Publié par Julien L., le Vendredi 06 Septembre 2013

L'école numérique prend forme aux Pays-Bas, la France est plus timide

À quoi ressemblera l'école numérique ? En France, les projets du gouvernement se concentrent surtout sur le support. Mais dans d'autres pays d'Europe, notamment aux Pays-Bas et au Danemark, le numérique transforme aussi la manière dont l'enseignement est transmis et la façon dont les élèves apprennent.

Comment penser l'école dans le monde qui vient ? À l'heure où le numérique bouscule en profondeur de nombreux pans de la société, adapter son organisation devient nécessaire. En matière d'éducation, se pose ainsi la question d'une évolution du système éducatif et des méthodes d'enseignement pour préparer pleinement les élèves à la société de l'information.

L'école numérique, enjeu de l'éducation

Cet enjeu, le philosophe Michel Serres l'a exposé dans un discours à l'Académie française et dans un ouvrage intitulé Petite Poucette. La nouvelle génération, autrement dit les natifs du numérique, vit une transformation radicale, à l'image des deux précédentes révolutions que sont l'invention de l'écriture et l'apparition de l'imprimerie. Le numérique repose donc trois questions : que transmettre ?  À qui ? Comment ?

En France, le gouvernement n'ignore pas ce défi. Le ministre de l'éducation Vincent Peillon, en plus de défendre une loi d'orientation et de programmation visant rien de moins que "la refondation de l'École de la République", veut développer l'école numérique en créant un service public numérique pour l'éducation et en autorisant la scolarité obligatoire à distance, mais pour des enfants précis.

L'expérience avant-gardiste des Pays-Bas

À l'étranger aussi, l'école numérique fait l'objet de discussions et donne naissance à une multitude d'expérimentations. Aux Pays-Bas, onze écoles ont vu le jour le mois dernier. Destinées à accueillir près d'un millier d'élèves entre quatre et douze ans, elles fonctionnent sans aucun tableau, emploi du temps, livre ou cartable. Il n'y a, en plus, pas de réunion entre parents et professeurs (elles se font via Skype).

Selon le Spiegel, qui a consacré une enquête à ces établissements d'un genre nouveau, les élèves se servent à la place d'une tablette numérique. Aux parents et aux élèves de déterminer son propre planning, de définir leurs vacances scolaires. Seule contrainte : les élèves doivent être en classe entre 10h30 et 15h. L'école elle-même peut les accueillir de 7h30 à 18h30.

Choisir ses matières, le professeur en arrière-plan

Qu'en est-il des matières ? Les élèves et les parents peuvent également composer eux-mêmes le programme. Toutes sont des modules facultatifs sauf trois qui demeurent incontournables : l'arithmétique, la lecture et la compréhension de texte. Au fil de l'année, les parents peuvent contrôler, via la tablette, la progression de leur progéniture et adapter le cours au besoin.

Le rôle même du professeur est modifié. Hormis quelques cours très spécifiques, il interviendra plutôt comme un assistant lorsqu'un élève se retrouvera en difficulté face à un exercice ou un cours. L'objectif est de leur permettre d'atteindre le prochain niveau dans le programme d'apprentissage à leur propre rythme, le professeur n'intervenant que lorsque l'enfant est à la peine.

Tête bien faite contre tête bien pleine

L'expérience conduite en Hollande est évidemment très novatrice. Rien n'indique qu'elle sera généralisée à l'ensemble du pays ni qu'elle s'invite en France. Toutefois, la démarche montre que faire entrer l'école dans le numérique ne se résume pas seulement à en faire un simple support de substitution. La révolution numérique doit aussi conduire à changer la manière dont le savoir est dispensé.

On se souvient de ce professeur qui avait pourri Wikipédia pour dénoncer le copier-coller réalisé par ses élèves dans les devoirs faits à la maison. Le numérique pourrait conduire à reconsidérer ce qui a été perçu comme une faute en autorisant par exemple la consultation d'internet pour les devoirs et les examens, tout en exigeant que les informations soient bien utilisées, hiérarchisées, comprises. Bref, de façon intelligente.

"Qu'est-ce qu'une thèse, au fond ?"

L'idée a été expérimentée dans quatorze établissements au Danemark. Interrogé fin 2011 sur France Culture par Alain Finkielkraut, qui dénonçait la mode du copier-coller chez les élèves de la génération actuelle, Michel Serres avait évoqué ce point. Le rapport au savoir est effectivement externalisé : plutôt que de tout retenir (tête bien pleine), mieux vaut apprendre à chercher et trier l'information (tête bien faite).

Michel Serres avait alors ajouté, un peu taquin : "cette critique que vous faites aux jeunes étudiants, l'ancienne génération le faisait mais avec le livre ! C'était pire encore ! Ils ne peuvent plus penser par eux-mêmes, ils ne font que citer. Qu'est-ce que c'est qu'une thèse, au fond ? Une thèse a d'autant plus de valeur qu'elle a de notes en bas de page et des index extrêmement fournis".

Publié par Julien L., le 6 Septembre 2013 à 16h23
 
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Commentaires à propos de «L'école numérique prend forme aux Pays-Bas, la France est plus timide»
Inscrit le 26/11/2010
152 messages publiés
nous on est toujours aussi nul en france
toujours à la traine hélas
Inscrit le 29/05/2006
719 messages publiés
L'objectif est de leur permettre d'atteindre le prochain niveau dans le programme d'apprentissage à leur propre rythme,

Rien que cette partie peut-être une révolution (pas au sens de la pomme ) pour avoir moins de perte en cours de route et de gamin qui décroche scolairement.
Le fait de ne pas avoir 5h de francais et 5h de math pour tout le monde, mais permettre aux bon en math d'acquérir le programme par leçon de 2h et de pouvoir passer les 3 heures supplémentaire pour acquérir l'orthographe et la grammaire. et vice et versa.
Inscrit le 19/09/2012
210 messages publiés
Il faudrait que le tout utilise des logiciels libres et propose des fichiers mis dans le domaine public (CC0).
Inscrit le 06/09/2013
66 messages publiés
Bonjour,
Les nouvelles technologies ont explosé à travers les écoles et les salles de classe. Leur flexibilité, la polyvalence et la mobilité en font un outil d’apprentissage phénoménale.
Comment les enseignants cherchent des façons d’intégrer ces dispositifs, nous vous recommandons de se concentrer sur des objectifs spécifiques d’apprentissage qui favorisent la pensée critique, la créativité, la collaboration et la création d’environnements d’apprentissage centrées sur l’élève.

En d’autres termes, commencez par je souhaite que mes élèves …. avec un ordinateur, tablette, téléphone portable, connexion internet

Enregistrer, créer et modifier la vidéo
Enregistrer, créer et modifier l’audio
Enregistrer, créer et modifier l’image
Créer des histoires numériques
Annoter des lectures obligatoires
Lire des livres audios
Lire, classer, du contenu écrit, sonore et vidéos
Créer et modifier cahiers numériques
Créer et modifier des présentations
Créer et modifier captures d’écran
Créer et répondre aux questions, évaluations
Créer et modifier epubs, livres numériques
Créer et modifier blog, porte-folio, wiki, forum
Améliorer leur organisation
Simuler un environnement de laboratoire de langue
Effectuer vidéo conférence virtuelle
Contrôler un tableau blanc interactif
Accéder à une classe avec un ENT (Espace numérique de travail) ou LMS (learning management system)

Une sélection d’outils non exhaustive pour démarrer cela :
http://crdp.ac-amiens.fr/cddpoise/blog_mediatheque/?p=9546

cordialement
Inscrit le 25/12/2012
14 messages publiés
Les parents choisissent les matières de leurs enfants ?
Si les parents sont intelligents pourquoi pas, mais ce n'est pas le cas de toute la population lambda.
Inscrit le 24/12/2012
21 messages publiés
Vous cédez un peu vite au numérisme, ou à ce que Morozov appelle le "techno-enthousiasme".

Lisez plus attentivement et avec un regard plus critique ce que dit Michel Serres, l'inventeur mythique du mot "ordinateur" . Et pendant que vous y êtes, le blog du professeur de lettres dont vous parlez ici : le sens de son expérience vous a quelque peu échappé.

Quelques articles qui me semblent un bon complément :
- "L'acculture en Serres"
- "Éloge du copier-coller à l'école"
- "Je google donc je sais"
- "Bac to the future : les examens de demain"

Le professeur en question. ;-)
[message édité par Loys le 07/09/2013 à 11:37 ]
Inscrit le 30/07/2013
574 messages publiés
Oh vous savez "professeur", puisque vous employez le raccourci grossier de "techno-enthousiasme", laissez moi vous adresser à vous celui-ci : "poussiéreux vieillard recroquevillé".

Inscrit le 24/12/2012
21 messages publiés
Un jour, vous aussi, vous serez un poussiéreux vieillard recroquevillé de 38 ans.
Inscrit le 30/07/2013
574 messages publiés
Il y en a qui sont des "vieillards poussiéreux recroquevillés" à 38 ans et même avant, mais il y en a qui savent prendre de l'âge en évitant de devenir des "vieillards poussiéreux recroquevillés".

Les exemples sont heureusement assez nombreux de ces gens qui savent prendre de l'âge, contrairement à ce "professeur".

Inscrit le 24/12/2012
21 messages publiés
Pas très inspirée, votre réponse.
Inscrit le 16/06/2009
9850 messages publiés
Mindo (Rédacteurs Numerama) le 07/09/2013 à 18:08
Ce sera lu avec attention ; ces sujets sont diablement passionnants. Merci !
Inscrit le 21/10/2013
1 messages publiés
La France aura toujours 15000 trains de retard si elle ne change pas en profondeur ses modes de formation des équipes éducatives au numérique, à savoir :

- Des CTICE (conseillers TICE auprès des recteurs) hors âge, près de la retraite et très éloignés des dernières innovations en terme de numérique éducatif. DECALES

- Le réseau des CRDP où oeuvrent des formateurs TICE, proche de la cinquantaine et dont le dernier exercice en classe remonte à plus de 15 ou 20 ans, c'est à dire, incapables de se projeter dans l'élaboration d'une séquence pédagogique utilisant le multimédia. INPRODUCTIFS

Par contre, ceux qui essaient de faire avancer la France sur ce point, en majorité enseignants contractuels qui se voient constamment méprisés par leur inspection ou enseignants/formateurs ne possédant pas le fameux sésame du concours et donc méprisés par la caste de l'EN ... n'ont pas voix au chapitre et abandonnent bien souvent leurs actions face à la montagne de murs qu'ils rencontrent
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