StreetPress lance une expérimentation encore peu pratiquée dans les médias : rémunérer le travail des journalistes par du minage de crypto-monnaie.

Le business-model de la presse en ligne est une suite d’expérimentations — certaines fonctionnent, certaines ratent, mais si les médias ne tentent rien, ils foncent droit dans le mur. Hier, le magazine d’information en ligne StreetPress a annoncé le lancement d’une expérimentation autour d’un concept à la mode en ce moment : les crypto-monnaies. Le principe est simple et repose sur le minage de crypto-monnaie (ici, le Monero) via le navigateur des lecteurs. Concrètement, quand vous êtes sur StreetPress, un script s’exécute et va utiliser la puissance de calcul libre de votre ordinateur ou de votre smartphone pour valider des transactions en minant du Monero.

Si cette expérience ne vous est pas étrangère, c’est normal : plusieurs médias américains ont tenté récemment d’activer le même genre d’idées que StreetPress, avec plus ou moins de succès. Plus ou moins, parce que ces médias (ou Pirate Bay) ont grosso modo fait cela en douce et n’ont pas su communiquer une fois qu’ils avaient été pris la main dans le sac de pièces virtuelles. Au contraire, StreetPress se lance avec la franchise qu’on lui connaît et assume complètement le côté expérimental et novateur de l’initiative.

Contacté par Numerama, Johan Weisz, fondateur du média, raconte : « Il faut vraiment le prendre comme une expérience, de mon point de vue. L’ordinateur mine d’autant plus que les articles sont longs, car le temps passé sur le site compte ». Côté revenus, la première nuit lui permet d’extrapoler les résultats : si la tendance reste la même, StreetPress pourrait gagner 100 € par mois. 

Ce n’est clairement pas ce qui va faire vivre le site et les pigistes qui travaillent pour StreetPress pour l’instant, mais Johan évoque d’autres pistes qui pourraient suivre cette première initiative : « Si cela plaît, on peut imaginer un plug-in qui permettrait à nos lecteurs de miner quand ils ne sont pas sur le site ». Dans tous les cas, le média partagera les informations sur ses revenus avec ses lecteurs, pour les impliquer dans l’expérience.

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Le concept de rémunération par minage en lui-même est intéressant, dans la mesure où il change le tiers qui permet de « payer la presse ». L’argent de l’abonnement, l’attention ou les données de la publicité ou les commissions de l’affiliation laissent leur place à une nouvelle monnaie d’échange, purement technique : la puissance de calcul et la batterie de l’utilisateur (oui, si le processeur de votre smartphone tourne à plein régime quand vous lisez un site web, votre batterie risque d’en prendre un coup). On troque ces éléments contre de l’information voulue de qualité : comme le temps passé sur le site importe, les articles les plus longs, creusés et fouillés sont les plus rémunérateurs. Le buzz vite consommé ne permet pas d’exploiter la puissance des machines pour être rentable.

Le côté plug-in évoqué présente aussi son intérêt : le lecteur ou la lectrice fidèle laisserait tourner la boîte à rémunérer le média sur son ordinateur. L’acte d’achat ou d’abonnement devient alors un acte de transfert technologique militant, à la manière des économiseurs d’écran qui permettent d’utiliser la puissance de calcul des ordinateurs pour faire avancer la recherche. Reste à voir si le fait, pour l’instant, de ne pas pouvoir simplement refuser de miner en visitant le site fera fuir certains internautes : ne pas avoir conscience que l’on paie enlève de la valeur perçue pour le média.

Les articles les plus longs, creusés et fouillés sont les plus rémunérateurs

Comme tout sujet dans une phase d’effervescence médiatique, crypto-monnaies et blockchain auront leurs expériences à buzz et leurs ratés industriels. En revanche, seuls les plus pessimistes affirmeront que ces deux concepts n’auront pas leurs pépites durables : la rémunération de la presse en fait peut-être partie.

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