Uber a laissé l'agence de presse AFP avoir accès à des données internes. On y apprend la rémunération moyenne d'un chauffeur. Pour l'entreprise, cette soudaine transparence n'a rien d'un hasard.

Pour faire taire les critiques, Uber est prêt à tout, y compris à dévoiler les rémunérations de ses chauffeurs français. L’entreprise assure qu’elles sont plus élevées que les rémunérations obtenues en moyenne dans le secteur des transports, selon des données internes consultées par l’AFP dimanche 27 janvier.

Un salaire moyen de 1 617 euros

Les chauffeurs qui ont un statut d’auto-entrepreneur auraient un chiffre d’affaires médian horaire de 24,81 euros. Une partie de cette somme (25 %) est reversée automatiquement à Uber, sous forme de commission. Une autre partie est dédiée aux frais de service, de TVA et aux cotisations sociales. Finalement, il ne reste aux chauffeurs que 9,15 euros.

L’application Uber // Source : Quote Catalog

En moyenne, un non-salarié travaille en France 45,3 heures par semaine, affirme Uber. Des chauffeurs connectés à l’application pendant autant de temps (ce qui ne signifie pas nécessairement qu’ils font 45,3 heures de courses) gagneraient 1 617 euros nets par mois.

Uber se réjouit de ces chiffres. Selon l’Insee, le revenu médian des personnes non-salariées du secteur des transports est moins élevé : il serait de 1 430 euros mensuels, et de seulement 1 110 euros pour ce qu’on nomme le « transport public particulier ».

Uber tente de se racheter aux yeux de la justice

Uber est au cœur d’une bataille juridique en France. Début janvier, la cour d’appel de Paris a stipulé qu’un chauffeur Uber était lié à l’entreprise par un contrat de travail. Pour l’instant, les chauffeurs sont tous et toutes auto-entrepreneurs. La décision de la cour d’appel, qui fait l’objet d’un pourvoi en cassation, pourrait motiver certains à demander une requalification de leur statut.

Un tel mouvement n’arrangerait guère Uber. L’entreprise aurait de fait plus d’obligations vis-à-vis des chauffeurs qu’elle emploie. En révélant la rémunération moyenne de ces derniers, Uber fait preuve, dit-il, d’« une forte volonté de transparence ». Cela marquerait « une nouvelle phase de maturité dans la relation aux chauffeurs », et « une contribution au débat public sur le travail des indépendants ». Les révélations ne sont donc probablement pas tout à fait désintéressées, dans le contexte juridique actuel.

Uber compte 28 000 conducteurs en France, soit plus que tous ses autres concurrents. Selon une étude menée par Kantar TNS en octobre 2018 auprès de 1 600 chauffeurs, qu’a pu consulter l’AFP, le véhicule le plus utilisé est une Peugeot 508. Les chauffeurs ont en moyenne 39 ans, et 37 % d’entre eux ont au moins un bac + 2.

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