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Vers un blocage automatisé du P2P ?

Guillaume Champeau - publié le Lundi 18 Février 2008 à 14h50 - posté dans Peer-to-Peer

Pressée par la Fédération Internationale de l'Industrie Phonographique et par les lobbys du cinéma, la mission anti-piratage de Denis Olivennes a remis au goût du jour la question du filtrage du P2P. Aux USA, un chercheur californien propose de faire collaborer FAI et industries culturelles pour bloquer au plus vite les diffusions de fichiers piratés sur les réseaux P2P. Une idée à suivre ?

Il existe plusieurs manières d'aborder la question du piratage. Il y a d'abord le laisser-faire sollicité par les plus extrémistes des opposants au droit d'auteur, ou par ceux qui misent uniquement sur les solutions du marché pour concurrencer le P2P. Il y a ensuite la répression, dont on a vu depuis plusieurs années qu'elle donne comme unique résultat d'accroître le mépris à l'encontre de l'industrie culturelle, et d'abattre le respect entre les créateurs et le public, essentiel à toute relation commerciale. Il y a enfin la solution du filtrage, préconisée en France par la mission Olivennes. Plusieurs solutions ont été proposées, qui obligent à une inspection des paquets échangés au niveau du FAI ou de l'abonné, voire même de bloquer les sites de liens les plus populaires... Mais voici une nouvelle idée qui pourrait être relativement simple à mettre en place.

Sur son blog, Nicholas Weaver, chercheur en sécurité informatique de l'Institut International des Sciences Informatiques de Berkley en Californie, propose de donner aux ayant droits la possibilité d'envoyer directement aux routeurs des FAI une liste d'adresses IP à bloquer immédiatement pour mettre fin à l'échange de fichiers piratés sur des réseaux P2P. Le principe de ce filtrage semi-automatique est relativement simple sur le papier.

En effet, lorsqu'un fichier apparaît par exemple sur un site de liens BitTorrent, il y a au tout départ un seul utilisateur (ou serveur) connu à posséder le fichier et à être en capacité de le partager : celui qui l'a indexé. Les internautes intéressés viennent alors télécharger le fichier .torrent et reçoivent du tracker une liste d'adresses IP d'internautes qui ont eux aussi commencé à télécharger le fichier partagé, et avec qui ils peuvent en échanger des "morceaux" différents pour le propager plus rapidement (principe du swarming). De nouvelles générations de clients BitTorrent permettent également d'obtenir d'autres listes d'internautes qui possèdent le fichier, grâce à un échange de sources appelé DHT (Distributed Hash Table). De ce fait, même en supprimant le fichier indexé sur les trackers comme ThePirateBay ou Mininova, les fichiers restent accessibles grâce à cette couche décentralisée. Le principe est sensiblement le même avec eMule et ses réseaux eDonkey (centralisé) et décentralisé (Kad), qui permet ainsi aux internautes de s'échanger rapidement l'ensemble des morceaux de fichiers qui, mis bout à bout, constituent l'ensemble du film, de l'album ou du logiciel recherché.

L'idée de Weaver, qui n'est pas nouvelle sous cet aspect, est donc d'abord de créer un robot qui parcourt les sites de liens et se fait passer pour un internaute qui veut télécharger le fichier pour obtenir grâce aux DHT l'adresse IP de l'ensemble des internautes qui téléchargent et partagent le fichier suspect. Il suffirait alors de commencer le téléchargement de quelques morceaux pour vérifier qu'il s'agit bien d'un fichier contrefait, puis d'agir le plus rapidement possible pour empêcher la distribution de l'ensemble des morceaux. C'est là que l'originalité de l'idée de Weaver intervient. Le chercheur propose que les ayants droits puissent envoyer directement aux FAI "la carte des adresses IP" pour qu'ils bloquent automatiquement, dans l'heure et cependant temporairement les échanges entre les adresses IP des internautes qui figurent dans cette liste des contrefacteurs présumés. Tous ceux qui n'ont pas fini le téléchargement seraient ainsi bloqués et écartés des DHT.

Pour assurer une telle rapidité, il faudrait que les FAI acceptent de mettre en place un système de traitement automatisé sur la base d'un standard commun, ce qu'ils pourraient faire au prétexte de la lutte contre le piratage, mais en réalité au nom d'une gestion plus économique de leur bande passante. Le fournisseur d'accès américain AT&T, qui réfléchit aux méthodes de collaboration avec les industries culturelles, indique par exemple que 5 % de ses abonnés utilisent 50 % de la bande passante, à cause des échanges en P2P. Tous les FAI connaissent des chiffres similaires. Or le respect du principe de la neutralité du transporteur les empêchent d'agir pour filtrer l'ensemble de ces échanges, sans distinction du contenu, et inspecter le contenu est à la fois très coûteux et juridiquement sensible.

Avec la méthode de Weaver, la charge financière de la vérification du contenu serait déchargée sur les ayant droits, seuls les contenus piratés seraient bloqués, et en cas d'erreur sur ce point, c'est la responsabilité juridique des ayant droits qui serait engagée. De plus, le processus étant automatisé, les adresses IP n'ont pas besoin d'être révélées, ce qui pourrait faciliter l'acception au regard du respect de la vie privée.

Reste que ces mesures conservatoires automatisées, si elles faisaient leur chemin jusqu'en France, pourraient soulever elles-aussi des critiques. Qui vérifie la sincérité des contrôles effectués par les ayant droits ? Comment, le cas échéant, être informé et se défendre d'une erreur ? Comment rendre ces mesures compatibles avec l'exercice de différentes exceptions au droit d'auteur ? La justice automatisée par la technique est une facilité tentante, mais qui peut être diabolique. S'agit-il d'une solution qui aurait pour autant la faveur des internautes par rapport aux suspensions des abonnements à Internet souhaités par la mission Olivennes ? Faites-nous part de votre avis dans les commentaires.

Publié par Guillaume Champeau, le 18 Février 2008 à 14h50
 
 
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Commentaires à propos de «Vers un blocage automatisé du P2P ?»
 

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2
Bonjour,

je ne suis pas au fait de ces technologies mais un simple robot qui se fait passer pour un internaute me semble léger comme méthode, non ?

N'est-il pas simplicime de déceler ces robots ?
'Fred-O-MinO', le 01/01/1970 - 01:00
Bonjour,

je ne suis pas au fait de ces technologies mais un simple robot qui se fait passer pour un internaute me semble léger comme méthode, non ?

N'est-il pas simplicime de déceler ces robots ?

Tout dépend de leur capacité à multiplier les adresses IP, et s'ils ne font que télécharger ou non.
bah que tout le contenu protégé par copyright soit bloqué, il nous restera le contenu ouvert.

c'est une chance pour les tenants du libre puisque la principale concurrence du libre est aussi le piraté.

de toute façon, on aura tjs accès aux trucs cools comme les séries ou la musique via les sites des maisons mères ou les initiatives comme deezer.

que le piratage crève cela n'est pas un pb en soit du moment que le libre est prêt à assurer la relève (par exemple, que les déçus de windows vista puissent basculer en masse sous linux etc etc)
cette technique est possible pour le p2p mais ne me semble pas l'être pour les newsgroups..
'verti', le 01/01/1970 - 01:00
cette technique est possible pour le p2p mais ne me semble pas l'être pour les newsgroups..

Exact mais les newsgroups sont plus faciles à bloquer parce qu'il suffit de les blacklister au niveau des FAI (après c'est la question politique qui est plus compliquée)
Deux remarques:

1
° DROIT: Comme les ayant-droits doivent d'abord télécharger en partie le fichier échangé par P2P, dans le cas où ce fichier ne fait pas partie de leurs catalogues alors ces ayant-droits se rendent coupables de contre-façon...

2
° CONTOURNEMENT: Ca ne résoudra pas le problème cat si on applique un cryptage ou une compression au fichier complet avant son partage en P2P, il faudra commencer par le télécharger dans son intégralité avant de pouvoir en comparer le contenu avec ceux que les ayant-droits ont dans leurs catalogues...
Bon:

il reste les trackers bitorrents privés (que les robots ne peuvent pas explorer ni infiltrer (avec des captchas))
il reste les p2p cryptés comme mute, ....

il reste des trucs comme tagoo .....

bref, on s'attaque à la partie émergée de l'iceberg .... :rolleyes:
hello

qu'un contenu copyrighté soit bloqué par un robot, pourquoi pas mais :

- comment fait-il pour vérifier le contenu ?
- si le nom du fichier porte sur du "légal" mais qu'en fait, il cache un contenu non légal ?
Les robots entre en guerre contre les P2P, esperons qu'il appelle pas ca skynet lol.
'kraftonZ', le 01/01/1970 - 01:00
il reste les trackers bitorrents privés (que les robots ne peuvent pas explorer ni infiltrer (avec des captchas))

C'est grosso modo à ça que je pensais. Avant validation du téléchargement il suffirait de demander une confirmation de l'utilisateur (captcha ou autre, je n'ai pas assez de connaissances en la matière), confirmation que le robot ne peut fournir.
Techniquement, cette solution est peut-être faisable. Quoiqu'il en soit, ça ne changera pas grand chose, tout au plus cela ralentira le développement des échanges sur le P2P non sécurisé (et quid des autres réseaux, comme déjà dit plus haut ?).

Mais ça reste un filtrage, et pour moi ce n'est pas la solution, il faudrait s'attaquer aux sources du problème et non tenter d'en minimiser les conséquences tant bien que mal... Pour contrer le piratage, il ne faut pas se demander comment mais pourquoi... :mur:

Sinon, pour répondre à la question, cette technique serait certainement plus acceptée par les internautes dans le sens où elle s'apparente plus à de la prévention qu'à de la répression : on bloque le contenu illégal avant qu'il ne soit mis à disposition, c'est somme toute plus logique et efficace que d'aller à la pêche une fois le mal fait.

Bon, on ne sait pas ce qu'encourent les internautes dont les IP ont été relevées, et l'argument du "IP non rendues publiques car processus automatisé", mouais... (d'un autre côté ces premiers P2Pistes sont les seeders originels et il est normal qu'il risquent plus gros que le n-ième leecheur...)
Je ne vois pas comment cette technique peut-être légalisée !
Comment apporter la preuve que le propriétaire de l'IP balancée par l'ayant droit est bien celle qui partage un fichier
C'est du grand n'importe quoi
Et bien, ça devient de pire en pire.
Et puis quoi, on se ferait bloquer sans le savoir ?
Qui va contrôler ces sociétés privées pour voir si elles ne brident pas au-delà de ce qui est légal ?
Si on autorise ce procédé, on peut très bien imaginer les pires choses comme, une société privée faire pression pour faire bloquer en téléchargement le libre qui lui porterait préjudice.
Pourquoi alors ne pas autoriser de contrôler chaque véhicule via une connexion wifi ou mieux satellitaire afin de comptabiliser les moindres infractions au code de la route et défalquer en temps réel le montant de nos contraventions sur notre compte en banque
Mieux, pourquoi ne pas faire de même sur les humains ? Un collier, une puce, rendrait toutes nos activités traçables et répréhensibles immédiatement.

... Sans moi !
Je doute qu' un tel système puisse fonctionner.
on peut supprimer internet, puisque tout le monde veut interdire tout !

pauvre monde de fric

pauvre pascal negre
'Neuro', le 01/01/1970 - 01:00
Je doute qu' un tel système puisse fonctionner.
En effet, il sera vivte trouvé des parades.

Sans compter que, comme dit plus haut, pour s'assurer qu'un fichier est illégal, il faut le télécharger soi-même...et donc commettre un délit. Comme une preuve obtenue illégalement ne peut être invoquée devant un tribunal, cela revient à empêcher toute action en justice. :siffle:

Si on autorise ce procédé, on peut très bien imaginer les pires choses comme, une société privée faire pression pour faire bloquer en téléchargement le libre qui lui porterait préjudice.
:rolleyes:
Tellement évident...Crosoft va bloquer les partages d'applications linux, Universal va bloquer l'Aimsa, Norton les antivirus gratuits, les spammeurs tout ce qui nuit à leur petit commerce...etc.

C'est humain: quand on peut éliminer la concurrence, on le fait; peu ont l'honneur de vouloir gagner à la loyale façon match de foot (ou de tennis :biggrinthumb: ) réglo.
Sans compter que, comme dit plus haut, pour s'assuerer qu'un fichier est illégal, il faut le télécharger soi-même...et donc commettre un délit. Comme une preuve obtenue illégalement ne peut être invoquée devant un tribunal, cela revient à empêcher toute action en justice.

Ca c'est bien vrai !

:biggrinthumb:

:jap:
Et ce procédé serait-il capable de differencier les fichiers dit "pirate ou illégaux" des fichiers légaux.

Que ces messieurs les majors se rendent compte d'une chose :

les PC modernes sont tous équipés d'une carte TV. Je paye la redevance TV, je paye en plus la TVA et la redevance Internet. Que dois-je encore payer pour que mes SatRip ou TVrip ne soient pas des fichiers pirates.

Le mieux a faire est ou bien de supprimer les cartes TV et les graveurs et divers logiciels d'encodage ou alors supprimer definitivement internet.
'jmm17', le 01/01/1970 - 01:00
Sans compter que, comme dit plus haut, pour s'assuerer qu'un fichier est illégal, il faut le télécharger soi-même...et donc commettre un délit. Comme une preuve obtenue illégalement ne peut être invoquée devant un tribunal, cela revient à empêcher toute action en justice.

Ca c'est bien vrai !

:biggrinthumb:

:jap:
hello

pour ta signature, le doigt qui pue, ca serait pas tiré d'un bouquin par hasard, le genre proverbe chinois (Traduit par Bérurier) Tiré de "Cocottes-Minutes" 1990 éd. Fleuve noir. je lis juste ce qu il y a d ecrit sur la pochette de mon cd du live Viva Bertaga des BN.. .. :-p
Image IPB

:bienvu:
Ne serait-il pas possible de demander à l'internaute, au moment du téléchargement du torrent, de reproduire la série de chiffre qui apparait dans une image, comme cela ce fait sur certains sites lorsque l'on veut créer un compte ? Ainsi le robot n'aura pas accés au torrent, ne pourra pas le télécharger (parce que télécharger du contenu illégal c'est mal), donc pas l'analyser et donc pas dire au FAI e bloquer ceux qui partagent le fichier correspondant. Fin du problème.
J'ai bon là ?

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