Vous ne le savez pas encore mais le fait d'avoir un smartphone fera peut-être de vous un père ou une mère qui culpabilisera d'avoir regardé ses messages Facebook ou d'avoir joué à Candy Crush pendant que votre bambin montait "sous vos yeux" l'escalier dont il est tombé. Statistiquement, les accidents domestiques d'enfants en bas âge semblent en tout cas augmenter depuis l'apparition des smartphones, qui monopolisent notre vigilance.

Une corrélation n'est jamais la démonstration d'une causalité, mais il faut reconnaître que l'étude relayée dans le magazine du Monde par le directeur de l'institut d'études avancées de Toulouse, Paul Seabright, a de quoi faire réfléchir. L'économiste Craig Palsson, de la prestigieuse Université de Yale, a en effet publié en octobre dernier une étude (.pdf) très intéressante sur les liens qui pourraient exister entre l'adoption des smartphones par la population et la croissance du nombre d'accidents domestiques subis par les enfants aux Etats-Unis. 

L'idée était de vérifier un pressentiment, selon lequel les parents qui consultent régulièrement leur smartphone prêtent moins attention à leur enfant à la maison, ce qui multiplie le nombre des accidents qui seraient évités par une vigilance normale.

Pour réaliser cette étude, Paul Seabright s'est appuyé sur les données saisies par les hôpitaux américains dans le système NEISS (National Electronic Injury Surveillance System), une base de données statistiques qui relie les soins prodigués par les urgentistes aux causes des accidents, avec des informations complémentaires comme l'âge des patients.

Le chercheur a également repris les cartes de déploiement de la 3G, qui renseignent aussi sur l'adoption des smartphones aux Etats-Unis. En effet lors de sa sortie en 2008, le premier iPhone compatible avec la 3G (alors en situation de quasi monopole) ne pouvait être acheté par les Américains que chez l'opérateur AT&T, qui a déployé la 3G de façon progressive dans les différentes villes américaines. Paul Seabright a donc eu l'idée de croiser la cartographie du déploiement de la 3G par AT&T avec la cartographie des hôpitaux du système NEISS.

Or il ressort de l'étude une très forte corrélation entre le nombre d'accidents domestiques subis par les enfants et la disponibilité de la 3G, et donc certainement du nombre d'iPhone, dans les zones géographiques de ces accidents. Plus la 3G est présente, plus il y a d'enfants accidentés à la maison :

L'étude précise par ailleurs que la croissance d'accidents corrélée à l'apparition de la 3G est plus importante chez les enfants en bas âge, qui sont ceux qui sont le plus susceptibles d'entreprendre une activité dangereuse sans en avoir conscience (saisir une casserole d'eau chaude sur la cuisinière, jouer avec un couteau, monter sur une chaise en déséquilibre…) :

C'est aussi au bain, dans le lit (une chute) et dans les escaliers que la croissance d'accidents d'enfants en bas âge corrélée à l'apparition de la 3G est la plus forte :

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