L'association de lutte contre la piraterie audiovisuelle (ALPA) voit d'un très bon œil la charte anti-piratage qui doit mobiliser à la fois les publicitaires et les intermédiaires financiers. Cette approche extra-judiciaire, dont le but est d'assécher les sites illicites, permet de compléter la riposte graduée, dont l'efficacité est limitée.

À la fin mars, le ministère de la culture publiait une charte des bonnes pratiques dans la publicité, qui exige des signataires qu'ils s'interdisent de travailler avec des sites fournissant des œuvres piratées. Il s'agissait alors du premier volet d'une stratégie imaginée dans le rapport rédigé par Mireille Imbert-Quaretta, qui consiste à diminuer les gains que ces espaces peuvent tirer du piratage, pour ensuite les pousser à délaisser ce créneau, qui ne serait alors plus assez lucratif.

L'autre versant de cette approche extra-judiciaire contre les sites illicites concerne les prestataires de paiement. Là encore, l'objectif est de faire prendre conscience aux pirates que le jeu n'en vaut plus la chandelle. Les sites illégaux pourraient par exemple ne plus collecter de l'argent auprès de leurs membres en commercialisant des "services" (téléchargements prioritaires, achat de ratio pour BitTorrent…) ou en sollicitant des dons, faute de pouvoir ensuite transférer les fonds via les intermédiaires financiers habituels.

DÉLINQUANCE ORGANISÉE

L'asséchement économique des sites spécialisés dans le piratage est vu avec bienveillance par l'association de lutte contre la piraterie audiovisuelle (ALPA). Dans un entretien donné à Édition Multimédi@, l'organisation considère que cette charte est une "étape importante" contre le piratage, en particulier parce que l'action de la riposte graduée a atteint aujourd'hui ses limites (le nombre d'adresses IP qui peut être collecté chaque jour est plafonné à 25 000 pour l'ALPA et la riposte graduée ne couvre que le P2P).

"L'origine du piratage est aujourd'hui le fait d’une délinquance organisée, souvent à caractère international, dont le seul but est la recherche de profit. […] Il est regrettable que les internautes ne se rendent pas compte qu’en utilisant les services de ces sites web, ils contribuent à financer ces réseaux de délinquants", déplore Frédéric Delacroix, délégué général de l'ALPA.

Plus généralement, l'association de lutte contre la piraterie audiovisuelle n'est a priori pas opposée à ce que la Hadopi concentre ses efforts sur les internautes les plus actifs en matière de piratage, quitte à laisser de côté le menu fretin. L'ALPA estime que cela aurait pour effet de "faire baisser le piratage sur les réseaux P2P", dans un contexte de contrainte budgétaire pour la Haute Autorité. Cependant, l'ALPA ajoute qu'elle ne sait pas si la Hadopi va effectivement adopter cette tactique.

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