Mercredi à Deauville, le puissant président de Gaumont, Nicolas Seydoux, a livré lors du Congrès annuel des exploitants de cinéma une violente charge contre Eric Walter, le secrétaire général de l'Hadopi, accusé de jouer contre l'intérêt des ayants droits.

La Fédération nationale des cinémas français (FNCF) organise cette semaine à Deauville son Congrès annuel, qui permet de réunir le gratin de l'industrie cinématographique autour de projections, de cocktails, de tables rondes et autres conférences. C'est aussi l'occasion pour les lobbyistes d'étaler au grand jour leurs revendications à l'Etat, d'une manière étonnamment décomplexée. Ainsi ce mercredi après-midi était organisé un "débat avec les pouvoirs publics", qui a visiblement eu du mal à passionner les foules :

Comme de coutume, l'indéboulonnable Nicolas Seydoux, à la fois président du quasi-monopole Gaumont et président de l'Association de Lutte contre la Piraterie Audiovisuelle (ALPA), a alors livré un prêche contre le piratage. Mais surtout, si l'on en croit différents tweets, contre le secrétaire général de l'Hadopi, Eric Walter.

Le représentant d'un lobby privé s'estime visiblement si puissant qu'il se croit autorisé, lors d'un échange public avec des représentants de l'Etat, à attaquer frontalement et nominativement, en son absence, le dirigeant d'une autorité administrative qui ne serait pas assez aux ordres de cette institution.

Eric Walter est en effet accusé du crime de résistance au lobbying intensif des ayants droits, lui qui s'oppose au filtrage et monte au créneau pour proposer une légalisation partielle du partage d'oeuvres, par un mécanisme qui retirerait aux producteurs leur droit exclusif de décider qui peut diffuser les oeuvres en France :

Le secrétaire général de l'Hadopi, qui avait été nommé sous Nicolas Sarkozy mais qui a réussi à conserver son poste malgré le changement de gouvernement, et qui a réussi à faire échouer la fusion de l'Hadopi avec le CSA alors qu'elle était ardemment souhaitée par le monde du cinéma, a réagi en s'attaquant à Pascal Rogard, parfois surnommé "le ministre de la culture bis" ("MFM" est l'acronyme de Marie-Françoise Marais, la présidente de l'Hadopi) :

Finalement, sur Twitter, le reproche adressé par Nicolas Seydoux à Eric Walter aura surtout eu l'effet d'attirer la sympathie d'internautes qui ont pris la défense du secrétaire général de l'Hadopi, rappelant aux professionnels de cinéma que la loi qu'ils ont souhaité fait de l'Hadopi une autorité indépendante, et non un larbin aux ordres des ayants droit (indépendance qui doit être démontrée par des actes). Ils confirmaient ainsi l'adage selon lequel "l'ennemi de mon ennemi est mon ami"… preuve que les ayants droit ont encore beaucoup de chemin à faire avant de s'attirer la sympathie de ceux à qui ils veulent vendre leurs oeuvres.

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