Invincible, c'est le dernier album de Michael Jackson. Sorti en 2001, le Roi de la Pop n'a depuis rien pondu de neuf, ce qui ne cesse d'alimenter le buzz autour de son prochain bébé. Les sites tentent d'arracher l'exclusivité en présentant en avant première des nouveaux titres de la star. Mais lorsque que ces "avant premières" ne sont que des plagiats d'autres chanteurs, on assiste à une confusion mondiale sur la paternité de l'oeuvre et l'impuissance des sociétés de protection des oeuvres.

Le « fake » ; un terme qui parlera à certains d’entre vous et à d’autres non. Il cache en fait un phénomène qui aura sans doute causé la frustration et le désarroi de nombreux internautes. Particulièrement développé en musique, le fake est un faux album attribué à un artiste, goupillé par quelques obscurs laborantins dans l’optique d’en proposer une version avant l’heure.

Le fait est que l’on peut parfois trouver sur Internet des albums avant même leur sortie, généralement diffusés (de leur propre grès ou à leur insu) par la presse ou la radio. En effet, il est d’usage que les maisons de disque, afin d’obtenir une chronique dans les temps ou un playlistage radio qui corresponde avec la date de sortie, envoient des copies avant l’heure à ces organes qui constituent sa promotion.

Il arrive alors qu’une « fuite » laisse échapper une de ces copies promotionnelles sur les réseaux peer-to-peer et qu’une large communauté profite de la sortie avant tout le monde. Si certains labels ont essayé de trouver une parade – par exemple en coupant la chanson du nom du chroniqueur destinataire (un « watermark ») – il n’empêche que ce nouveau paradigme était le terrain propice pour le développement des fakes.

Souvent, ils consistent à bidouiller un album avec des morceaux peu connus de l’artiste que les téléchargeurs prennent alors comme son nouvel album, ce qui, après tout, ne lui cause finalement pas tant de tort que ça. Certains fakes rencontrent même un tel succès, qu’ils deviennent presque des versions non officielles de l’artiste aussi répandues sur le peer-to-peer que ses albums commercialisés.

Parfois, il s’agit même de piquer les compositions d’un artiste proche. Pour exemple, un CD que l’on trouve largement diffusé sur les réseaux de peer-to-peer présenté comme la collaboration entre Amon Tobin (artiste brésilien de musique électronique) et le trompettiste français Erik Truffaz. En réalité, les deux antagonistes ne se sont jamais rencontrés dans le cadre d’un travail commun ; il s’agit juste d’une compilation faite avec des morceaux très jazz d’Amon Tobin et plus electro d’Erik Truffaz pour que l’illusion d’unité ait lieu. En dehors des questions relatives au copyright, tout ce que l’on risque ici est que les fans d’Amon Tobin s’intéressent plus précisément au travail d’Erik Truffaz et inversement.

Un fake au buzz considérable

En revanche, cela devient plus problématique quand un artiste se voit « volé » une de ses compositions en vue de la faire passer pour le nouveau morceau d’un autre. C’est ce qui est arrivé à Nicolas Piedra, alias Ayhnik, pour son morceau Get Out Of My Mind que voici :

Ressemblance ou non avec le travail de Michael Jackson, cela a suffit pour le site Jackson Dailynews, visiblement à la base de cette méprise, pour le faire passer dans un billet publié en mai 2003 comme un nouveau titre du Roi de la Pop. Dès lors, le buzz se répand à une vitesse phénoménale. Des milliers d’autres sites reprennent le morceau ; on le voit même apparaître dans des clips fabriqués maison sur DailyMotion ou sur les réseaux de peer-to-peer à la 8eme place d’un album fabriqué de toute pièce et présenté comme le nouvel opus de Jackson : « J’ai vu sur Google aujourd’hui que plus de 95.000 sites proposaient le telechargement de cet album ou des liens vers celui-ci » s’étonne Nicolas Piedra. « Et encore, en tapant juste « Michael Jackson pre new album », c’est quand même dingue. »

Piedra a en effet vite eu vent par ses fans de la diffusion de son titre en tant que fake de Michael Jackson. Il essaie d’obtenir des démentis de la part des sites en question sans avoir véritablement d’écho, alors même que certains d’entre eux sembleraient plus ou moins proches de la maison de production de l’artiste.

L’impuissance de la SNAC

Il restait donc comme solution de faire appel au SNAC (Syndicat National des Auteurs et des Compositeurs), lequel avait garanti le dépôt de l’œuvre d’Ayhnik. L’organisme lui propose de fournir quelques experts gratuitement dans l’éventualité d’un procès, afin d’appuyer la paternité de l’œuvre. Sauf que, en attendant, c’est à Nicolas Piedra d’envoyer un huissier à Los Angeles pour obtenir satisfaction. « J’étais à cette époque vraiment au creux de la vague, tant financièrement que moralement » nous avouait-il. « Au même moment Jackson était soupçonné d’affaire délicate avec des enfants, et je ne voulais en aucun cas, si mon histoire portait, me faire passer pour celui qui tire sur l’ambulance. »

Bref, pendant que le titre circule et fait jaser la communauté de fans, Piedra assiste, impuissant, à la confusion totale qui règne autour. « De mon côté je n’avais plus rien a faire, si ce n’est de lire les commentaires des fans dont certains pensaient que c’était de Michael, et d’autres non ».

Mais Ayhnik n’est pas le seul artiste à s’être fait plagié un titre. A côté des « outtakes » de Jackson dont cet album fake était principalement composé, on retrouve un autre artiste où la paternité de l’œuvre faisait défaut : Jason Malachi. Seulement, la boîte de prod de Jackson a publié un démenti pour signaler la contrefaçon, mais pas pour celui de Piedra. « De la part de MJJ production ca serait la moindre des choses, ils ne peuvent plus ignorer que mon titre fait l’objet de spéculations, je ne réclame rien d’autre qu’un démenti de leur part. Je n’envisage pas de procès. Je dois me déplacer a Los Angeles d’ici peu de temps et j’irai me présenter sur place pour leur demander qu’il le fasse. »

Mais à quoi servent les sociétés de protection des œuvres ?

Cette histoire a quand même de quoi nous interroger sur l’utilité réelle des sociétés de protection des œuvres. D’aucuns diront qu’il s’agit de structures héritées de vieux modèles complètement désuets, ce à quoi les autres ont souvent répondu qu’en cas de litige, elles avaient le mérite d’envoyer des bataillons d’avocats dont on ne pouvait souffrir les frais. Mais lorsqu’un artiste se voit contraint de se déplacer de l’autre côté de l’Atlantique pour aller taper du poing, on peut sérieusement mettre en doute ce dernier argument et se demander à quoi sert l’argent concédé à ces structures si elles ne remplissent qu’à moitié le rôle qu’on leur attribue.

En dehors du fait de ne promettre aucune surveillance (la Sacem, par exemple, réagit une fois que vous avez constaté un plagiat), elles semblent manquer totalement de réactivité lorsque l’infraction sort du domaine du disque – alors qu’Internet constitue aujourd’hui un danger bien plus important. De là, rien d’étonnant à ce que des voix s’élèvent pour dénoncer l’hégémonie de ces structures privées au statut quasi étatique, et dont la lourdeur n’aurait d’égal que l’inefficacité d’action.

Loin de toutes ces questions, Nicolas Piedra conclut quant à lui avec modestie : « Qu’y a-t-il à gagner pour un musicien qui veut faire carrière et qui veut faire connaître son travail plutôt que d’imiter celui d’un autre ? En plus, quand l’autre est certainement la plus grande star de la planète, on a aucune chance d’exister à côté de lui en faisant la même chose. »

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