L'industrie des télécommunications va-t-elle engager un bras de fer avec l'exécutif ? La BBC a collecté les réactions de plusieurs fournisseurs d'accès à Internet et de l'ISPA, une association défendant les intérêts des FAI au Royaume-Uni. Tous sont circonspects sur l'efficacité d'une mesure qui vise à bloquer tous les contenus pornographiques du net.

Les réflexions du gouvernement britannique sur le blocage généralisé des sites pornographiques sont loin de susciter l’enthousiasme des fournisseurs d’accès à Internet. Alors que l’exécutif a présenté cette piste comme une mesure efficace pour combattre la banalisation de la pornographie chez les mineurs, les opérateurs de télécommunications ont opposé une série de problèmes difficilement surmontables.

Interrogé par la BBC, le secrétaire général de l’ISPA (Internet Services Providers Association) a rappelé que les FAI combattent déjà les contenus pédo-pornographiques en ligne. En revanche, « le filtrage des contenus pornographiques est moins évident et conduira au blocage de contenus légitimes et ne sera efficace que dans la prévention d’un accès par inadvertance« .

Pour le directeur technique de Timico, un FAI local, le principal défi se situe au niveau du volume de données qu’il faudra stopper. « Il est techniquement impossible de bloquer complètement ce type de contenu » a avoué Trefor Davies, citant les dizaines de façons (réseaux P2P, newsgroups, forums de discussion, logiciels de discussion instantanée…) dont les internautes peuvent accéder à des fichiers pour adultes.

L’Open Rights Group perçoit cette mesure comme un cheval de Troie destiné à s’attaquer à d’autres sites web. « Ce n’est pas pour la pornographie, c’est pour la censure généralisée à travers un cheval de Troie. Ce n’est pas une bonne façon de faire. Si le gouvernement contrôlait une liste noire de sites Internet, vous pouvez être sûr que Wikileaks se retrouverait dedans » a mis en garde Jim Killock.

Cette inquiétude s’est d’ailleurs retrouvée à l’occasion de l’examen en seconde lecture du projet de loi Loppsi à l’Assemblée nationale. L’article 4, très controversé, permet actuellement à l’administration de produire une liste noire de sites web indésirables. Cette liste serait ensuite transmise aux FAI français pour que ces derniers puissent mettre en place sans délai et sans contrôle du juge le filtrage de ces sites.

Officiellement, la mesure vise les contenus pédo-pornographiques. Mais plusieurs associations s’alarment face à une disposition qui ressemble à un véritable cheval de Troie du blocage. À terme, le filtrage pourra potentiellement concerner d’autres sites qui n’ont rien à voir avec les abus faits aux enfants. « Le blocage de l’accès aux sites ne réglera absolument rien » à ce problème, avait dénoncé la Quadrature du Net.

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