Comme elle le fait régulièrement depuis plusieurs années, Marine Le Pen a profité des dispositions prises spécifiquement contre Internet dans le projet de loi de lutte contre le terrorisme pour positionner le Front National en défenseur des libertés sur Internet. Sur ce sujet comme sur d'autres, elle profite de l'absence de clivages entre PS et UMP.

Mise à jour : en complément, lire "Le FN s'est-il vraiment "battu" pour les libertés sur Internet ?"

En défendant un projet de loi contre le terrorisme qui intègre toute une série de mesures spécifiques visant Internet, le Gouvernement et la majorité socialistes ont choisi de s'inscrire dans les pas de l'UMP et de renier leurs propres discours d'opposition, qui n'étaient que faux-semblants. Ce faisant, ils donnent corps au rejet de ce que le Front National se plait à appeler "l'UMPS", et conforte la stratégie de Marine Le Pen qui a surfé sur l'anti-Hadopisme pour mobiliser des troupes pendant la campagne de 2012 — au prix parfois de délicats grands écarts.

Il n'est donc guère étonnant de voir Marine Le Pen profiter du boulevard ouvert par les deux partis de gouvernement pour se faire à nouveau la défenseure proclamée des libertés sur Internet, au moment-même où le patron du groupe socialiste à l'Assemblée Nationale, Bruno Le Roux, explique le plus sérieusement du monde qu'il faut censurer le web au nom des libertés

Dans un discours publié samedi dernier sur YouTube et écouté par plus de 70 000 internautes, la présidente du Front National a ainsi critiqué la teneur du projet de loi antiterrorisme qu'elle juge "très insuffisant", et dénoncé ce qu'elle estime être une manoeuvre :

"Nous battre chaque fois que les libertés sur Internet sont en danger"

Le projet de loi "n'apporte aucune réponse crédible", assure-t-elle en demandant toute une série de mesures ciblées essentiellement sur les étrangers ou les fondamentalistes musulmans (contrôle des frontières, déchéance de nationalité pour les bi-nationaux partis faire le djihad, interdiction pour les mineurs de quitter le territoire sans autorisation parentale, interdiction du retour en France, surveillance des mosquées, …), ce qui ne résoudrait rien de l'origine sociale du djihadisme, grande oubliée du débat public.

Mais "pire", ajoute Marine Le Pen, le texte "semble être le cache-sexe d'un inacceptable recul de nos libertés sur Internet, en profitant du prétexte de la lutte contre le terrorisme pour généraliser l'interdiction administrative des sites internet".

"Nous rappelons notre volonté d'inscrire les libertés numériques dans le marbre de notre Constitution", poursuit la présidente du FN, déjà en campagne pour 2017. "Et de nous battre chaque fois qu'elles sont en danger".

Faut-il pour autant croire que le Front National n'oublierait pas très vite cet engagement, comme le Parti Socialiste l'a oublié dès son accession au pouvoir ? Rien n'est moins sûr…

Hélas, la Constitution est ainsi faite que les plus petits partis aux engagements les plus crédibles sont à peu certains de ne jamais pouvoir accéder au pouvoir (même partiellement), écrasés sous l'effet du scrutin majoritaire. Mais c'est là, sans doute un autre débat… sans doute énormément plus important pour l'avenir que la défense des libertés sur Internet. C'est dire.

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