Est-ce le signe d’une impréparation américaine dans sa guerre contre l’Iran, menée aux côtés d’Israël ? Dans une prise de parole le 5 mars 2026, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a déclaré avoir reçu des contacts de la part de plusieurs pays du Moyen-Orient pour « solliciter l’expertise » de l’Ukraine en tactiques anti-drones, mais aussi de l’Europe et des USA.
« Nous avons reçu des signaux de la part de partenaires au Moyen-Orient. Il y a eu des frappes de Shahed iraniens contre des civils dans ces pays », écrit le chef d’État sur son compte X, reprenant des propos tenus lors d’une interview pour la chaîne de TV italienne Rai Italia. Il citait alors les Émirats arabes unis, le Qatar, Bahreïn, la Jordanie et le Koweït.

Dès le premier jour de la guerre, on a effectivement vu la stratégie de Téhéran consistant à élargir le conflit à toute la région, afin de faire monter les enchères. Par exemple, au 1er mars 2026, dès le lendemain de l’ouverture des hostilités, le ministère de la Défense émirati dénombrait 541 drones et 167 missiles tirés (essentiellement balistiques).
Les Européens aussi se sont rapprochés de Kiev à ce sujet — on sait que des drones iraniens ont été lancés contre la base militaire britannique d’Akrotiri, dans le sud de Chypre, pays membre de l’UE. Mais, peut-être de façon plus surprenante, l’Amérique, pourtant première puissance militaire du monde, a visiblement aussi eu une demande similaire.
« Il y a également une demande en ce sens de la part des États-Unis », note M. Zelensky, ajoutant dans le même tweet que « nous y sommes ouverts. Si leurs représentants viennent, nous leur fournirons cette expertise. » Le fait est que l’Ukraine, par la force des choses, a acquis une expérience notable sur ce sujet, en raison de la guerre d’agression lancée par la Russie.
Cela fait en effet plus de quatre ans que Kiev subit des attaques de drones quotidiennement, essentiellement la nuit, en plus de tout l’arsenal que la Russie déploie contre l’Ukraine. Des drones qui, d’ailleurs, sont fournis en partie par l’Iran, dans le cadre d’une alliance militaire entre les deux pays, quand ils ne sont pas directement produits sur place.
Des drones contre des systèmes Patriot ?
Volodymyr Zelensky ne détaille pas quel type de soutien l’Ukraine est prêt à apporter aux pays du Golfe ainsi qu’à l’Europe et l’Amérique, car le pays doit garder naturellement des capacités pour durer face à l’agresseur russe. Cela pourrait cependant inclure des conseils tactiques, des capacités de détection voire des vecteurs pour les détruire — en somme, des drones.
Le président ukrainien observe en tout cas que les moyens habituels pour pulvériser ces menaces aériennes ne sont pas de bonnes options à long terme. « Ils ont des missiles Patriot, mais intercepter des centaines, voire des milliers de drones ne peut se faire avec ces seuls missiles ; c’est trop coûteux », note-t-il.
« Bien sûr, rien n’est de trop pour un peuple, mais ils n’ont tout simplement pas assez de missiles. C’est pourquoi ils ont besoin de drones intercepteurs, dont nous disposons. Parallèlement, nous manquons de missiles PAC-2 et PAC-3. » (des générations de missiles Patriot, NDLR), continue-t-il. Mais aux yeux de l’intéressé, cela devrait être du donnant-donnant.

« Ainsi, en matière d’échanges technologiques ou d’armements, je pense que notre pays y sera ouvert », glisse-t-il. M. Zelensky notait juste avant « [manquer] de ce dont ils disposent. » Dès lors, peut-être va-t-on assister à une sorte de marchandage : des drones ukrainiens (que le pays produit en masse) contre des systèmes Patriot américains.
Le choix de l’Iran d’opter pour les drones vient du fait que la fabrication d’un Shahed ne coûte pas excessivement cher — quelques dizaines de milliers de dollars tout au plus. Grâce au profil low cost de l’arme, on peut en fabriquer des milliers à un prix raisonnable, ce qui pose un vrai souci pour la défense, qui repose sur des missiles valant des millions de dollars.
Il reste à voir de quelle manière un « deal », dont est friand Donald Trump, se mettra en place dans ce domaine.
En attendant, des internautes se délectent de cette séquence, qui renverse les positions « Les rôles viennent de s’inverser », s’amuse le compte Call to Activism. « JD Vance va-t-il vous remercier ? », lit-on encore, en détournant la terrible scène de début 2025, lorsque le vice-président américain a exigé de Volodymyr Zelensky de la déférence envers Donald Trump pour l’aide militaire américaine. « Qui a les cartes en main maintenant, pétasse ? », dit un autre, reprenant un autre moment de cette rencontre.
Si cette affaire peut illustrer un trou dans les moyens militaires énormes que l’Amérique a déployés tout autour de l’Iran pour attaquer le pays, ce vide ne durera pas nécessairement. Washington a commencé à s’équiper en drones à bas coût lui aussi (en imitant d’ailleurs le Shahed). Il y a même un plan qui consiste à se doter d’au moins un million de drones en trois ans.
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