Le royaume d'Arabie Saoudite ne tolère pas que l'on compare ses condamnations à mort de poètes aux exécutions commises par l'État islamique, et menace de porter plainte contre qui brave l'interdiction. Twitter réagit par un effet Streisand.

Le 17 novembre dernier, un tribunal d’Arabie Saoudite condamnait à mort le poète et plasticien d’origine palestinienne Ashraf Fayadh, au motif que l’un de ses recueils de poèmes édité en 2008 (« التعليمات بالداخل ») serait une œuvre blasphématoire. D’abord condamné à 4 ans de prison et 800 coups de fouets, l’homme a vu sa peine portée à la sentence suprême par un autre juge.

Auparavant, il avait déjà subi la répression du Comité pour la promotion de la vertu et la prévention du vice (la police religieuse de l’Arabie Saoudite qui sévit notamment sur Internet), qui l’avait emprisonné pour sa « promotion de l’athéisme » et même pour ses cheveux longs, signes d’insoumission.

L’annonce de la condamnation à mort du poète a provoqué diverses réactions (aucune à notre connaissance de la part des autorités françaises alertées par la Fédération internationale des droits de l’homme), de la pétition d’intellectuels jusqu’aux messages de soutiens qui se multiplient à travers le monde.

François Hollande serrant la main du nouveau roi d'Arabie Saoudite, almane ben Abdelaziz Al Saoud (AFP)
François Hollande serrant la main du nouveau roi d’Arabie Saoudite, Salmane ben Abdelaziz Al Saoud (AFP)

Mais il est une réaction que l’Arabie Saoudite ne tolère pas : que l’on compare la condamnation à mort d’un poète apostat aux exécutions sommaires d’infidèles par l’État islamique. La monarchie saoudienne a menacé de porter plainte contre qui ose cette comparaison infamante. « Le ministère de la Justice poursuivra la personne qui a décrit (…) la condamnation à mort pour apostasie comme étant « comme l’EI » », a ainsi fait savoir le gouvernement de Riyad cité par Reuters.

« Mettre en cause l’équité des tribunaux est mettre en cause la justice du Royaume et son système judiciaire basé sur la loi islamique, qui garantit les droits et assure la dignité humaine  », ose le ministère, qui prévient qu’il poursuivra tous ceux qui font cette offense.

Et bien sûr, Twitter a réagi non par l’auto-censure, mais par la provocation humaniste. Le hashtag #SueMeSaudi regorge de messages qui comparent l’Arabie Saoudite à l’État islamique, et appellent le royaume à poursuivre leurs auteurs :

En tout cas, l’Arabie Saoudite ne devrait pas avoir de quoi porter plainte contre Manuel Valls. Invité le 15 octobre dernier sur le plateau de BFM TV, le premier ministre avait été malmené par Jean-Jacques Bourdin qui lui demandait s’il n’était pas « indécent de se réjouir de la signature de contrats avec l’Arabie Saoudite » au vu de son triste bilan en matière de respect des droits de l’homme, le chef du gouvernement français avait répondu qu’il n’y avait rien d’indécent à se battre pour l’économie.

« Le mot d’indécence amènerait à considérer que nous ne pouvons pas discuter avec des pays qui ont soit la peine de mort, soit qui ont des régimes qui ne sont pas considérés comme pleinement démocratiques ».

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