Arte diffusera mardi soir un documentaire de Ted Anspach sur "les effroyables imposteurs" qui sévissent sur Internet, et sèment la désinformation et trompent parfois la bonne vieille presse traditionnelle pleine de vertus. Un documentaire qui fait débat avant-même sa diffusion.

Mise à jour : Encore plus caricaturale que ce que l’on pouvait redouter, toute la soirée Théma d’Arte est disponible sur le site d’Arte. Nous pouvons résumer son propos en trois temps : 1. Internet c’est rien que de la désinformation dangeureuse manipulée par les complotistes, 2. l’information de qualité ne peut être communiquée que par de vrais journalistes dont c’est le métier, qui se remettent continuellement en question ; 3. faisons que cette information soit payante pour sauver la presse et donc la démocratie mis en danger par la gratuité d’Internet.

Nous pourrions nous lancer dans une analyse plus longue et détaillée, mais dites-nous plutôt ce que vous en avez pensé…

Article du 08 février 2009 –


Arte diffuse demain mardi 9 février un documentaire qui fait déjà polémique avant-même sa diffusion sur les antennes. Intitulé « les effroyables imposteurs« , il s’attaque très nettement à une « face sombre du Net » qui « bruisse d’infos pas toujours fiables, parfois reprises dans les médias traditionnels« . Voici comment Arte résume le documentaire réalisé par Ted Anspach :

Formidable révolution démocratique, l’explosion de l’info sur la Toile, qui permet aujourd’hui aux citoyens iraniens de nous informer de la situation de leur pays, comporte aussi son lot de dérives. Le parti pris du réalisateur Ted Anspach est d’explorer cette face sombre du Net. Aujourd’hui des milliers de sites, engagés dans une incroyable course de vitesse, relayent immédiatement des milliers d’infos plus ou moins vérifiées. Dans cette confusion générale, l’opinion d’un idéologue, d’un extrémiste, finit par avoir la même valeur que celle d’un scientifique reconnu. Ce documentaire, à partir de séquences de propagande étonnantes saisies sur le vif, décortique la mécanique qui permet de tels excès et raconte comment, volontairement ou non, certains médias se rendent complices de ces dérapages et de cette désinformation.

Le documentaire qui fait office de prologue à un « théma » d’Arte sur la qualité de l’information s’en prend aux « complotistes » qui s’expriment librement sur Internet : Vaccins réputés dangereux, théories alternatives du 11 septembre, implication d’Israël responsable de la crise financière,… Hasard ou pas de calendrier, c’est quelques jours seulement avant la diffusion de ce documentaire que de nombreux « groupes complotistes » assurent que Dailymotion aurait fermé leurs groupes d’autorité, sans vraiment d’explication. Ce qui ne fait que renforcer leurs sentiments paranoïaques, exarcerbés par l’arrivée de l’Etat au conseil d’administration du site de vidéos.

On ne peut pas reprocher à Arte de ne pas annoncer la couleur lorsque le résumé parle de « parti pris » du réalisateur, de « face sombre du Net », et prend le soin dans ses premiers mots de dire qu’Internet est une « formidable révolution démocratique ». Le spectateur est informé que le documentaire est partisan et ne vise pas la neutralité à l’égard du réseau mondial.

Cependant le film s’inscrit dans une longue tradition de traitement caricatural du net par la télévision, comme l’avait magnifiquement démontré le blog 3615 Mavie. Il utilise le prétexte complotiste pour remettre de l’huile sur un feu de plus en plus vif.

Benoît Raphaël, co-fondateur du Post, a publié un papier au vitriol pour dénoncer le documentaire qu’il a déjà pu visualiser. « A travers une compilation un peu fouillis sur les conspirationnistes de tous bords, l’auteur du documentaire nous ressert le discours du « Web-poubelle-de-l’info », peuplé de dangereux « non-professionnels » qui font circuler les pires rumeurs« , résume-t-il.

Mais « de cette « poubelle » qu’est Internet, de cette poubelle que serait finalement la blogosphère (parce que c’est bien la blogosphère dans son ensemble qui est attaquée dans ce docu), émergent de vrais talents, des analystes pertinents, des militants féroces. On y trouve même des « amateurs » qui, parfois, enquêtent et dénoncent les erreurs des journalistes professionnels. Inconcevable !« , rappelle Raphaël. « De cette poubelle émergent des opinions qui dérangent, des vidéos que l’on aurait préférées laisser sous le sceau du « off », des infos qui ne passent jamais au 20h, des remises en question des médias traditionnels qui, pendant longtemps, ont vécu dans le confort du surveillant jamais surveillé…« .

Il soulève également une coïncidence, elle-même complotiste : le documentaire d’Arte est diffusé le 9 février, jour-même de l’ouverture du débat sur la loi Loppsi qui vise à imposer un filtrage du net.

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