Faut-il découper Google en morceaux pour garantir sa neutralité ?

Guillaume Champeau - publié le Mardi 30 Novembre 2010 à 19h27 - posté dans Société 2.0

Tout moteur de recherche qui a du pouvoir est porté à en abuser. Le plus simple, mais aussi le plus compliqué, serait donc d'éviter les tentations. En faisant que Google ne puisse plus être à la fois moteur de recherche et éditeur de services et de contenus.

Google a réagi mardi à l'annonce de l'ouverture d'une enquête pour abus de position dominante par la Commission Européenne, qui suspecte le moteur de recherche de favoriser ses propres services au détriment de ceux des éditeurs qu'il indexe. Il s'agit d'un sujet qui suscite de plus en plus de préoccupations, puisque Google ajoute régulièrement des services à son métier originel d'indexeur de l'information éditée par d'autres. Sa neutralité est mise en cause, puisqu'il a tout intérêt à mettre en avant dans ses résultats les contenus et les services qu'il propose, plutôt que ceux des éditeurs qui lui font concurrence. Or lorsque l'on pèse plus des trois quarts du marché de la recherche, le risque d'abuser de cette position dominante est effectivement important.

Sur le blog de Google dédié aux politiques publiques européennes, la firme reprend un discours un peu usé pour défendre le secret de ses algorithmes, et son droit à privilégier parfois certains de ses services. "Nous avons toujours mis l'utilisateur au centre de nos priorités en fournissant les meilleures réponses possibles aussi rapidement que possible", rappelle Google, qui explique qu'il affiche effectivement en priorité certains résultats issus de ses services lorsque l'utilisateur recherche par exemple une carte, la météo, le cours d'une action ou le résultat d'une conversion ("10 dollars en euros", par exemple). "Dans l'avenir, nous devrons être capables de répondre à des questions beaucoup plus complexes tout aussi rapidement et clairement", ajoute le moteur de recherche.

"Nous concevons Google pour les utilisateurs, pas pour les sites web", rappelle également la société américaine, qui énonce une évidence : "tous les sites web ne peuvent pas arriver en tête" des résultats. 

Mais il ajoute que "la chose la plus importante est de satisfaire nos utilisateurs". Or c'est bien le problème. Google est-il le mieux placé pour juger lorsque l'on recherche le nom d'une ville qu'afficher les Google Maps est plus satisfaisant que les Bing Maps, ou les OpenStreetMaps ? Est-il le mieux placé pour juger que lorsque l'on recherche les horaires de cinéma à Paris, afficher ses propres horaires est plus intéressant que ceux affichés par Allociné ou Cityvox ?

Google se fait juge et partie, et les choses risquent d'aller de mal en pis. Pas de s'améliorer. Il le reconnaît lui-même, dans son ode à l'innovation. "Nos résultats évoluent constamment pour aller d'une liste de sites web à quelque chose de beaucoup plus dynamique. Aujourd'hui il y a le contenu en temps réel, le contenu traduit automatiquement, le contenu local (particulièrement important pour les appareils mobiles), les images, les vidéos, les livres, et beaucoup d'autres choses (...) En restant concentré sur l'innovation, nous pouvons continuer à améliorer encore la recherche, pour le bénéfice des utilisateurs partout dans le monde", explique la firme.

Or l'enfer est pavé de bonnes intentions. Microsoft pensait certainement qu'intégrer Internet Explorer à Windows était une bonne chose pour les utilisateurs, avant que la justice l'oblige à faire marche arrière au terme d'une procédure extrêmement longue. En attendant, la prédominance d'Internet Explorer a retardé l'innovation sur le web. Elle ne l'a pas encouragé. 

Il en sera de même avec Google si les services plus innovants que les siens n'ont aucune chance d'être découverts par les utilisateurs qui ont leurs habitudes avec le moteur de recherche qu'ils utilisent systématiquement. Non seulement les utilisateurs ne les découvriront pas, mais les développeurs ne prendront plus la peine d'essayer de les développer.

A l'image de ce qu'avait décidé le gouvernement américain à l'encontre des studios de cinéma, qui ont eu l'interdiction de posséder les salles qui diffusaient les films, une solution pourrait être d'obliger Google à scinder ses activités, pour mettre fin à la tentation. D'un côté son activité de moteur de recherche. De l'autre son activité de fournisseur de services et de contenus. Mais y aura-t-il assez de courage politique pour s'attaquer à un monstre économique qui pèse 180 milliards de dollars ?

Publié par Guillaume Champeau, le 30 Novembre 2010 à 19h27
 
 
41
Commentaires à propos de «Faut-il découper Google en morceaux pour garantir sa neutralité ?»
 

1
2
3
Je m'en veux un peu de me faire l'avocat du diable, surtout quand je suis l'un des seuls qui trouve normal d'approuver les sénateurs voulant taper sur Google parce que cette firme pratique l'évasion fiscale et ne paie pas d'impôt en France, même sur son chiffre d'affaires français...

Mais bon...

Je veux bien qu'il faut privilégier l'innovation, je reconnais sans problème qu'il ne faudrait pas "tricher" avec les résultats d'une recherche, que ce qui est les résultats de recherche devrait rester intouché.

Mais je trouve vraiment excessif de chercher des poux à Google parce que la firme met en avant Google Maps avant les résultats du moteur de recherche, ou Google News avant les résultats du moteur de recherche. Hé, ce sont des trucs très utiles qui sont insérés AVANT, il n'y a pas prétention à tromper sur la marchandise !

En vulgaire : "merde, c'est MON site, j'ai le droit de mettre MES services en avant puisque les visiteurs viennent chez MOI".
Sabinou, le 30/11/2010 - 19:52
En vulgaire : "merde, c'est MON site, j'ai le droit de mettre MES services en avant puisque les visiteurs viennent chez MOI".

C'est tout le débat sur l'abus de position dominante. Tu peux avoir légitimement une position dominante, et malgré tout la société (au sens "communauté") peut avoir intérêt à réguler ton activité pour éviter que l'abus de cette position dominante conduise à freiner l'innovation, la libre concurrence, etc.
@Sabinou Microsoft aussi a bien essayé de dire "merde c'est MON système d'exploitation, j'ai le droit de mettre MES services en avant puisque les utilisateurs utilisent MON système d'exploitation"
CaptainKiller, le 30/11/2010 - 20:14
@Sabinou Microsoft aussi a bien essayé de dire "merde c'est MON système d'exploitation, j'ai le droit de mettre MES services en avant puisque les utilisateurs utilisent MON système d'exploitation"

Toi et guillaume, vous êtes en train de me donner mauvaise conscience, je suis en train de réaliser que sur le coup j'ai des convictions pro-microsoft o_O

Je ne vais pas changer d'avis en dix minutes, mais ça se tient, l'idée de devoir réguler même si la firme était a priori dans son bon droit.

Tel que je percevais le droit, c'était seulement si la firme pipait les dés et trichait qu'il fallait sévir... Mais là, on tape sur quelqu'un qui joue franc jeu et respecte les règles du jeu, au nom d'un plus grand intérêt général. C'est... dérangeant, comme idée...
Quel intérêt d'empêcher Google d'être éditeur de contenus et de services annexes ? Si Google redevient un simple moteur de recherche, il pourra toujours faire alliance avec d'autres éditeurs de services et de contenus et les favoriser par la suite, le problème reste le même...
Le problème dans le découpage de services, c'est qu'ils perdent très rapidement en compatibilité.
C'est donc une très mauvaise solutions à un faux problème.
Sabinou, le 30/11/2010 - 19:52
En vulgaire : "merde, c'est MON site, j'ai le droit de mettre MES services en avant puisque les visiteurs viennent chez MOI".

Ca marche pour un particulier qui a 500 visites par mois (ce qui est déjà honorable). Mais ça ne fonctionne plus avec une firme comme Google...
Gnuzer, le 30/11/2010 - 20:20
Quel intérêt d'empêcher Google d'être éditeur de contenus et de services annexes ? Si Google redevient un simple moteur de recherche, il pourra toujours faire alliance avec d'autres éditeurs de services et de contenus et les favoriser par la suite, le problème reste le même...

Oui et non. Tous les éditeurs seront en principe sur un pied d'égalité pour négocier avec Google. On retrouve une concurrence plus juste que lorsque Google négocie avec lui-même...
CaptainKiller, le 30/11/2010 - 20:14
@Sabinou Microsoft aussi a bien essayé de dire "merde c'est MON système d'exploitation, j'ai le droit de mettre MES services en avant puisque les utilisateurs utilisent MON système d'exploitation"
Tu vois vraiment pas la différence entre un des centaines de millions de sites présents sur internet et un système d'exploitation imposé par vente liée à 90% de la planète !??
Guillaume, le 30/11/2010 - 20:46
Gnuzer, le 30/11/2010 - 20:20
Quel intérêt d'empêcher Google d'être éditeur de contenus et de services annexes ? Si Google redevient un simple moteur de recherche, il pourra toujours faire alliance avec d'autres éditeurs de services et de contenus et les favoriser par la suite, le problème reste le même...

Oui et non. Tous les éditeurs seront en principe sur un pied d'égalité pour négocier avec Google. On retrouve une concurrence plus juste que lorsque Google négocie avec lui-même...

En principe alors... parce que je suis à peu près sûr que Google (enfin, le côté obscur de Google) aura tendance à privilégier les éditeurs qui lui rapporteront le plus de pognon au détriment des résultats les plus pertinents.

Bref, cette neutralité des moteurs de recherche me fait beaucoup penser à la neutralité du Réseau. Un FAI français peut très bien dire à youtube : "je fais passer tes contenus normalement parce que tu es un très gros acteur" et à dailymotion : "je te filtre sauf si tu payes".

Mais bon, point positif : dans le cas de la neutralité du Réseau la solution c'est d'avoir son propre FAI, dans le cas de la neutralité des recherches c'est d'avoir son propre moteur de recherche, ce qui est quand même plus simple.
Tout comme Windows, il faudrait pouvoir avoir le choix des services que Google met en avant.
Comme ça tout le monde est content.
Je trouve pratique d'avoir la météo ou les fonctions de conversion en accès direct. Par contre je trouve les horaires de films assez illisibles -_-' (mais m'en fou un peu, je vais directement sur allocine sans passer par la case Google pour ça :p).
Pas la peine de couper, il suffit que Google offre un choix entre les differents services:
voulez-vous Google Map, Bing Map, ....
Je suis peut être naïve mais... L'europe a t'elle un tel "pouvoir"? Google est une entreprise américaine après tout, je ne suis pas convaincu que les éxigeances de l'europe vaille grand chose aux yeux d'un mastodonte comme google...
dieangel, le 30/11/2010 - 22:03
Je suis peut être naïve mais... L'europe a t'elle un tel "pouvoir"? Google est une entreprise américaine après tout, je ne suis pas convaincu que les éxigeances de l'europe vaille grand chose aux yeux d'un mastodonte comme google...

C'est une très bonne question. On a vu la position de l'Europe très complaisante et incohérente lorsqu'il s'agissait d'autoriser le rachat de Sun par Oracle.

Par contre à défaut de permettre à un consommateur d'acheter un ordinateur sans Windows (ce qui aurait été utile), l'Europe a fait en sorte qu'un utilisateur Windows puisse choisir son navigateur web pendant l'installation du système d'exploitation. L'intérêt est limité puisque déjà par le passé, un utilisateur Windows pouvait utiliser le navigateur qu'il préfère.

Si l'Europe devait conclure que le mieux serait une scission entre le moteur de recherche Google et sa régie publicitaire, comment ce serait imposé ? Par des amendes comme avec Microsoft ?
Guillaume, le 30/11/2010 - 19:56
C'est tout le débat sur l'abus de position dominante. Tu peux avoir légitimement une position dominante, et malgré tout la société (au sens "communauté") peut avoir intérêt à réguler ton activité pour éviter que l'abus de cette position dominante conduise à freiner l'innovation, la libre concurrence, etc.
La libre concurrence :D voyons voyons ;)
Depuis la nuit des temps que l'homme s'est "civiliser" en passant par rockfeller il n'y a plus de "libre concurrence" !
C'est libres ententes illégales pour plumer les consommateurs !

Quand a la position dominante freinant l'innovation, etc il faut plutôt y voir la rentabilité a très cours termes pour les actionnaires qui ne veulent pas investir qui freinent !

Mais bien sur il faut bien utiliser des arguments pour vouloir couper la tête du monstre dirigé par un type qui se fout le la gueule des "utilisateurs" et aussi des clients !

Maintenant c'est par fait ... Ce qui est bizarre c'est qu'a une époque on a coupé la tête de rockfeller mais toujours pas celle de Bill et ses copains ;)
"tous les sites web ne peuvent pas arriver en tête"

Enfin avec le "google bombing" on fait un peu se qu'on veut...
Une entreprise qui met en avant ses propres services ? Wow, quel scoop.

Le jour où on obligera mon assureur à vanter les produits de ses concurrents car une quelconque commission aura décidé de quel produit est le mieux, j'me marrerai bien.

PS: ne comparez pas la situation de Google et Microsoft. Microsoft, avec Windows, c'était (c'est toujours) de la vente forcée. Ce n'est pas le cas de Google. Il ne nous le vend pas son Google Maps (que celui qui me parle du prix de l'électricité utilisée par son ordinateur pour afficher la page de recherche Google aille se pendre).
Le contexte est donc totalement différent. Le problème de Microsoft concernait en priorité les consommateurs. Ici, avec Google, cela concerne en premier lieu ses concurrents et leurs services. Le consommateur a toujours le choix ici, même s'il est influencé (à raison d'ailleurs... Si on va sur Google, c'est pour utiliser les produits Google. Du moins c'est mon point de vue.).
Trycer, le 30/11/2010 - 21:04
CaptainKiller, le 30/11/2010 - 20:14
@Sabinou Microsoft aussi a bien essayé de dire "merde c'est MON système d'exploitation, j'ai le droit de mettre MES services en avant puisque les utilisateurs utilisent MON système d'exploitation"
Tu vois vraiment pas la différence entre un des centaines de millions de sites présents sur internet et un système d'exploitation imposé par vente liée à 90% de la planète !??

Ben non, Windows est un OS parmi des milliers, et Google est le moteur de recherche de 80% des françaisâ€
Google tente d'innover, de proposer différents résultats sur son moteur de recherche.
Je suis le 1er à utiliser le convertisseur d'unité ou tout autre détail qui ajoutent de l'intérêt à leur site.
Par ailleurs, je me rend de moins en moins sur les pages jaunes car Google me fourni bien plus rapidement et simplement ce que je demande.

Je peux aussi comprendre cet abus de position dominante.
D'une Google (comme beaucoup d'autres entreprises) développe de nombreux logiciels (où site web) à perte.
Ils prennent place sur le marché et trouverons un moyen de rentabiliser le service par la suite.
Comment lutter face à cela ? Qui peut se permettre de maintenir plusieurs sites internet sans obtenir la moindre rentabilité ?
Qui aujourd'hui pourrait éliminer Youtube ?

De la même manière qu'il y a maintenant le choix du navigateur sur Windows, il devrait en effet y avoir le choix des options sur Google.
Personnellement je ne changerai rien à mes habitudes mais il est normal de faire de la place à la concurrence lorsque nous sommes en position dominante.

Reste à savoir comme cela peut se passer sans problème ?
Vous souvenez-vous de l'entreprise utube.com qui a attaqué Google en justice car les fautes de frappes (pour youtube) lui coûtait énormément en bande passante.
Allociné pourrait-il tenir la charge si les requêtes basés sur le cinéma de Google envoyait ses résultats ? Si non, Google pourrait-être attaqué en justice ?

Et d'ailleurs, si l'uns des serveurs d'Allociné plante, quelle impact cela peut-il avoir sur la rapidité d'affichage des pages de Google ?

A mon avis cette enquête va durer longtemps, très loooogtemps :)
En plus proche de la situation "producteur de films / salles de cinéma", on a tout de même :
- FAI / Producteurs de contenus (étant donné que les FAI deviennent de plus en plus producteurs)
- Vendeur de matériel / Opérateur de la seule boutique agréée (les autres étant bloquées par DRM) : Apple, Microsoft maintenant, etc.

Je serai assez étonné (et particulièrement déçu) si une telle décision concernant Google voyait le jour avant une décision pour les cas sus-cités.

1
2
3
Télécharger
Ahead DVD Ripper
Graver ou numériser - Ripper facilement un DVD
 
Windows Vista Upgrade
Diagnostic - Tester votre matériel...
 
Universal Viewer Free
Albums et visionneuses - Pour lire de nombreux formats
 
TerraExplorer
Cartographie - un Google Earth français et en 3D!
 
Enji Quest
Jeu de rôle - RPG à la Zelda
 
Novembre 2010
 
Lu Ma Me Je Ve Sa Di
1 2 3 4 5 6 7
8 9 10 11 12 13 14
15 16 17 18 19 20 21
22 23 24 25 26 27 28
29 30 1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
Matoumba
EntrepreNantes
Numerama est un site du réseau PressTIC