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Domaine public : l'allongement du droit d'auteur paralysé

Guillaume Champeau - publié le Lundi 26 Juillet 2010 à 16h55 - posté dans Société 2.0

Alors que le Parlement Européen avait voté il y a plus d'un an l'allongement de la durée de protection des droits des producteurs et des artistes interprètes, certains pays font blocage et permettent à des oeuvres majeures de passer dans le domaine public.

Les temps sont durs pour les majors de l'industrie du disque sur le front du lobbying européen. Autrefois, il suffisait d'organiser quelques dîners mondains, de lancer quelques invitations flatteuses en compagnie de stars du show-business, et l'on parvenait sans grand mal à convaincre les parlementaires de voter tout et surtout n'importe quoi en matière de droits d'auteur. C'était la grande époque, celle où Internet n'avait pas encore permis au public de découvrir toute l'injustice d'un droit qui a perdu depuis longtemps tout sens de l'équilibre, et de s'organiser pour s'y opposer.

Ces derniers mois, les lobbyistes de Bruxelles ont enregistré l'arrivée d'un député pirate, vécu la bataille de l'amendement 138, constaté l'adoption écrasante du rapport Lambrinidis contre la riposte graduée, vu l'ACTA se prendre une gifle, et même vu le vote du rapport Gallo reporté à la rentrée alors que les choses semblaient entendues.

Seule lumière au tableau pour les partisans d'un droit d'auteur toujours plus orienté contre le droit du public, et non des moindres : l'extension de la durée de protection des droits voisins.

On se souvient en effet qu'après un âpre débat, le Parlement Européen avait accepté en 2009 de voter une directive pour faire passer la durée de protection des droits des maisons de disques et des artistes interprètes de 50 ans à 70 ans après l'enregistrement. C'était moins que les 95 ans souhaités par les lobbys, mais déjà beaucoup trop au regard du rapport Gowers commandé par la Grande-Bretagne en 2006, qui concluait qu'une extension de la durée de protection aurait pour effet d'augmenter le prix de l'accès aux oeuvres pour les consommateurs, de freiner la concurrence, et d'avantager ceux qui possèdent les plus gros fonds de catalogue, c'est-à-dire les majors du disque.

C'était énorme, surtout, au regard de cette étude qui calculait que la durée optimale de protection des droits des auteurs et des compositeurs serait de 14 ans après la création de l'oeuvre, et qu'au delà les effets de la protection prolongée de l'oeuvre sont plus négatifs pour la société que les effets positifs de son passage dans le domaine public.

Or dans un article publié vendredi, L'Express écrit que l'adoption définitive de la directive de 2009 "se heurte aux refus du Luxembourg, de la Suède ou encore de la Roumanie", qui ne veulent pas la ratifier. La présidence espagnole de l'Union européenne a échoué à faire le forcing, et "la Belgique, qui vient de prendre la présidence européenne, sera suivie par la Hongrie au premier semestre 2011, et toutes deux sont défavorables à tout changement".

Ainsi, alors qu'ils devaient bénéficier d'un second souffle de 20 ans, certains tubes de Johnny Hallyday, de Charles Aznavour ou de Nana Mouskouri sont en train de passer dans le domaine public. Idem bientôt pour les vaches à lait musicales que sont les titres des Rolling Stones ou des Beatles, ou le catalogue de Claude François, qui ne pourront toujours pas cependant être téléchargés et partagés librement. Il faut noter en effet que seuls les droits sur les enregistrements sont concernés, pas les droits sur les paroles ou les mélodies qui restent opposables 70 ans après la mort de l'auteur.

Interrogé par L'Express, l'Adami qui gère en France les droits des artistes-interprètes ressort l'argument largement usité de la retraite, qui fait passer le droit d'auteur pour un droit à une rente à vie. Ou un droit à la paresse. "Nous payons chaque année 50 000 artistes, quelle que soit leur notoriété. Et, avec l'allongement de la durée de vie, il est normal d'allonger la durée des droits. On ne renoncera pas", explique l'organisation.

L'infatigable Pascal Nègre - le président d'Universal Music France - utilise pour sa part un argument plus original, qui méritera d'être repris pour défendre le P2P et plus généralement le droit de diffuser les oeuvres librement. "Il n'y a plus de travail de mémoire" de la maison de disques lorsqu'elle n'est pas incitée à "faire des efforts de marketing pour mettre en avant de vieux titres remixés", regrette ainsi M. Nègre. Lequel a oublié qu'à l'origine le droit d'auteur n'est pas accordé pour saluer la mémoire des vieux, mais pour encourager la jeunesse (ou les anciens) à créer toujours de nouvelles oeuvres pour enrichir la culture nationale. Or on n'est jamais mieux incité à créer de la nouveauté que lorsque seule la nouveauté paye.

Ce que L'Express résume parfaitement dans cette magnifique conclusion :

"Les industriels et les interprètes feraient mieux de préparer leur avenir", s'emporte un bon connaisseur du secteur. Et, peut-être, de méditer les paroles d'Edith Piaf : "Non, rien de rien, non, je ne regrette rien ! C'est payé, balayé, oublié, je me fous du passé !" Encore une chanson de la Môme qui tombera cette année dans le domaine public.

Publié par Guillaume Champeau, le 26 Juillet 2010 à 16h55
 
 
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Commentaires à propos de «Domaine public : l'allongement du droit d'auteur paralysé»
 

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"Ou un droit à la paresse."
paradgime numeramien ou l'apogée de la betise populiste.
Nicobi, le 26/07/2010 - 17:03
"Ou un droit à la paresse."
paradgime numeramien ou l'apogée de la betise populiste.

Nous avons besoin de tes lumières alors, explique-nous en quoi c'est faux.
"Une oeuvre une fois qu'elle a été publiée, appartient essentiellement au public, et que par exception pendant une courte période, on cède quelques droits aux auteurs" (citation de Le Chapelier repris par Benjamin Bayart lors de sa récente interview sur Public Sénat à propos de la Hadopi)
Je veux bien qu'on m'explique mieux la contradiction de: "passer dans le domaine public" et "qui ne pourront toujours pas cependant être téléchargés et partagés librement."
paradgime numeramien ou l'apogée de la betise populiste.
Employer des mots (qu'on pense) compliqués en pensant que c'est suffisant pour montrer son intelligence et sa superiorité sans avoir a developper le moindre argument, c'est le comble du néant intellectuel.
Kad, le 26/07/2010 - 17:04
Nicobi, le 26/07/2010 - 17:03
"Ou un droit à la paresse."
paradgime numeramien ou l'apogée de la betise populiste.

Nous avons besoin de tes lumières alors, explique-nous en quoi c'est faux.
tu prends pour exemple les rolling stones: un exemple de paresse.
Les beatles, bah oui 2 sont morts, pas de bol. Mccartney on l'a vu il y a peu faire des concerts d'anthologie. Aznavour, à 80 balais, idem. et les autres: pareil.
Ces types ont largement passé l'age du retraité moyen et continue de bosser. Et ils feront sans doute des concerts jusqu'à leur mort. Et ils sont loin d'etre les seuls. Des paresseux?
En général, les mecs qui qui marchent au point de rapporter encore des années apres sont loin d'etre des paresseux.
Droit à la paresse... n'importe quoi.

Les autres de toutes facons, ne gagnent deja plus un centime de leur productions passées, et s'ils en ont gagné beaucoup un jour, c'est que d'autres ont gagné encore plus. La plupart d'entre eux sont recyclés et ne toucheront aucune retraite liée à leur gloire passée et ephemere.
Mais ca fait bien de leur taper dessus. C'est ce que veut la populace.
Nicobi: je crains ne pas saisir le fond de ta pensée. Si tu reproches à Numerama une certaine partialité sur les sujets développés, tu peux toujours élargir tes horizons sur d'autres sites (c'est pas comme si Numerama avait le monopole de l'info numérique comme l'a le gouvernement russe sur les médias locaux, hein).

L'esprit du droit d'auteur a été biaisé depuis bien un demi-siècle. A l'origine, il permettait de protéger l'auteur contre les commerciaux et donc était censé encourager l'innovation. A présent, le droit d'auteur est utilisé par les commerciaux pour "traire" les consommateurs, les embrigader dans des technologies restrictives forçant la main sur le portefeuille (les DRM), flooder les tribunaux de plaintes pour contrefaçon et se gaver sur la crédulité des auteurs, ces derniers les laissant faire comme "récompense" pour la notoriété qui leur a été plus facilement apportée.

Le droit d'auteur, ce n'est pas ça, et Numerama fait bien de le rappeler régulièrement.
La ou il n'a pas tord, c'est que cette "paresse" n'est pas forcement du coté des artistes. Ca n'est pas vraiment eux qui touchent le jackpot pendant des décennies sur les tubes de nos grands-parents
"Autrefois, il suffisait d'organiser quelques dîners mondains, de lancer quelques invitations flatteuses en compagnie de stars du show-business, et l'on parvenait sans grand mal à convaincre les parlementaires de voter tout et surtout n'importe quoi en matière de droits d'auteur".
Quel mauvais esprit Kad, digne de "Marianne" ou "Médiapart", la corruption dans notre beau pays n'existe pas!
"Et, avec l'allongement de la durée de vie, il est normal d'allonger la durée des droits. On ne renoncera pas", explique l'organisation"

c est violent à lire ça , quand on se l ai fait mettre de 2 ans de plus .
Nicobi, le 26/07/2010 - 17:03
"Ou un droit à la paresse."
paradgime numeramien ou l'apogée de la betise populiste.

ça alors! Un cousin d'ENTER ou de B.H.L.!!!!
Arkados: Jolie réponse à coté de la plaque, j'en attendais pas moins ;)

le discours de numerama je le connais bien, c'est bien parcequ'il est biaisé par ce courant populiste qu'il est dangereux. La partialité ce n'est pas seulement ce que veut entendre son public dévoué. La vision de l'"artiste" présentée (que dis je: assénée) ici est écoeurante et completement décalée de la réalité.

Mais je comprends que vous vouliez touner en circuit fermé à vous auto persuader d'une "certaine realité". Pourtant la consanguinité n'a jamais rien apporté de bon.
Ageur, le 26/07/2010 - 17:33
La ou il n'a pas tord, c'est que cette "paresse" n'est pas forcement du coté des artistes. Ca n'est pas vraiment eux qui touchent le jackpot pendant des décennies sur les tubes de nos grands-parents
Et c'est marrant que Nicobi cite les Stones en exemple, quand on voit ce qu'ils ont touché sur les ventes de leurs disques c'est normal qu'ils continuent à tourner pour maintenir leur train de vie : "So if you look at the history of recorded music from 1900 to now, there was a 25 year period where artists did very well (1970 -> 1997), but the rest of the time they didn't". Mick Jagger

Ce que tu ne comprends pas Nicobi, ou feins de ne pas comprendre, c'est que toutes ces lois n'ont pas d'enjeu important pour les artistes (eux se feront entuber tant que les majors auront la mainmise sur l'industrie), uniquement pour les marchands de disques.
C'est bien de dire que c'est faux, que c'est biaisé, décalé. Nous attendons ton explication (j'entends par là autre chose que ton torchon de commentaire ci-dessus).
Nicobi > A exemple, contre-exemple. Un Patrick Hernandez qui a fait *un* tube dans sa vie ("born to be alive"), et qui touche 35 ans après des centaines de milliers ou des millions d'euros en droits d'auteur chaque année alors qu'il n'a rien produit de nouveau depuis 1991, ça ne te dérange pas ? Tu crois que ça l'incite à essayer de sortir un nouveau tube ?
Un artiste mort n'a plus de besoin. Donc son oeuvre devrait illico tomber dans le domaine public.
Kad, le 26/07/2010 - 17:04
Nicobi, le 26/07/2010 - 17:03
"Ou un droit à la paresse."
paradgime numeramien ou l'apogée de la betise populiste.

Nous avons besoin de tes lumières alors, explique-nous en quoi c'est faux.
tu prends pour exemple les rolling stones: un exemple de paresse.
Les beatles, bah oui 2 sont morts, pas de bol. Mccartney on l'a vu il y a peu faire des concerts d'anthologie. Aznavour, à 80 balais, idem. et les autres: pareil.
Ces types ont largement passé l'age du retraité moyen et continue de bosser. Et ils feront sans doute des concerts jusqu'à leur mort. Et ils sont loin d'etre les seuls. Des paresseux?
En général, les mecs qui qui marchent au point de rapporter encore des années apres sont loin d'etre des paresseux.
Droit à la paresse... n'importe quoi.

Les autres de toutes facons, ne gagnent deja plus un centime de leur productions passées, et s'ils en ont gagné beaucoup un jour, c'est que d'autres ont gagné encore plus. La plupart d'entre eux sont recyclés et ne toucheront aucune retraite liée à leur gloire passée et ephemere.
Mais ca fait bien de leur taper dessus. C'est ce que veut la populace.

Je pense que tu n'a pas saisi la notion dans sont intégralité du fait d'un petit raccourcis.
Question: Est-il juste que les enfants et petits enfants de M Aznavour, ou de M Jagger touchent de l'argent pour le travail effectué par leurs aïeules?
Dans le modèle actuel, il est admit que les héritiers bénificie du droit d'exploitation après la mort de l'artiste . Pourtant, je suis convaincu que pour la plupart, aucun n'a participé de façon directe à la création des oeuvres.
Ils obtiennent donc une rétribution sans aucun travail, ce qui s'apparente bien à de la paresse.
Je pense que c'est en sens qu'il faut comprendre l'article.

Et je parle ici d'héritage, mais on peu suivre une réflexion similaire avec l'ensemble des exploitants de droits.
Il suffit d'un peu de nuance pour vous mettre d'accord Nicobi et Kad. Un artiste n'est effectivement pas "paresseux" dans la mesure où il fait de concert en permanence. Mais ce que Kad critique c'est bien la partie "droit d'auteur" : il est paresseux en tant qu'auteur s'il ne sort pas de nouvelle chanson.

Il ne s'agit donc pas de dire que les artistes sont des rentiers (certains peut être mais ne faisons pas de généralisation), il s'agit de dire qu'il n'ont aucune obligation à faire travailler la part d'auteur qui est en eux.

Et dans l'absolu, un artiste qui ne crée pas de nouvelles oeuvres... ben ce n'est plus vraiment un artiste non ?
Kad, sophisme habituel.
"Radiohead a reussi a vendre un album sur le net donc tous les autres groupes reussiront". oui on connait la chanson.
Les exemples à la Patrick hernandez sont d'une marginalité extreme. Ce qui est dangereux, et ce en quoi tu es extrement doué, c'est de le faire passer comme la normale: C'est ca le populisme.
Non: la normale, c'est que les artistes crèvent la dalle dans leur immense majorité, et que leurs droits ne se chiffrent pas en millions.
Et si par hasard un type touche 100 miserables euros sur un truc qu'il a fait 30-40 ans plus tot, ca lui permettra peut etre de s'acheter du beurre, tu vois?
Encore le confusionnisme et l'amalgame cher à Guillaume Champeau. Il ne s'agit pas de droit d'auteur mais de droit voisin.

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