Plus de trois mois après l'arrêt de la carte musique jeune, le ministère de la culture a répondu à une question écrite d'un parlementaire. Dans sa réponse, la rue de Valois estime que l'échec du dispositif provient de plusieurs facteurs, dont l'un est l'habitude des internautes à consommer gratuitement de la musique.

Lancée avec beaucoup d'espoir en octobre 2010, la carte musique jeune a tiré sa révérence l'automne dernier dans la plus totale indifférence. Malgré les efforts du ministère de la culture de relancer l'opération avec un nouveau dispositif, les internautes ne sont pas rués dessus. Un peu moins de 71 000 cartes ont été vendues en deux ans, alors qu'il était question de proposer jusqu'à un million de cartes par an.

Les causes de la disparition de la carte musique jeune doivent toutefois servir à nourrir la réflexion de Pierre Lescure, qui mène actuellement une mission sur l'avenir de la Hadopi et les moyens de concilier les nouvelles pratiques des Français, à travers le numérique, et la nécessité de rémunérer convenablement les créateurs et de financer la filière culturelle.

Interrogée par le député socialiste Hervé Féron, la rue de Valois rappelle d'abord quelques statistiques : entre le 28 octobre 2010, date du lancement de la carte musique jeune, et le 15 octobre 2012, date à laquelle l'opération a été stoppée, 70 736 cartes pour 90 866 codes générés ont été délivrées sur les 16 services de musique en ligne partenaires. À peine 7 % de l'objectif final, à savoir un million de cartes vendues.

Reconnaissant que le dispositif "n'a incontestablement pas rencontré le succès escompté", le ministère de la culture cherche à comprendre les raisons de ce désintérêt. Dans sa réponse écrite, relayée par Benoît Tabaka, le ministère estime que l'habitude des jeunes de se procurer de la musique gratuitement est clairement l'une des causes de l'échec de la carte musique jeune.

"Très loin des ambitions initiales", les chiffres de vente "[témoignent notamment de la difficulté à faire évoluer les habitudes de consommation gratuite de la musique solidement ancrées au fin des ans dans la population, en particulier parmi les plus jeunes".

Cette réticence n'est pas propre aux internautes français. En 2009, le cabinet d'analyse Forrester a publié une étude portant sur la consommation des contenus numériques sur le Vieux Continent. Il ressortait alors qu'environ 60 % des sondés étaient hostiles à payer pour écouter de la musique sur Internet. Depuis, le paysage a toutefois évolué, avec l'émergence des offres de streaming, très appréciées.

Pour le ministère de la culture, les déboires de la carte musique jeune doivent être "pris en considération dans le cadre  de la concertation qui a été engagée sur la mission 'Acte II de l'exception culturelle'", dont les conclusions et les préconisations doivent être révélées ce printemps. En particulier, ce fiasco rappelle que l'offre légale, pour marcher, doit notamment être "accessible économiquement", écrit la rue de Valois.

"Le développement de l'offre légale suppose, entre autres actions, de donner les moyens à une pluralité d'acteurs, notamment nationaux, d'exister, pour permettre au secteur de la musique de trouver de nouveaux modèles économiques rentables reposant sur une offre suffisamment large, de qualité, diversifiée et accessible économiquement".

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