaine. Un moyen comme un autre de vanter le renforcement d'une loi de cybersécurité et de se présenter comme un pilier mondial du web.

Les répercussions de la cyberattaque mondiale qui a infecté plus de 200 000 ordinateurs et touché 150 pays grâce au ransomware WannaCrypt à compter du vendredi 12 mai auront-elles aussi un impact sur les relations entre la Chine et les États-Unis ? Plusieurs médias gouvernementaux chinois ont critiqué, ce mercredi, la politique des États-Unis en matière de lutte contre les cyberattaques.

Samedi 13 mai, la Chine comptait au moins 30 000 victimes, qu’il s’agisse des ordinateurs du gouvernement, de certaines universités ou d’entreprises. Comme l’explique le New York Times, l’impact important de WannaCrypt dans le pays s’explique notamment par le recours fréquent à des versions piratées de Windows, qui passent souvent à côté des mises à jour de sécurité les plus importantes. Selon une étude publiée en 2015, 70 % des logiciels utilisés en Chine sont ainsi des versions pirates.

Le quotidien anglophone China Daily, contrôlé par l’État, affirme ainsi ce mercredi 17 mai : « Les efforts concertés pour s’attaquer aux cyber crimes ont été entravés par les agissements des États-Unis. » Difficile de ne pas y voir une référence au fait que WannaCry s’appuie notamment sur une faille de Windows repérée de longue date par la NSA, qui a préféré l’utiliser à des fins d’espionnage avant que celle-ci fuite sur le web en avril à l’initiative des hackers connus sous le nom de Shadow Brokers.

 

L’occasion de vanter une loi de cybersécurité

Mais les critiques du quotidien visent surtout à favoriser la politique intérieure de la Chine. Le pays s’apprête en effet à renforcer une loi de cybersécurité critiquée par plusieurs entreprises américaines pour les verrous qu’elle imposerait, selon elles, aux sociétés étrangères. Celles-ci seraient notamment soumises à des règles de stockage de données et de surveillance particulièrement restrictives.

Ces critiques sont aussi un moyen pour la Chine d’affirmer sa position sur le web, qu’elle juge globalement dominé par les États-Unis. Et de critiquer le pays de Donald Trump pour l’interdiction d’activité appliquée à certaines entreprises chinoises : Huawei se voit ainsi proscrire la signature de tout contrat télécom avec le gouvernement américain, par peur d’un espionnage en faveur de la Chine.

Une restriction jugée hypocrite par China Daily au vu des activités de la NSA, le quotidien estimant que le pays n’a « aucune preuve crédible » pour justifier ces craintes. De son côté, Pékin a récemment cité la propagation des fake news comme argument justifiant d’un contrôle renforcé sur le web au niveau mondial.

Par l’intermédiaire de son compte WeChat Xiakedao, le quotidien gouvernemental People’s Daily appelle pour sa part la NSA à tirer la leçon de cette attaque et déplore le fait que des décisions de politique intérieure propres aux États-Unis représentent un danger à l’échelle mondiale.

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