Selon La Voix du Nord, au moins l'un des deux auteurs de l'attentat de l'église de Saint-Étienne-du-Rouvray utilisait régulièrement la messagerie chiffrée Telegram pour communiquer avec des islamistes, et aurait posté un message une heure avant l'attentat.

Il faut s’attendre à voir très vite renaître le débat sur le chiffrement et l’obligation qui pourrait être faite aux fournisseurs de messageries électroniques de laisser les services de Renseignement accéder aux communications. La Voix du Nord affirme qu’Adel Kermiche, l’un des deux coauteurs de la tuerie de l’église de Saint-Étienne-du-Rouvray, près de Rouen, utilisait la messagerie chiffrée Telegram, à des fins djihadistes. Il aurait envoyé un message sur un canal de discussion une heure avant l’attaque.

« Selon nos informations, Adel Kermiche avait ouvert sur Telegram une « private channel » (haqq-wad-dalil), une chaîne lui permettant de s’adresser à une audience ultra-sélectionnée. Il avait choisi pour nom de code Abu Jayyed al-Hanafi et la photo de Abou Bakr al-Baghdadi, chef suprême de l’État islamique, comme représentation », écrit le quotidien régional.

Télécharger (sic) ce qui va venir et partager le en masse ! ! ! !

Selon les membres arabophones de la rédaction de Numerama, haqq-wad-dalil signifierait quelque chose comme « preuve de la vérité » ou « guide de la vérité ».

La Voix du Nord ajoute que « le terroriste correspondait depuis des mois via ce canal avec près de 200 personnes, dont une dizaine de Nordistes », qui étaient d’abord approchés par Facebook. Le matin de l’attentat, le 26 juillet 2016 à 8h30, il aurait envoyé sur ce salon un message qui disait : « Télécharger (sic) ce qui va venir et partager le en masse ! ! ! ! ».

Le quotidien ne dit rien d’un éventuel document qui aurait pu être mis en partage par la suite, ce qui ne laisse la voie qu’à des spéculations. Peut-être Kermiche avait-il prévu de filmer son acte odieux, ou des revendications, et espérait trouver des relais à sa diffusion à travers ses contacts sur Telegram.

Si cette information se confirme ce serait, à notre connaissance, la première fois qu’un lien direct est effectué entre un attentat terroriste en France et l’utilisation de messageries chiffrées.

Comment surveiller Telegram ?

La Voix du Nord ne dit pas par quel biais le message aurait été découvert. Il est possible que les enquêteurs aient trouvé ce message en accédant à l’historique Telegram du terroriste, depuis son téléphone mobile qui n’aurait pas été bloqué. Le plus probable est toutefois que l’information provienne d’un autre utilisateur du salon haqq-wad-dalil, puisque le quotidien cite le témoignage de l’un d’entre eux, qui explique que les échanges pouvaient y être « écrits ou oraux mais toujours détruits rapidement ».

Il est connu depuis de très nombreux mois que Telegram, qui dispose de plus de 100 millions d’utilisateurs à travers le monde, est aussi utilisé par des djihadistes qui recherchent la sécurité d’une messagerie chiffrée.

Après avoir refusé d’opérer la moindre censure, en tout en continuant à livrer la moindre information personnelle sur ses utilisateurs, Pavel Durov a fini par décider en novembre 2015 de fermer des salons de discussion liés à l’État islamique, pour mettre fin aux accusations de complicité passive. Il avait appelé les internautes à les signaler pour permettre leur fermeture.

Théoriquement, les canaux de discussion peuvent être infiltrés par les agents des services de renseignement. Reste qu’en l’absence de communication d’informations sur les utilisateurs, il peut être difficile de remonter jusqu’à l’auteur d’un message présentant une menace particulièrement élevée.

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