Comme vous pouvez le constater à travers notre dossier spécial pourtant non exhaustif, le nombre de clients basés sur le protocole Gnutella ne cesse de croître. Si les vieux de la veille oeuvrent main dans la main dans l'intérêt de l'ensemble du réseau, l'arrivée de nouveaux développeurs crée des tensions qui remettent en cause les fondements même de Gnutella. Il est ainsi question d'en limiter l'accès aux seuls clients certifiés.

Créé en hâte par les développeurs de Winamp avant leur rachat par AOL, Gnutella avait été conçu comme une réponse provocante à ceux qui avaient réussi à faire fermer Napster. En décentralisant entièrement les échanges, il devenait impossible de faire la même chose de Gnutella.

Mais très vite le réseau a montré ses faiblesses et il a fallu intégrer des supernodes (appelés aussi superpeers) pour limiter le traffic généré par les requêtes. Seulement aujourd’hui ce sont certains nouveaux clients qui posent problèmes. Visé en premier lieu, Xolox réintérroge par exemple incessemment le réseau pour obtenir le plus de réponses possibles aux requêtes. Contactés par les membres du GDF (Gnutella Developer Forum), Xolox cependant n’a pas fait de difficultés pour réviser sa position et abaisser la fréquence d’intérrogation. Mais tous les développeurs ne semblent pas aussi compréhensifs. Basé à Honk Kong, Qtraxmax n’aurait ainsi pas clairement montré ses intentions de suivre les demandes du GDF, alors qu’ils utilisent aussi abusivement cette technique.

En outre, certains clients comme Shareaza et Qtraxmax définissent un seuil très bas d’acceptation des supernodes. Etant chargés d’effectuer les recherches, plus il y a de supernodes, plus le nombre de résultats est conséquent, mais plus les performances globales du réseau diminuent. Or en faisant de beaucoup de leurs clients des supernodes, ces réseaux gonflent leurs résultats à eux mais attaquent le reste du réseau Gnutella.

Ces problèmes sont relativement nouveaux pour la communauté, et sèment le trouble parmi les développeurs. Les programmeurs de Bearshare et Limewire nottamment se demandent quelle attitude adopter face à ceux qu’ils considèrent comme des égoïstes. Le problème étant que Gnutella a toujours été développé dans l’esprit d’une communauté entièrement libre et ouverte à tous, sans réel chef de file.

Cette politique anarchiste vaut à Gnutella d’être aujourd’hui paradoxalement à la fois le protocole P2P le plus utilisé au monde et l’un des moins performant. Conscients qu’il faut réagir, certains souhaiteraient voir un homme d’autorité prendre les commandes de Gnutella. D’autres demandent même l’adoption d’un « protocole de sécurité » qui réclamerait entre autres l’authentification des clients sur le réseau. Sans certificat de validité, les nouveaux clients seraient automatiquement refusés. Pour l’heure, cinq clients au moins sont assurés de l’obtenir : Limewire, BearShare, Toadnode (commercial), Xolox, Gtk-Gnutella (Unix), et Gnucleus.

Rien n’est pour l’instant décidé puisque tout est extrêmement débattu, mais il semble probable que l’on assiste d’ici quelques mois à une scission entre un réseau Gnutella élitiste, gouverné par les vieilles autorités du protocole, et un ou plusieurs réseaux séparatistes, animé par de jeunes équipes dynamiques mais plus insouciantes. Les meilleurs vainqueront.

Pour en savoir plus, nous vous conseillons la lecture de cet article du magazine Salon.com.

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