Pierre Torres, journaliste et ancien détenu en otage en Syrie, a publié dans Le Monde une tribune pour dénoncer l'instrumentalisation dont il a fait l'objet par les services antiterroristes, et s'opposer au projet de loi anti-terrorisme en examen cette semaine.

Il y a peu de chances que cela fasse craqueler la volonté affichée par le gouvernement et le Parlement de "suspendre les libertés démocratiques" en raison de la guerre contre le terrorisme. Mais la tribune de Pierre Torres publiée ce mercredi dans Le Monde a le grand mérite d'exister, et d'apporter du poids à ceux qui estiment que le curseur s'est beaucoup trop éloigné des libertés, au profit de l'obsession sécuritaire.

Journaliste et ancien otage en Syrie, Pierre Torres est mieux placé que quiconque pour être conscient du danger que représentent les terroristes extrémistes que prétend combattre le gouvernement. Gardé en détention par Mehdi Nemmouche et ses compagnons de djihad, il aurait pu être à la place de James Foley, Steven Sotloff ou David Haines, le couteau sous la gorge, contraint à prononcer un discours contre les leaders occidentaux, avant d'être décapité et exhibé sur YouTube.

Mais il n'estime pas pour autant que la lutte contre l'Etat Islamique vaut de sacrifier ses propres valeurs, ou de partir dans une surenchère affolante de mesures liberticides.

Nemmouche est "un pur produit occidental, labellisé et manufacturé par tout ce que la France peut faire subir à ses pauvres comme petites humiliations, stigmatisations et injustices. L'empilement sans fin de nouvelles lois antiterroristes en est l'une des facettes", écrit Pierre Torres.

"In fine, tout le discours antiterroriste est ce qui auréole un Nemmouche de gloire. Sans cela, il aurait été considéré pour ce qu'il est, un pauvre type qui assassine des gens pour passer à la télé. En retour, on peut donner toujours plus de pouvoirs aux policiers et aux juges de l'antiterrorisme. Pouvoirs qui ne permettront évidemment pas d'arrêter plus de Nemmouche mais qui, en revanche, resserrent encore un peu plus le maillage policier et le contrôle de la population."

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