Hadopi : la Chancellerie demande aux parquets d'éviter les enquêtes
Guillaume Champeau -
publié le Vendredi 03 Septembre 2010 à 17h42 -
posté dans Société 2.0
![]() Les parquets qui recevront des dossiers de l'Hadopi pour sanctionner les internautes suspectés de contrefaçon et/ou de négligence caractérisée dans la sécurisation de leur accès à Internet sont invités par la Chancellerie à ne pas diligenter d'enquête, pour privilégier la sanction automatique.
Après un vif débat au Parlement, puis grâce à la censure du Conseil constitutionnel, le recours au juge avait été imposé pour éviter le caractère automatique des sanctions, et mieux protéger les droits fondamentaux des citoyens. Notamment le droit à une défense équitable. Or en page 5 de la circulaire (.pdf), les procureurs sont appelés à ne pas vérifier la réelle culpabilité de l'abonné par une enquête approfondie. Les éléments collectés par les ayants droits par écrans interposés devront par principe faire foi. "Dans le double objectif d'assurer la rapidité de la réponse pénale et de veiller à ce que le nouveau dispositif ne conduise à un engorgement des services de police et de gendarmerie, il conviendra d'éviter, sauf cas particulier, qu'une seconde enquête soit diligentée par ces services lorsque les éléments fournis par la HADOPI sont suffisants pour caractériser la contravention de négligence caractérisée à l'égard du titulaire de la ligne et pour assurer le caractère contradictoire de la procédure", écrit ainsi la Chancellerie. "Les procès-verbaux dressés en application de l'article L.331-21-1 du CPI font foi jusqu'à preuve contraire", ajoute la circulaire. Ainsi c'est bien à l'abonné d'apporter la preuve qu'il n'a pas été négligent dans la sécurisation de son accès à Internet, quand bien même le relevé de l'infraction n'a été établi que par l'intermédiaire d'un réseau, sans preuve matérielle. Et quand bien même cette preuve d'innocence est, concrètement, très difficile à apporter. On s'étonne à cet égard de lire en page 6 que le décret du 25 juin 2010 a "défini de façon précise les éléments constitutifs" de la négligence caractérisée, alors que ledit décret était au contraire très flou, et même d'une "étonnante subtilité" selon l'Hadopi. Contravention ou prison ? Une question de volume et de fréquence La loi permettant de sanctionner soit la négligence caractérisée par le biais d'une contravention, soit l'acte de piratage lui-même par une peine de 3 ans de prison et 300 000 euros d'amende, la circulaire demande aux parquets de privilégier la voie contraventionnelle "pour les primo-délinquants ou pour les téléchargements d'ampleur limitée". Sans définir de seuil. "A l'inverse, le délit de contrefaçon devra être recherché et poursuivi en cas de réitération des faits ou de téléchargements habituels et massifs via Internet en violation des dispositions relatives au droit d'auteur ou aux droits voisins". Le texte précise enfin que "la procédure de l'ordonnance pénale devra être privilégiée dans le cadre de la poursuite de la contravention de négligence caractérisée du titulaire d'un accès à Internet". Mais à aucun moment la circulaire ne donne de piste aux juges pour déterminer si le moyen de sécurisation utilisé par l'abonné peut suffire, ou comment déterminer s'il a été négligent dans sa mise en oeuvre. "Il convient de distinguer l'absence de mise en place d'un moyen de sécurisation de l'accès à Internet d'une part, et l'absence de diligence dans la mise en oeuvre de ce moyen d'autre part : la deuxième hypothèse concerne ainsi par exemple la personne qui a mis en place un code d'accès, mais qui a laissé ce code à la libre disposition de tiers", se contente ainsi d'écrire le ministère. Le gouvernement demande aux parquets de transmettre à la Chancellerie un bilan de l'application des procédures avant le 15 avril 2011. Ce qui paraît extrêmement rapide alors que les premiers e-mails n'ont pas encore été envoyés, et qu'il faut au moins trois infractions constatées successivement pour qu'une première plainte soit transmise aux tribunaux. à lire aussi
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Commentaires à propos de «Hadopi : la Chancellerie demande aux parquets d'éviter les enquêtes»
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Jim0PROFIT
le 03/09/2010 à 17:48
C'est loin 2012.....
Elle est où, la "présomption d'innocence" vomie par tous les UMP (surtout Lefèbvre) pour protéger Woerth ?!
Il faut comprendre ça autrement: le gouvernement demande au pouvoir judiciaire de ne pas faire son travail. Séparation des pouvoirs, mon ( ; ) oui. Enorme, on demande à la justice de ne pas enquêter, la présomption de culpabilité prime de facto, et on demande à Mme Michu de sécuriser sa ligne sans savoir ni comment ni avec quoi c'est faisable. En prime, ils ont créé non pas un délit mais deux, à choisir selon leur bon vouloir. C'est au-delà du malsain.
Mais ça n'empêchera pas la débâcle de HADOPI qui ne peut tout simplement pas marcher. Même en s'asseyant sur des principes de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen. Justice à 2 vitesses, gouvernement corrompu, lobbies qui font la pluie et le beau temps... Bienvenue chez nous!!
Je ne sais pas si la fessée à fait ses preuves, mais j'expérimenterai bien la baffe dans leur g****e pour voir. Kad, le 03/09/2010 - 17:42
... il conviendra d'éviter, sauf cas particulier, qu'une seconde enquête soit diligentée par ces services ... C'est dans la logique de la politique judiciaire du nain. Disparition des juges d'instructions qui devaient instruire A CHARGE et A DÉCHARGE. Hadopi a "enquêté" à charge, démerdez vous tout seul pour la décharge... Je découvre à la fin de cette circulaire l'existence d'une amende de 1500 € encourue par les FAI qui ne répondraient pas aux sollicitations de l'Hadopi. On sait donc désormais comment le gouvernement va s'y prendre pour obtenir gratuitement les adresses IP des téléchargeurs, quel que soit le FAI en cause, en s'appuyant sur une jurisprudence récente : http://www.numerama....ommagement.html
En gros, tu files les noms ou c'est 1500 € par refus. Pour ce qui est de la compensation financière, poireaute... quand on voit l'actualité, il ne faut pas trop en attendre de ces clowns. il semble que les jugements justes et basés sur les lois soient d'un autre âge
Je pense que les FAI récalcitrants et menacés devraient couper leur réseau pendant 24 heures pour voir un peu le bordel.
"les procureurs sont appelés à ne pas vérifier la réelle culpabilité de l'abonné par une enquête approfondie"
Si c'est l'avenir de la justice en France ca promet ! Il serait temps que les français se bouge un peu et foute dehors ce "président". Le peuple et souverain, qu'il le montre.
Ce qui se passe là est grave, il faut bien en prendre conscience...
Hadopi et ces procédures administratives répressives qui se substituent au judiciaire, c'est un magnifique cheval de Troie... La Justice ne va déjà pas bien mais elle ne va pas ressortir grandie... Il ne reste plus qu'à faire confiance aux juges - les circulaires de la chancellerie n'ayant parfois que peu d'influence sur leurs rendus, et surveiller les futurs procès pour voir ce qui se dégagera de la jurisprudence... Au secours Maître Eolas ! Je comprends pas la? C'est plus la coupure de la connexion ? c'est la prison maintenant?
faudrais savoir c'est pas la meme chose. et sans faire d'enquete n'est ce pas contraire au droit? Donc en gros l'exécutif continue de s'asseoir sur le 40 CPP et en plus il se s'est gouré en citant le 409 CPP pour tenter de justifier la " force probante " du procès verbal. Pour le 409 CPP c'est : " Au jour indiqué pour la comparution à l'audience, le prévenu en état de détention y est conduit par la force publique. ". Ah, les mauvais !
bronto, le 03/09/2010 - 17:56 on demande à Mme Michu de sécuriser sa ligne sans savoir ni comment ni avec quoi c'est faisable. En prime, ils ont créé non pas un délit mais deux, à choisir selon leur bon vouloir. C'est au-delà du malsain.Pas de panique de DPI arrive ... lorsque les éléments fournis par la HADOPI sont suffisants pour caractériser la contravention de négligence caractérisée à l'égard du titulaire de la ligne et pour assurer le caractère contradictoire de la procédure Je ne suis pas juriste mais je me pose une question: "et pour assurer contradictoire de la procédure...". Je vois mal Hadopi fournir les éléments nécessaire pour assurer le caractère contradictoire de la procédure. Donc quel sera les recours pour un usager pour se défendre face à une contravention ? Est-ce qu'un juriste peut confirmer mon point de vue: Le premier gars qui va en cassation risque de gagner si le caractère "contradictoire" n'a pas été établit. A partir de là: Perdre en cassation... (sur la forme; pas sur le fond): cela ferait mauvais genre... Cela serait le signal: "téléchargez... Hadopi ne peut rien faire..." Dangereux ce texte... très dangereux... La présomption d'innocence n'est pas inscrite dans la constitution ?
L'énoncer devant le juge ne devrait pas suffir à annuler toutes les charges contre nous? En tout cas, je suis toujours aussi dépité devant les choix du gouvernement. Je n'ai pas envie de voter pour l'UMP en 2012, mais la gauche, c'est pas génial non plus. Je sens que ça va être un joyeux bordel 2012 >
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