Pour assurer qu'ils soient moins pénibles pour les internautes que les sites légaux, les sites de piratage figurant dans une liste noire établie par les ayants droit ne pourront plus travailler avec des régies publicitaires. C'est ce qu'impose la "Charte des bonnes pratiques dans la publicité pour le respect du droit d'auteur" signée ce lundi sous l'égide du ministère de la culture.

Le ministère de la Culture a rendu publique aujourd'hui la version finale de la "Charte des bonnes pratiques dans la publicité pour le respect du droit d'auteur et des droits voisins", que nous reproduisons intégralement ci-dessous. Comme prévu, la charte prévoit la mise en place d'une liste noire privée de "sites contrevenants" (et non plus "massivement contrefaisants", comme le disait le rapport MIQ) établie par les ayants droit, avec lesquels les professionnels de la publicité en ligne s'interdisent d' "engager toute relation commerciale", même si l'illégalité des sites listés n'est pas vérifiée par un tribunal.

Si l'objectif est d'assécher financièrement les sites pirates pour tenter de provoquer leur disparition, la charte n'aura absolument aucun impact sur Popcorn Time, le logiciel P2P le plus populaire du moment, puisque celui-ci est offert gratuitement et sans aucune publicité. Malgré plus d'une quinzaine d'années d'historique sur le piratage, les organisations qui vivent de droits d'auteur n'ont toujours pas compris que le piratage est une offre qui répond à une demande, et non l'inverse. Même si certaines offres disparaîtront, le piratage restera tant que les attentes des internautes — qui ne se résument pas à la gratuité — ne seront pas satisfaites par une offre légale attractive. 

Voici la charte signée le lundi 23 mars 2015 :

Les organisations professionnelles, qui représentent l’ensemble des professionnels de la publicité  et des annonceurs, affirment leur attachement à la propriété intellectuelle et artistique et s’engagent  à faire leurs meilleurs efforts pour inciter leurs adhérents et l’ensemble des acteurs de leurs secteurs  respectifs, à ne pas proposer à la vente, ni conseiller, ni acheter des espaces media sur des sites qui  contreviennent massivement au droit d’auteur et aux droits voisins.

La lutte contre la contrefaçon du droit d’auteur et des droits voisins est un facteur essentiel pour l’essor de la  création et l’offre légale culturelle en ligne.  Certains sites de communication au public par voie électronique, qui peuvent être établis à l’étranger, déploient  des activités lucratives reposant sur la diffusion ou l’encouragement à la diffusion non autorisée d’oeuvres  protégées par le droit d’auteur et les droits voisins. Les sites contrevenant massivement au droit d’auteur et  aux droits voisins (ci-après dénommés « les Sites Contrevenants ») tirent l’essentiel de leurs revenus de la  publicité en ligne puisque des messages publicitaires sont diffusés sur leurs sites de communication au  public par voie électronique. Leur activité porte atteinte à l’offre légale culturelle en ligne.

Les entreprises signataires ont un rôle essentiel dans le développement de l’économie numérique.  Elles sont attachées à maintenir des standards de qualité pour les annonceurs comme pour l’ensemble du  marché de la publicité et à la nécessité de lutter contre les Sites Contrevenants.  En effet, les annonceurs et les professionnels de la publicité souhaitent la mise en oeuvre de tous les  moyens à leur disposition pour éviter la diffusion des publicités sur des Sites Contrevenants puisqu’elle est  particulièrement préjudiciable à leur image et leur réputation.  Les différents professionnels de la publicité peuvent maîtriser, sur le plan opérationnel, via différents outils,  la diffusion des messages publicitaires et peuvent ainsi, dans le cadre de la présente charte, mettre en  oeuvre, avec leurs meilleurs efforts, des mesures permettant d’éviter que les messages publicitaires de  leurs clients soient publiés sur des Sites Contrevenants, chacun selon son rôle et sa place.  

Les signataires affirment le rôle prépondérant qui doit être joué par la filière culturelle pour défendre ses droits  et reconnaissent la pertinence de la démarche qui consiste à assécher les revenus des Sites Contrevenants  et souhaitent s’y associer.  

C’est pourquoi, sous l’impulsion du Ministère de la Culture et de la Communication, les signataires de cette  charte décident les mesures qui suivent, mesures volontaires et solidaires qui sont destinées à enrayer le  phénomène de la contrefaçon d’oeuvres sur ces sites.

Principes généraux

Les professionnels de la publicité et les annonceurs signataires s’engagent à mettre en place une ou plusieurs  procédures destinées à renforcer la lutte contre les Sites Contrevenants, notamment celles mentionnées  aux articles suivants, sans préjudice de l’utilisation complémentaire d’autres moyens qu’ils estimeraient  appropriés.

Les ayants droit signataires s’engagent à poursuivre les démarches de sensibilisation et d’éducation dans  lesquelles ils sont engagés en matière de lutte et de prévention contre les activités illicites, en France ou à  l’étranger. Se trouvant les mieux placés pour identifier et apprécier la violation des droits d’auteur, au contraire  des services publicitaires qui doivent se reposer sur eux pour ce faire, ils s’engagent à collaborer.

Engagements

1. Les entreprises signataires de la présente charte établissent et mettent en oeuvre des recommandations  claires et transparentes destinées à empêcher les Sites Contrevenants d’engager toute relation commerciale  avec eux.

2. Ces recommandations seront publiées sur le ou les sites des services publicitaires concernés et sur leur  site et/ou celui de l’organisme professionnel qui les représente, de façon très visible et à des endroits  appropriés. Les organisations professionnelles signataires communiquent et mettent à la disposition de leurs  adhérents, et plus généralement de tout acteur de leur secteur en faisant la demande, tous les outils utiles  permettant le respect de ces bonnes pratiques. Les signataires encouragent également par tous les moyens  d’information et de communication à leur disposition leurs partenaires professionnels de la publicité à mettre  en place les recommandations de la présente charte.

3. Les signataires de la présente charte s’engagent à mettre en oeuvre les moyens à leur disposition, chacun  selon son rôle et sa place, afin d’éviter de diffuser des publicités sur les Sites Contrevenants.

a) Chaque signataire peut établir une liste d’adresses url de sites internet en se référant aux informations  fournies par les autorités compétentes(1), en utilisant éventuellement des outils technologiques, et en  collaboration avec les ayants droit qui sont les seuls à avoir la connaissance des droits qui s’appliquent.  Cette liste est établie selon des critères définis en plein accord avec l’ensemble des parties prenantes,  notamment dans le cadre du Comité de suivi (cf. point 4) et sera mise à jour en tant que de besoin par  chacun.

b) Chaque entreprise signataire, selon les modalités qu’elle juge les plus appropriées, oriente ses relations  contractuelles et/ou commerciales en fonction de sa propre liste. Les annonceurs, ainsi que les agences  medias, les régies et les services de publicité indiquent, le cas échéant, qu’ils ne souhaitent pas faire  apparaître de publicité sur les Sites Contrevenants et ainsi y associer leurs marques ou services. Ils peuvent  insérer dans les contrats les liant à leurs prestataires une disposition rappelant cette obligation. Cette clause  pourra s’appuyer sur une liste de sites que leurs prestataires pourront éventuellement compléter dans le  cadre de leur obligation de conseil.

c) Chaque signataire peut également décider de mettre en place tous les outils opérationnels existants pour  détecter et refuser de collaborer avec les Sites Contrevenants figurant sur sa liste.

4. Il est créé un Comité de suivi au sein duquel les parties prenantes, représentées par les organisations  professionnelles signataires (2), sous l’impulsion des pouvoirs publics, pourront apprécier sur une base régulière les effets des pratiques issues de la présente charte.

a) Le Comité de suivi fait état des bonnes pratiques mises en place par les signataires.

b) Le Comité fait circuler toute information utile sur les sites contrevenants.  

c) Les signataires tiennent compte des observations du Comité dans le retrait des sites considérés comme  contrevenants et s’engagent à prendre les mesures qu’ils jugeront nécessaires pour sensibiliser leur profession  et en assurer l’effectivité.

d) Les pouvoirs publics, notamment le Ministère de la Culture et de la Communication, sur la recommandation  du Comité, peuvent conduire des actions de valorisation des acteurs vertueux participant à cette démarche,  auprès des professionnels et du grand public.  

e) Le Comité se réunit deux fois par an et rédige un rapport de synthèse qui est communiqué au Ministre de  la Culture et de la Communication, que ce dernier peut rendre public.

f) L’évolution des missions et/ou l’extinction du Comité de suivi sont décidées d’un commun accord entre ses  membres et le Ministère de la Culture et de la Communication.  

5. Les signataires s’engagent à donner à la présente charte la publicité adéquate, y compris à l’égard du  grand public, et à y rechercher l’adhésion du plus grand nombre de parties prenantes.  

6. La présente charte entre en vigueur le en présence du Ministère de la Culture et de la Communication.

(1) Organismes professionnels dont les agents sont assermentés par le Ministère de la Culture et de la Communication,  sites signalés sur la plateforme PHAROS du Ministère de l’Intérieur, autorités administratives indépendantes, décisions  de justice…

(2) Composé d’un nombre paritaire de représentants des annonceurs et professionnels de la publicité, d’une part,  et des ayants droit, d’autre part.

 

LES SIGNATAIRES

pour les acteurs de la communication digitale représentés par Interactive Advertising Bureau (IAB France),  le représentant légal,

pour les régies représentées par le Syndicat des régies internet (SRI), le représentant légal

pour les agences  médias représentées par l’Union des Entreprises de Conseil et Achat Média (UDECAM), le représentant  légal,

pour les annonceurs représentés par l’Union des annonceurs (UDA), le représentant légal,

pour les organismes représentant les ayants droit : l’Association de Lutte Contre la Piraterie Audiovisuelle  (ALPA), le représentant légal,

le Syndicat national de l’édition (SNE), le représentant légal,

le Syndicat des éditeurs de logiciels de loisirs (SELL), le représentant légal

le Syndicat National du Jeu Vidéo (SNJV), le représentant légal,

la Société des Auteurs, Compositeurs et Editeurs de musique (SACEM), le représentant légal,

la Société civile des Producteurs Phonographiques (SCPP), le représentant légal,

et la Société Civile des Producteurs de Phonogramme en France (SPPF), le représentant légal.

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