Echec des Creative Commons et nécessité de réformer le droit d'auteur ?
Guillaume Champeau -
publié le Vendredi 01 Octobre 2010 à 19h42 -
posté dans Société 2.0
Détrônées par des services qui facilitent la diffusion des oeuvres dans un cadre propriétaire contrôlé, les licences Creative Commons peinent à s'imposer. Ce qui appelle plus que jamais une réforme du droit d'auteur.
Dans la première version du glossaire du site de l'Hadopi, les licences Creative Commons étaient maladroitement définies comme une "alternative légale à la propriété intellectuelle", ce qui a été corrigé dans la version finale (c'est d'ailleurs sans doute la première fois dans l'administration qu'un glossaire est corrigé en concertation directe avec les internautes, sur Twitter). Elles s'inscrivent en fait pleinement dans le droit d'auteur traditionnel, puisqu'elles partent elles-aussi du principe que tout ce qui n'est pas explicitement autorisé par l'auteur est interdit, en dehors de quelques exceptions légales comme la copie privée. Le but des licences CC est donc d'expliciter les autorisations dès la publication de l'oeuvre, pour en faciliter l'usage et la reproduction. Mais cette force des licences Creative Commons fait aussi paradoxalement leur faiblesse. Car elles n'invitent pas à réformer en profondeur le droit d'auteur. Lorsqu'il y a bientôt cinq ans nous avions publié 12 propositions pour faire évoluer le droit d'auteur et son application, nous avions terminé sur celle qui nous semble encore aujourd'hui la plus fondamentale :
Cinq ans plus tard, la situation n'a pas tellement évolué. Sans parler d'échec, les licences Creative Commons peinent à s'imposer auprès du grand public, comme le remarque l'excellent Calimaq. Il note ainsi qu'en un an, Flickr est passé de 4 à 5 milliards de photographies hébergées, mais que le nombre d'entre elles publiées sous licence CC est resté très faible. 120 millions l'an dernier, elles sont désormais 160 millions. Soit 3,2 % des clichés seulement, pour un service pourtant précurseur sur la libéralisation des droits. "Il y a bien eu une progression du volume total de photographies réutilisables, mais la proportion reste quasiment identique, ce qui révèle hélas que l'adoption des licences Creative Commons ne s'est pas étendue", regrette-t-il. "Le droit d'auteur pur et dur a pour lui cet avantage qu'il s'applique automatiquement à toutes les créations, sans même que les individus aient besoin d 'en avoir conscience, alors que les licences libres nécessitent un acte volontaire d'adoption de la part des internautes. C'est ce qui en fait la valeur, mais là réside aussi la difficulté", analyse Calimaq. Il note par ailleurs que dans la pratique les licences CC sont de plus en plus délaissées au profit de services propriétaires qui n'autorisent la reproduction des oeuvres que dans le cadre de leurs fonctions "embed", donc dans un cadre qu'ils contrôlent. Un phénomène préoccupant qu'il appelle Copydown. Si l'on ne veut (ou ne peut) pas changer la loi, la solution pourrait être dans l'éducation. Mais à l'initiative de Michel Thiollière, la loi Hadopi prévoit uniquement dans le code de l'éducation que "les élèves reçoivent une information sur les dangers du téléchargement et de la mise à disposition illicites d'oeuvres ou d'objets protégés par un droit d'auteur ou un droit voisin pour la création artistique". L'information des élèves sur l'utilisation des licences libres avait été rejetée par le Parlement, sous l'influence de Frank Riester. Les deux anciens rapporteurs UMP siègent depuis au collège de l'Hadopi. Rappelons que sur Numerama, tous nos articles sont publiés sous licence Creative Commons by-nc-nd 2.0, et que la fonction "pirater cet article" qui figure en en-tête vous aider à respecter facilement les termes de la licence. (illustration : CC Steren Giannini) à lire aussi
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Commentaires à propos de «Echec des Creative Commons et nécessité de réformer le droit d'auteur ?»
"Je n'ai pas de droits, je n'ai que des devoirs. Alors le droit d'auteur... à fusiller tout de suite."
Il existe un type de licence qui aurait eu ça place dans l'article à mon sens: le Kopimi. Utilisé notamment par The Pirate Bay, cette licence autorise quiconque à copier, modifier, commercialiser l'oeuvre comme il l'entend, selon la demande-même du créateur. Makhno: pour une fois on tombe relativement d'accord sur le principe du droit d'auteur. Cependant, l'esprit du droit d'auteur s'est perdu avec le capitalisme: le droit d'auteur ne protège désormais plus le créateur contre des industriels véreux, mais est exploité par un/des légataire(s) des droits pour grapiller le moindre centime grâce à la contrefaçon. Je pense que c'est à partir de cette vision du droit d'auteur que Godard estime nécessaire de le fusiller: revenir aux fondamentaux sains de la propriété intellectuelle. Il faut dire que le passage des photos sous CC sur Flickr n'est pas forcément évident pour tout le monde, et il s'agit d'une démarche volontaire.
Si on ne va pas dans les options, on ne sait même pas que l'option existe. Peu (et de très loin) savent ce que sont les CC. - Je crois qu'il ya a un malentendu chez Numérama, à propos des LAL :
http://artlibre.org/...ives/textes/318 ssue des logiciels libres, le copyleft est une notion juridique qui s'appuie sur la législation en vigueur pour autoriser : - l'usage ; - la copie ; - la diffusion ; - la transformation des créations logicielles. Avec une obligation fondamentale : conserver intacts ces quatre droits. On ne peut s'approprier de façon exclusive une ?uvre créée sous les conditions du copyleft. Ce qui est à chacun, est à tous ; ce qui est à tous, est à chacun. Ce qui est valable pour les LAL l'est aussi pour les GPL . - Avec la Licence Art Libre, l'autorisation est donnée de copier, de diffuser et de transformer librement les oeuvres dans le respect des droits de l'auteur. Loin d'ignorer ces droits, la Licence Art Libre les reconnaît et les protège. Elle en reformule l'exercice en permettant à tout un chacun de faire un usage créatif des productions de l'esprit quels que soient leur genre et leur forme d'expression. - "Si, en règle générale, l'application du droit d'auteur conduit à restreindre l'accès aux oeuvres de l'esprit, la Licence Art Libre, au contraire, le favorise. L'intention est d'autoriser l'utilisation des ressources d'une oeuvre ; créer de nouvelles conditions de création pour amplifier les possibilités de création. La Licence Art Libre permet d'avoir jouissance des oeuvres tout en reconnaissant les droits et les responsabilités de chacun". -" Depuis son existence, ce sont des milliers de créations qui ont été faites et qui se font toujours avec la LAL28. Aussi bien des photos, des dessins, des vidéos, des musiques, des textes, que des créations qui n'appartiennent pas à priori au domaine de l'art. Des ?uvres qui sont quelques fois de qualité mais aussi beaucoup qui sont tout simplement très passables. Le copyleft n'est pas un label de qualité, c'est une disposition d'esprit à l'ouverture. Les ?uvres ne sont jamais finies, même si quelques fois elles approchent la perfection et se suffisent à elle-même, elles sont dans un processus infini de création possible". -" Dans le copyleft, les auteurs ne sont pas oubliés, ils sont cités et protégés de l'emprise propriétaire définitive. Un objet copylefté ne peut être copyrighté, ce qui est ouvert reste ouvert. Les licences libres protègent les auteurs de qui voudrait faire main basse sur leur création pour se l'approprier définitivement et empêcher qu'elle soit à nouveau copiable, diffusable et transformable librement". - J'ajouterais qu'un dépôt des oeuvres est inévitable pour éviter le plagiat possible de la part d'un autre auteur. On peut aussi procéder au tatouage électronique d'une oeuvre . Les LAL garantissent + surement un droit d'usage, sans restriction , pour éviter les abus de la propriété intellectuelle ( Copyright ). ----------------------------------- Voilà pour les principes: http://fr.creativeco...rg/contrats.htm il existe aussi des détournements et j'y viens ...des conditions restrictives concernant l'interdiction de modification ... et ces licences sont à éviter. - Le Copydown est lié à la nécessité de se plier aux règles d'un site qui publie vos oeuvres. Leurs copies ( copyrights aussi) est réservée aux membres du site avec des conditions ....C'est pas clair . Pour le Opt-out; c'est pire pour les auteurs qui abandonnent le contrôle de leur oeuvre au site en question. Aucun auteur connu ne s'aventurera dans ces sites-là ! Les LAL sont plus claires. - Quand aux conditions du droit d'auteur ou copyright selon la Sacem, j'ai déjà dit maintes fois tout le mal que j'en pensais . En faire l'éloge dans les écoles, reste de la propagande à la Goebbels Arkados, le 01/10/2010 - 21:07 "Je n'ai pas de droits, je n'ai que des devoirs. Alors le droit d'auteur... à fusiller tout de suite." C'est un truc qui devrait vous parler, leech, seed... l'artiste c'est le seed, il en faut d'autre. or au jour d'aujourd'hui il n'y a plus que des leecher... qui se plaignent en plus... Makhno, le 01/10/2010 - 20:41
Le droit d'auteur est un droit fondamental, un droit de l'homme,incontournable et incessible - à l'inverse de ce qui se passe en Copyright, on ne peut céder les droits de l'ensemble de ce qu'on a créé et y renoncer au profit d'un tiers, c'est un garde fou -, reconnu automatiquement à tout citoyen sans qu'il ait à effectuer aucune démarche d'aucune sorte. C'est un héritage des Lumières et une protection pour tout le monde. C'est très bien ainsi. Démocratique. Reste alors le droit moral, en théorie absolu mais dans la pratique limité et pas si simple à faire valoir... quand il n'est pas tout simplement utilisé pour commettre des abus : voir l'affaire des héritiers de Victor Hugo qui s'étaient opposés à une suite des Misérables, et fort heureusement remis à leur place. Chaque réforme du droit d'auteur l'a détourné de ce qu'il était à l'initial, respectueux du droit du citoyen ET du droit de l'auteur pour les préserver tous deux des éditeurs. Aujourd'hui le droit d'auteur est surtout utilisé pour défendre le droit des éditeurs.
Je ne pense pas que l'initiative des Creatives Commons soit véritablement un échec. Ce système est encore jeune comparé à celui du droit d'auteur traditionnel et malheureusement peu encore connu du grand public et des professionnels. Lorsqu'en école de cinéma, on étudie toutes les formes de protections de droits d'auteurs sauf celles des licences copyleft ou creatives commons, il est facile de comprendre pourquoi ces licences ne rencontrent pas encore de véritables succès. A cela tout de même d'ajouter la campagne de désinformation qui en ai donné, les multiples violations de ces licences en toutes impunités (le jour où il y aura des procès contre les puissants qui utilisent des creatives commons en violant les licences peut-être que les auteurs auront plus confiance dans la qualité de protection des oeuvres). Il devient urgent d'agir pour défendre ces licences alternatives http://corpo.evoa.fr...ex.php/oss.html
Petites précisions du Livret du Libre: ---------------------------- -" L'idée de copyleft Le copyleft est une utilisation particulière du droit d'auteur partant du principe que le partage doit fonctionner dans les deux sens. Il autorise la copie, la modification et la diffusion d'une ?uvre, en imposant que les versions modifiées faisant l'objet d'une diffusion soient également disponibles sous une licence copyleft. Ainsi, avec le copyleft, ce qui est libre reste libre pour toujours. Le copyleft est un concept inventé par la Free Software Foundation. Certaines personnes l'utilisent dans une démarche militante en faveur du libre accès aux connaissances. Ce concept ne se limite d'ailleurs plus qu'au logiciel. Tout en respectant le droit de l'auteur, l'idée de copyleft consiste à garantir les libertés du public en s'assurant que les ?uvres sous copyleft resteront libres. Il permet de créer un fonds commun d'?uvres libres, considérant que la connaissance scientifique et artistique fait partie du patrimoine de l'humanité". ------------------------- Art : musique et graphisme Le mouvement du Logiciel Libre s'est répandu au delà de la communauté des informaticiens. Ainsi, l'idée du Libre a récemment intéressé une partie de la communauté artistique désireuse d'appliquer l'idée de copyleft à l'art. Un certain nombre d'artistes français se sont regroupés au sein de la Copyleft Attitude pour créer le mouvement Art Libre, autour d'une licence spécifique. L'utilisation actuelle des droits d'auteur ne permet pas à un artiste de réutiliser des éléments récents de notre patrimoine artistique. Pourtant, la réutilisation est souvent au c?ur de l'activité artistique. Le copyleft crée un cadre de diffusion pour l'auteur qui conserve ses droits, tout en participant à la création d'un patrimoine artistique et culturel. Les sociétés de gestion des droits d'auteur avaient pour objectif originel la collecte et la répartition équitable de ces droits entre les auteurs. Aujourd'hui, elles sont souvent un frein à la libre diffusion des ?uvres, et les distributeurs ont surtout un objectif financier dans la diffusion des ?uvres artistiques. Le copyleft propose à l'artiste un cadre de diffusion dégagé de ces contraintes. Pour un jeune artiste, placer une partie de ses ?uvres sous licence libre est un moyen efficace de faire connaître son travail. La diffusion libre permet au public d'échanger des ?uvres artistiques, ce qui n'empêche pas de rémunérer les auteurs. En plus de la licence Art Libre, de nombreuses autres licences existent pour diffuser des ?uvres. Les licences Creative Commons en particulier sont un ensemble de licences à options que l'utilisateur peut sélectionner ou non. - Toutefois, sur l'ensemble de ces licences, seules certaines sont considérées comme libres. Celles n'autorisant pas la modification ou la commercialisation ne le sont pas".... ( c'est à noter ! ). --------------------- Arkados, le 01/10/2010 - 21:07 "Je n'ai pas de droits, je n'ai que des devoirs. Alors le droit d'auteur... à fusiller tout de suite." Il existe un type de licence qui aurait eu ça place dans l'article à mon sens: le Kopimi. Utilisé notamment par The Pirate Bay, cette licence autorise quiconque à copier, modifier, commercialiser l'oeuvre comme il l'entend, selon la demande-même du créateur. Le Kopimi n'est pas vraiment une license. C'est plutôt une sorte de label signifiant que la copie de l'?uvre est encouragée par l'auteur. les licences Creative Commons peinent à s'imposer auprès du grand public, comme le remarque l'excellent Calimaq.
Elles sont surtout incroyablement compliquées pour le pékin moyen : 6 licences, c'est déjà au moins 4 de trop pour le type qui veut mettre des photos sous Flickr. Après qu'il y en ait plus pour ceux qui veulent en savoir davantage, pourquoi pas... Mais quand tu arrives et que tu vois 6 contrats, tout ça pour tes photos de vacances, tu dis "ok, j'en garde la propriété et on n'en parle plus". Ensuite, autre défaut majeur. : Je pars de http://fr.creativeco...rg/contrats.htm, je clique sur "Paternité" et j'arrive sur ... http://creativecommo...nses/by/2.0/fr/ Et là, erreur fondamentale au niveau communication : cette page explique ce que les autres ont le droit de faire avec mes oeuvres, mais n'explique absolument pas quels sont mes droits en tant qu'auteur. En passant, deuxième erreur : la moitié de la page est en anglais, donc entre ceux qui ne parlent pas cette langue et ceux qui disent "ouhla, c'est pour les américains..." Donc première chose à faire pour CC : un gigantesque effort de communication du côté des auteurs. Pour aller à l'extrême, je serais assez pour une licence "j'en ai rien à foutre de ce que tu fais de ma création". C'est un concept tout à fait probable aujourd'hui.
Audiofeeline, le 07/11/2010 - 02:03
Pour aller à l'extrême, je serais assez pour une licence "j'en ai rien à foutre de ce que tu fais de ma création". C'est un concept tout à fait probable aujourd'hui. Cela s'appelle le "domaine public", pas besoin de licence pour cela, ceci dit il faut tout de même préciser "domaine public" sur l'oeuvre, sinon c'est le code de la propriété intellectuelle qui s'applique puis à terme c'est l'entrée dans le domaine public de toute façon. de nombreux programmes ou bout de code sont dans le domaine public, et cela aide vraiment pour construire son propre programme (informatique) et utiliser le travail que d'autres ont eu le courage de "vraiment" donner, sans demander de reconnaissance ou d'interdir un usage commercial... mais envoyer un petit email de remerciement fait toujours plaisir à l'auteur ! moi j'utilise ! et je donne aussi au domaine public ! ne pas confondre "domaine public" et "copyleft", le copyleft est une licence qui empéche un usage "propriétaire" ultérieur ce qui correspond à ta définition est donc "domaine public" Ooh un fan d'H2G2...bon film ! |
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Le droit d'auteur est un droit fondamental, un droit de l'homme,incontournable et incessible - à l'inverse de ce qui se passe en Copyright, on ne peut céder les droits de l'ensemble de ce qu'on a créé et y renoncer au profit d'un tiers, c'est un garde fou -, reconnu automatiquement à tout citoyen sans qu'il ait à effectuer aucune démarche d'aucune sorte. C'est un héritage des Lumières et une protection pour tout le monde. C'est très bien ainsi. Démocratique.