Est-on obligé, sur internet, de tout transformer en LOL ? Les Républicains semblent le penser, au point de montrer un irrespect total à la fonction présidentielle, et à la démocratie.

Mais quelle mouche a bien pu piquer l'équipe de communication du parti dirigé par Nicolas Sarkozy ? Ce lundi matin, alors que François Hollande s'apprêtait à faire son entrée dans le grand salon de L'Elysée pour y tenir une conférence de presse au ton grave, dans laquelle il annonçait la décision de la France de préparer des actions de guerre en Syrie, le compte Twitter des Républicains publiait un message fort peu républicain. Il appelait les internautes à se moquer ouvertement du chef de l'Etat, avec les hashtags #MoiJe et #Grhollande. 

Si le premier fait référence à la célèbre anaphore ("moi, président de la République, je ne…") en voulant la retourner à l'avantage de l'ex-UMP, le hashtag #grhollande se fait plus ambigu. S'agit-il d'une comparaison humoristique avec le Groland de Canal+ ou, comme certains l'ont compris, d'une attaque sur le physique du chef de l'Etat qui ne serait pas aussi svelte que certains amateurs de vélo et de courses à pied en t-shirt FBI ? Faute d'explication de texte, il faut en rester aux convictions de chacun.

Toujours est-il que par ce message, Les Républicains font tomber le débat politique dans les tréfonds de la plus puérile des cours de récréation. Internet est utilisé par un parti de gouvernement, non pas pour entrer en communication avec les gouvernés et tirer l'ensemble du pays vers le haut, mais pour se moquer publiquement du plus haut magistrat de l'Etat en tirant sur les cordes les plus faciles, qui ne demandent ni courage ni conviction, et encore moins argumentation.

Le message avait  été publié avant la conférence de presse, ce qui montre bien qu'il n'y avait chez Les Républicains aucune volonté d'écouter le président de la République et éventuellement de répondre point par point à ses annonces ou ses explications (il y a pourtant matière…), mais simplement de profiter de l'événement médiatique pour le tourner en dérision, quoi qu'il dise. Ce n'est plus le propos ou l'action qui est important, mais la personne. 

Non seulement il n'y a pas de respect de la fonction, ce qui est grave pour un parti qui prétend revenir au pouvoir et qui se dit Républicain, mais il n'y a pas non plus, et c'est plus grave, de respect de ce que l'enseignement scolaire impose encore d'appeler "démocratie", même si le terme est galvaudé. La situation du pays impose un débat politique de qualité, sur le fond, avec des arguments disputés et travaillés. Pas des hashtags à la pipi-caca que les uns se renvoient sur les autres, façon "PSG on t'enc…" à la mi-temps d'un match de foot trop arrosé.

Que les partis politiques utilisent Twitter et Facebook est très bien. Qu'ils le fassent en prenant les internautes pour des imbéciles incapables de réagir à autre chose qu'à des attaques lolesques sur un adversaire tout désigné en est une autre.

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