On ne voulait pas y croire, et pourtant. Le juge Oscar Magi de Milan a suivi sur le fond les réquisitions du procureur qui avait demandé à la justice de condamner quatre dirigeants de Google à de la prison. Il leur est reproché de ne pas avoir empêché la mise en ligne sur Google Video d’une vidéo montrant un adolescent trisomique maltraîté par de jeunes turinois. La vidéo était restée près de deux mois en ligne, Google l’ayant retirée quelques heures après avoir été notifié de son existence.

Le tribunal a condamné trois dirigeants de Google à six mois d’emprisonnement pour violation de la vie privée, mais les a relaxés du délit de diffamation. Les trois cadres condamnés sont David Drummond, vice président et directeur du service juridique, George Reyes, ancien directeur financier, et Peter Fleischer, directeur du département de la vie privée de Google Europe. Arvind Desikan, directeur de Google Video en Europe, était uniquement poursuivi pour diffamation et a donc été relaxé.

C’est « une menace sérieuse pour le web en Italie« , a immédiatement réagi Google, qui dénonce un jugement qui « attaque les principes-mêmes de liberté sur lesquelles Internet est construit« .

« En substance, ce jugement signifie que les employés de plateformes d’hébergement comme Google Video sont responsables pénalement du contenu que des utilisateurs uploadent« , résume la firme qui annonce son intention de faire appel. « Les employés de Google appelés au procès n’avaient rien à voir avec la vidéo en question. Tout au long de ce processus ils ont fait preuve de grâce et d’un courage admirable. Il est scandaleux qu’ils aient été soumis à un procès« .

Si l’on suit la logique du jugement, Google aurait dû voir avant d’en être informé que la vidéo était à ce point détestable, alors même que 20 heures de vidéos sont publiées chaque minute ( !) sur les serveurs de YouTube. Inhumain. Seul un Dieu omniscient ou une armée d’esclaves pourrait tout contrôler.

Google rappelle que la directive européenne sur le commerce électronique protège les hébergeurs, pour peu qu’ils suppriment les contenus illicites après en avoir été notifiés. Ce qu’ils ont fait avec cette vidéo. « Si ce principe est balayé et que des sites comme Blogger, YouTube et en fait tous les réseaux sociaux et n’importe quel forum sont tenus responsables de chacun des contenus qui leur est envoyé (chaque texte, chaque photo, chaque fichier, chaque vidéo), alors le Web comme nous la connaissons cessera d’exister, et beaucoup des avantages économiques, sociaux, politiques et technologiques qu’il apporte pourraient disparaître« .

Le jugement devrait plaire en tout cas à Silvio Berlusconi qui souhaite que chaque plateforme de vidéos en Italie soit autorisée par l’Etat.

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