Hadopi : que risquent vraiment les 10 récidivistes convoqués ?

Guillaume Champeau - publié le Lundi 04 Juillet 2011 à 11h53 - posté dans Société 2.0

L'Hadopi se prépare à envoyer ses premiers dossiers aux tribunaux, en vue de faire condamner les abonnés à Internet multi-récidivistes pour "négligence caractérisée". Mais les internautes concernés risquent-ils vraiment une condamnation ? Oui, tant qu'un accusé ne cherchera pas à se défendre.

Après 420 000 mails envoyés pour première infraction constatée, 3500 courriers recommandés pour seconde infraction dans les 6 mois, 10 abonnés à Internet ont été convoqués par l'Hadopi pour venir s'expliquer devant les magistrats de la Commission de protection des droits (CPD). Ils doivent dire pourquoi selon eux leur adresse IP a été relevée au moins trois fois depuis les premiers avertissements adressés il y a moins d'un an par l'Hadopi. Si leurs explications ne convainquent pas, leur dossier pourra être transmis au parquet, qui décidera de l'opportunité des poursuites. Les peines encourues sont alors de 1500 euros d'amende, ou un mois de suspension de l'accès à Internet.

Le mois dernier, l'Hadopi avait ainsi reçu les Parquets de Paris pour "expliquer aux magistrats qui auront à connaître des procédures de négligence caractérisée, la mise en œuvre concrète de la loi et en particulier de la procédure de réponse graduée". L'objectif implicite était de les convaincre de poursuivre, même si les éléments juridiques qui permettent la condamnation semblent encore très faibles.

Si poursuites il y a, ce sera en effet sur le fondement de la contravention de négligence caractérisée, qui condamne le défaut de sécurisation de l'accès à Internet. Le décret du 25 juin 2010 qui définit l'infraction dit qu'il y a négligence caractérisée lorsque l'abonné n'a pas mis en place un moyen de sécurisation de son accès, ou qu'il a "manqué de diligence dans la mise en œuvre de ce moyen". Or c'est là la première difficulté pour les parquets. 

Contrefaçon ne vaut pas nécessairement négligence

En matière pénale, le respect de la présomption d'innocence impose de prouver l'infraction, donc de démontrer précisément qu'il n'y a pas eu de sécurisation de l'accès à Internet. Cependant, rien dans les éléments matériels transmis au parquet par l'Hadopi ne peut démontrer qu'il n'y a pas eu de sécurisation par l'abonné, sauf à ce qu'à l'occasion de sa convocation, l'abonné ait lui-même confessé sa négligence. Ce qui fait ressembler la convocation à un traquenard, même si ça n'est pas l'objectif initial.

Les PV d'infractions que récolte l'Hadopi avant d'envoyer ses avertissements (et qu'elle refuse de transmettre à l'abonné) prouvent qu'il y a eu contrefaçon de droits d'auteur, par la mise à disposition d'une oeuvre sur un réseau P2P. Mais ils ne prouvent pas qu'il y a eu absence ou manque de diligence dans la sécurisation. Le piratage a pu avoir lieu en dépit des précautions réelles prises par l'abonné. Au mieux les PV de l'Hadopi permettent d'établir une présomption, mais ils ne font pas office de preuve.

A ce sujet, une circulaire du ministère de la Justice expliquait toutefois en septembre 2010 que les PV des ayants droit "font foi jusqu'à preuve contraire", et que les parquets seraient bien inspirés "d'éviter, sauf cas particulier, qu'une seconde enquête soit diligentée". Instruction est donc donnée aux magistrats de ne pas se poser de questions.

Bien sûr, on doute que dans un procès contradictoire les PV pour contrefaçon puissent être acceptés comme preuve de la négligence, sans que la défense ne démontre l'absurdité voire l'illégalité d'un tel raisonnement. Il est en effet très difficile, voire impossible, d'apporter a posteriori la preuve d'une sécurisation au moment des faits reprochés. Or si les présomptions établies par les PV transmis par l'Hadopi deviennent irréfragables, faute de pouvoir matériellement apporter de preuve contraire, le principe de la présomption d'innocence est violé.

Mais tout le problème, cependant, est que la loi Hadopi a prévu une procédure expéditive, d'ordonnance pénale, qui ne donne à l'abonné aucun moyen de se défendre, sauf à faire appel après réception de la contravention. Ainsi le gouvernement limite les risques, au nom de la rapidité et de l'efficacité de la justice.

Peut-on avoir négligé de réaliser l'impossible ?

Par ailleurs, le décret précise qu'il n'est possible de condamner un abonné pour négligence caractérisée que si et seulement si "le titulaire de l'accès s'est vu recommander par la commission de protection des droits de mettre en œuvre un moyen de sécurisation de son accès permettant de prévenir le renouvellement d'une utilisation de celui-ci à des fins de (piratage)". Or ces moyens de sécurisation n'existent pas, puisqu'aucun aujourd'hui n'est réputé permettre la prévention du piratage. Ce ne sera le cas, peut-être, qu'après labellisation par l'Hadopi, conformément à l'article L331-26 du CPI. Certes, l'Hadopi estime que les recommandations de mise en oeuvre des moyens de sécurisation ne sont pas liées à la labellisation, mais c'est au pire une interprétation erronée de la loi, au mieux une trahison de l'esprit du texte voté par le législateur.

Là encore, l'avocat de la défense pourrait argumenter avec de réelles chances de succès que l'envoi des mails était constitutif d'un abus de pouvoir (puisqu'ils devaient s'accompagner d'une recommandation sur les moyens de sécurisation), ou que la négligence caractérisée ne peut être observée tant qu'aucun moyen de sécurisation n'est labellisé. Mais encore faut-il qu'il puisse avoir l'opportunité de présenter ses arguments.

Espérons, donc, qu'en cas de transmission aux parquets et de condamnations, des abonnés choisissent de contester et de demander un véritable procès contradictoire.

Publié par Guillaume Champeau, le 4 Juillet 2011 à 11h53
 
 
76
Commentaires à propos de «Hadopi : que risquent vraiment les 10 récidivistes convoqués ?»
 

1
2
3
4
S'ils cherchent à se défendre, 2 solutions :

- La plus mauvaise : il y aura corruption maximum pour placer une vieille face verreuse comme Marais, un juge genre bien stupide qui condamne à tour de bras ce genre d'infraction sans piger quoi que ce soit.

- La plus probable : ce sera un juge normal, qui va pleurer en voyant cette loi pitoyable et en se demandant comment la faire appliquer. Il y aura relax, puis appel, puis cassation, et c'est toute la procédure de riposte graduée qui s'effondrera comme un château de cartes puisqu'elle est fondée sur du vent.

Condamner une "négligence" de sécurisation, sachant qu'il est IMPOSSIBLE de sécuriser, et que l'Hadopi n'a encore donné aucun moyen de le faire (et pour cause, puisqu'il n'y en a pas), avec l'Hadopi, on a vraiment atteint le high-level du foutage de gueule.

Ce genre de siuation ubuesque ne pourra pas tenir 30 secondes devant n'importe quel juge ayant un minimum de bon sens.

Après même si l'internaute est quasiment sûr de gagner, peu de gens ont envie de se faire chier avec un procès, c'est surtout là-dessus que ces pignoufs de l'administration et de la politique tablent...
Goldoark, le 04/07/2011 - 12:01
Après même si l'internaute est quasiment sûr de gagner, peu de gens ont envie de se faire chier avec un procès, c'est surtout là-dessus que ces pignoufs de l'administration et de la politique tablent...
Le problème de ce genre de raisonnement, c'est que tu ne sais pas sur qui tu tombes.
flob, le 04/07/2011 - 12:04
Goldoark, le 04/07/2011 - 12:01
Après même si l'internaute est quasiment sûr de gagner, peu de gens ont envie de se faire chier avec un procès, c'est surtout là-dessus que ces pignoufs de l'administration et de la politique tablent...
Le problème de ce genre de raisonnement, c'est que tu ne sais pas sur qui tu tombes.

Tu parles du juge ou de l'internaute ? Je n'ai pas trop compris ta phrase...
Goldoark, le 04/07/2011 - 12:05
flob, le 04/07/2011 - 12:04
Goldoark, le 04/07/2011 - 12:01
Après même si l'internaute est quasiment sûr de gagner, peu de gens ont envie de se faire chier avec un procès, c'est surtout là-dessus que ces pignoufs de l'administration et de la politique tablent...
Le problème de ce genre de raisonnement, c'est que tu ne sais pas sur qui tu tombes.

Tu parles du juge ou de l'internaute ? Je n'ai pas trop compris ta phrase...
Les gens d'Hadopi se disent que les internautes n'iront pas au tribunal car ca les fera plus chier que d'accepter la sanction (si sanction y a). Sauf que sur les 10, tu ne sais pas sur qui tu tombes.
Et si on a Openoffice, ça compte, comme moyen de de sécurisation ?
Et une fois que tu as réussi à prouver ton innocence concernant la négligence caractérisée t'as la SACEM qui te poursuit pour contrefaçon ?
"le titulaire de l'accès s'est vu recommander par la commission de protection des droits de mettre en ?uvre un moyen de sécurisation de son accès permettant de prévenir le renouvellement d'une utilisation de celui-ci à des fins de (piratage)". Or ces moyens de sécurisation n'existent pas, puisqu'aucun aujourd'hui n'est réputé permettre la prévention du piratage.
Je ne vois pas trop le problème avec cette partie de loi.
Le juge: "Bonjour monsieur, qu'avez vous fait suite à la réception du mail et du recommandé pour faire en sorte que cessent les infractions ?"
Différentes réponses possibles:
- "rien" => quelqu'un doute qu'il y ait négligence dans ce cas ?
- "j'ai changé la clé de mon wifi après le mail et je l'ai rechangé après la lettre" => au juge d'estimer si une si faible action est de la négligence ou non
- "j'ai désactivé le wifi, rappelé à mes enfants qu'il ne faut pas télécharger illégalement, et vérifié l'absence de partages illégaux sur mes ordinateurs" => un juge ne devrait pas estimer dans ce cas qu'il y a négligence (sous réserve d'une éventuelle vérification)

Non ?

- "j'ai désactivé le wifi, rappelé à mes enfants qu'il ne faut pas télécharger illégalement, et vérifié l'absence de partages illégaux sur mes ordinateurs" => un juge ne devrait pas estimer dans ce cas qu'il y a négligence (sous réserve d'une éventuelle vérification)

Et qu'est-ce qui l'empêche de te poursuivre pour contrefaçon dans ce cas ?
@flob : effectivement, on peut toujours rencontrer un procédurier bien remonté qui aura été accusé à tort et qui les trainera devant le juge jusqu'à les achever.

Dans ce cas, ce sera marrant de voir l'hadopi se degonfler comme une vieille bauderuche percée...
WickedFaith, le 04/07/2011 - 12:17
- "j'ai désactivé le wifi, rappelé à mes enfants qu'il ne faut pas télécharger illégalement, et vérifié l'absence de partages illégaux sur mes ordinateurs" => un juge ne devrait pas estimer dans ce cas qu'il y a négligence (sous réserve d'une éventuelle vérification)
Non ?

Je les vois bien saisir ta box/routeur et l'ensemble de tes terminaux qui peuvent se connecter au net. Puis payer un expert pour vérifier tes dires en analysant tout ça :)
dans une procédure de contrefaçon ouai, mais dans une procédure pour 1500euros d'amende...
Ezelyn, le 04/07/2011 - 12:24
Je les vois bien saisir ta box/routeur et l'ensemble de tes terminaux qui peuvent se connecter au net. Puis payer un expert pour vérifier tes dires en analysant tout ça :)
Parfois, on se contente d'une déclaration sur l'honneur... Eventuellement, on confirme en interrogeant les enfants. Les juges ne sont pas là pour condamner à tour de bras.

Tu me diras qu'on peut toujours mentir devant le tribunal, et c'est vrai. Mais il faut être très con pour faire ça vu les risques que ça ouvre.
Messieurs, un braquage physique à la FNAC est devenu moins répréhensible que télécharger un film sur le net.

Vraiment l'UMP marche sur la tête.

Moralité, il vaut mieux braquer des petites vieilles afin de pouvoir acheter de DVD (l'argent retourne chez les majors)plutot que de le télécharger.
On devrait peut etre se cotiser ou faire quelque chose pour soutenir ces dix accusés, pour qu'ils puissent se défendre, aller en cassation et faire peter ce système.
Sur les 10 espérons qu'il y en ai plusieurs qui ont volontairement téléchargé non stop sur les servers TMG repérés ou suspectés des choses qui risquent d'etre surveillé pour les mener à la phase finale le plus vite possible histoire de tout faire peter l'hadopi :)

je les imagine pas kamikaze mais plutot avocat ou ayant de tres bonnes connaissances juridiques , ou informatiques. à suivre de près :)
C'est comme du temps de la justice moyenâgeuse: ils veulent faire promener ces malandrins devant la populace avant de les exposer au pilori !
Pitoyable !...
Ezelyn, le 04/07/2011 - 12:24
WickedFaith, le 04/07/2011 - 12:17
- "j'ai désactivé le wifi, rappelé à mes enfants qu'il ne faut pas télécharger illégalement, et vérifié l'absence de partages illégaux sur mes ordinateurs" => un juge ne devrait pas estimer dans ce cas qu'il y a négligence (sous réserve d'une éventuelle vérification)
Non ?

Je les vois bien saisir ta box/routeur et l'ensemble de tes terminaux qui peuvent se connecter au net. Puis payer un expert pour vérifier tes dires en analysant tout ça :)
dans une procédure de contrefaçon ouai, mais dans une procédure pour 1500euros d'amende...

On ne peut te saisir ta box, elle n est pas a toi, mais au fai.Cela serai du vol
Attention désactiver le Wi-Fi n'est pas suffisant. Si le gamin donne ses identifiants FreeWifi à ses copains, qu'il y ait ou non du Wi-Fi actif chez lui ne change rien. De même s'il y a un malware servant de proxy sur son PC.

J'imagine que tout ce que les 10 gus déclareront à la HADOPI pourra être retenu contre eux dans les dossiers envoyés au parquet qui a pour ordre de ne pas enquêter, ni écouter...
beeboo, le 04/07/2011 - 12:08
Et si on a Openoffice, ça compte, comme moyen de de sécurisation ?
:biggrinthumb:
Pour se faire flasher 3 fois il faut vraiment qu'ils l'aient voulu. L'un d'entre eux doit attendre son procès avec impatience...
Pour moi je ne vois que deux solutions :

- Ils ont flashé mon IP car j'ai téléchargé par deux fois une partie des fichiers qu'ils (TMG) ont mis à disposition.
Au quel cas, TMG a eu accord des ayant droit pour le faire. C'est à dire accord pour mettre à disposition publiquement et de manière gratuite ces fichiers.
CQFD : Pas de défaut car je les ai téléchargés consciemment d'un serveur de TMG ayant eu accord !

- Ils ont flashé mon IP car ils ont téléchagé un bout de fichier depuis chez moi.
Là j'argumente mon défaut de sécurisation (bien que présente) et je les attaque pour intrusion informatique !

1
2
3
4
Télécharger
Virtual CD
Graver ou numériser - Utiliser les images ISO de CDs ou DVDs
 
eMule 0.46c [Xtreme Xtended]
eMule (et mods eMule) - Mod eMule avec beaucoup de fonctions.
 
Star Downloader
Téléchargeurs et aspirateurs - accélérateur de téléchargement
 
WinRAR
Compression et décompression - Puissant outil de compression multi-plateformes
 
Project64
Emulateurs - Emulateur n64
 
Juillet 2011
 
Lu Ma Me Je Ve Sa Di
27 28 29 30 1 2 3
4 5 6 7 8 9 10
11 12 13 14 15 16 17
18 19 20 21 22 23 24
25 26 27 28 29 30 31
1 2 3 4 5 6 7
Matoumba
EntrepreNantes
Numerama est un site du réseau PressTIC