Omniprésente à Paris contre la loi Hadopi et à Bruxelles et Strasbourg sur le front du Paquet Télécom et de la défense de la neutralité du net, La Quadrature du Net pourrait ne devenir qu'une coquille vide dans les prochains mois. L'association, qui a besoin de salariés à temps plein pour exercer un lobbying à la hauteur des enjeux, manque de soutiens financiers. Une ultime bouteille à la mer est lancée.

C’est Benjamin Bayart qui tire la sonette d’alarme. Le très charismatique et pédagogique président du fournisseur d’accès associatif French Data Network (FDN), profondément impliqué dans la défense des droits et libertés sur Internet, est aussi président du Fonds de Défense de la Neutralité du Net, « qui est l’association, montée exprès, qui pilote le volet financier de La Quadrature« . C’est à ce titre qu’il fait part sur son blog du risque que La Quadrature du Net jette l’éponge.

« Les appels régulièrement lancés par [Jérémie Zimmermann] pour soutenir La Quadrature du Net indiquent clairement que la structure a besoin de fonds« , écrit Benjamin Bayart.

« Il faut bien que les gens qui sont à plein temps vivent. Et pour ça, soit ils passent à temps partiel et vont trouver un travail (..), soit il faut que l’activité militante paye le manger. Pour le moment, La Quadrature du Net vit de beaucoup de bénévoles, et de quelques personnes à temps plein (au sens associatif du terme). Il faut nécessairement que ce soit adossé sur des salaires. Et donc il faut des fonds« .

A l’heure actuelle, la Quadrature du Net vit essentiellement de dons reçus de l’Open Society Institute (OSI), fondée par le très controversé George Soros. Très difficile à cerner, le milliardaire américain est à la fois connu pour sa spéculation sans scrupules sur les devises, qui a fait sa fortune, et pour ses actions philanthropique en faveur d’un monde démocratique et ouvert. Mais « si l’OSI est le seul organisme à penser que les luttes pour un Internet neutre et libre valent le déplacement, et si personne n’est prêt à mouiller la chemise (et à sortir le portefeuille), alors il faut peut-être arrêter« , menace Benjamin Bayart.

Pour diversifier ses sources de revenus, La Quadrature du Net a intensifié ses campagnes d’appels aux dons ces derniers mois, encore renouvelées cet hiver. Sans que le succès soit au rendez-vous. « Je vois bien la tête que font les comptes, et, beaucoup plus grave, ce que rapportent les campagnes de dons, puisque c’est moi qui comptabilise le résultat », raconte le monsieur finances de l’association. « Et pour le moment, ma conclusion est sans appel : sur un rythme comme celui-là, c’est simple, il faut arrêter« . L’association n’aurait dans ses caisses que de quoi tenir jusqu’à l’été, pas davantage.

La Quadrature du Net a pourtant un calendrier chargé pour 2010. Outre la loi Hadopi dont la mise en application reste sous haute surveillance, l’association a identifié trois chantiers prioritaires cette année : le combat contre l’ACTA, la défense de la neutralité du net notamment au niveau européen, et la lutte contre le projet de filtrage du net prévu dans la Loppsi.

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