À quoi ressemblera l'école numérique ? En France, les projets du gouvernement se concentrent surtout sur le support. Mais dans d'autres pays d'Europe, notamment aux Pays-Bas et au Danemark, le numérique transforme aussi la manière dont l'enseignement est transmis et la façon dont les élèves apprennent.

Comment penser l'école dans le monde qui vient ? À l'heure où le numérique bouscule en profondeur de nombreux pans de la société, adapter son organisation devient nécessaire. En matière d'éducation, se pose ainsi la question d'une évolution du système éducatif et des méthodes d'enseignement pour préparer pleinement les élèves à la société de l'information.

L'école numérique, enjeu de l'éducation

Cet enjeu, le philosophe Michel Serres l'a exposé dans un discours à l'Académie française et dans un ouvrage intitulé Petite Poucette. La nouvelle génération, autrement dit les natifs du numérique, vit une transformation radicale, à l'image des deux précédentes révolutions que sont l'invention de l'écriture et l'apparition de l'imprimerie. Le numérique repose donc trois questions : que transmettre ?  À qui ? Comment ?

En France, le gouvernement n'ignore pas ce défi. Le ministre de l'éducation Vincent Peillon, en plus de défendre une loi d'orientation et de programmation visant rien de moins que "la refondation de l'École de la République", veut développer l'école numérique en créant un service public numérique pour l'éducation et en autorisant la scolarité obligatoire à distance, mais pour des enfants précis.

L'expérience avant-gardiste des Pays-Bas

À l'étranger aussi, l'école numérique fait l'objet de discussions et donne naissance à une multitude d'expérimentations. Aux Pays-Bas, onze écoles ont vu le jour le mois dernier. Destinées à accueillir près d'un millier d'élèves entre quatre et douze ans, elles fonctionnent sans aucun tableau, emploi du temps, livre ou cartable. Il n'y a, en plus, pas de réunion entre parents et professeurs (elles se font via Skype).

Selon le Spiegel, qui a consacré une enquête à ces établissements d'un genre nouveau, les élèves se servent à la place d'une tablette numérique. Aux parents et aux élèves de déterminer son propre planning, de définir leurs vacances scolaires. Seule contrainte : les élèves doivent être en classe entre 10h30 et 15h. L'école elle-même peut les accueillir de 7h30 à 18h30.

Choisir ses matières, le professeur en arrière-plan

Qu'en est-il des matières ? Les élèves et les parents peuvent également composer eux-mêmes le programme. Toutes sont des modules facultatifs sauf trois qui demeurent incontournables : l'arithmétique, la lecture et la compréhension de texte. Au fil de l'année, les parents peuvent contrôler, via la tablette, la progression de leur progéniture et adapter le cours au besoin.

Le rôle même du professeur est modifié. Hormis quelques cours très spécifiques, il interviendra plutôt comme un assistant lorsqu'un élève se retrouvera en difficulté face à un exercice ou un cours. L'objectif est de leur permettre d'atteindre le prochain niveau dans le programme d'apprentissage à leur propre rythme, le professeur n'intervenant que lorsque l'enfant est à la peine.

Tête bien faite contre tête bien pleine

L'expérience conduite en Hollande est évidemment très novatrice. Rien n'indique qu'elle sera généralisée à l'ensemble du pays ni qu'elle s'invite en France. Toutefois, la démarche montre que faire entrer l'école dans le numérique ne se résume pas seulement à en faire un simple support de substitution. La révolution numérique doit aussi conduire à changer la manière dont le savoir est dispensé.

On se souvient de ce professeur qui avait pourri Wikipédia pour dénoncer le copier-coller réalisé par ses élèves dans les devoirs faits à la maison. Le numérique pourrait conduire à reconsidérer ce qui a été perçu comme une faute en autorisant par exemple la consultation d'internet pour les devoirs et les examens, tout en exigeant que les informations soient bien utilisées, hiérarchisées, comprises. Bref, de façon intelligente.

"Qu'est-ce qu'une thèse, au fond ?"

L'idée a été expérimentée dans quatorze établissements au Danemark. Interrogé fin 2011 sur France Culture par Alain Finkielkraut, qui dénonçait la mode du copier-coller chez les élèves de la génération actuelle, Michel Serres avait évoqué ce point. Le rapport au savoir est effectivement externalisé : plutôt que de tout retenir (tête bien pleine), mieux vaut apprendre à chercher et trier l'information (tête bien faite).

Michel Serres avait alors ajouté, un peu taquin : "cette critique que vous faites aux jeunes étudiants, l'ancienne génération le faisait mais avec le livre ! C'était pire encore ! Ils ne peuvent plus penser par eux-mêmes, ils ne font que citer. Qu'est-ce que c'est qu'une thèse, au fond ? Une thèse a d'autant plus de valeur qu'elle a de notes en bas de page et des index extrêmement fournis".

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