Signé le 7 août 2026 par le Préfet de Police de Paris, Laurent Nuñez, un nouvel arrêté préfectoral est venu durcir drastiquement les règles du jeu pour les utilisateurs d’engins de déplacement personnel motorisés (EDPM). Applicable dès le 8 août, la décision risque de surprendre les utilisateurs de trottinettes et autres EDPM au retour des vacances. Une méconnaissance de cette nouvelle règle pourrait leur coûter cher : jusqu’à 170 € d’amende.
Désormais, à Paris (75) ainsi que dans les Hauts-de-Seine (92), la Seine-Saint-Denis (93) et le Val-de-Marne (94), le port du casque et d’un équipement rétro-réfléchissant est obligatoire à toute heure de la journée, même en plein soleil au milieu du mois d’août.
Les sanctions applicables aux EDPM à Paris et Petite Couronne
Les contrevenants s’exposent à une amende forfaitaire de 135 € pour défaut de port du casque et de 35 € pour l’absence de gilet fluo (ou autre équipement réfléchissant). Beaucoup d’utilisateurs risquent de cumuler les deux infractions s’ils ne se sont pas tenus informés durant l’été. Il n’est pas exclu que l’assurance obligatoire soit également vérifiée par la même occasion.

Le préfet de police de Paris n’a pas spécialement parlé d’une période de tolérance et de pédagogie dans son communiqué. On peut néanmoins imaginer que les sanctions ne vont pas immédiatement tomber, laissant quelques jours aux utilisateurs pour s’équiper, mais à la rentrée, nul doute que les contraventions risquent de pleuvoir.
Deux poids, deux mesures : la grande incohérence des pistes cyclables
Si l’intention de protéger les usagers de trottinettes part d’un bon sentiment, son application sur le terrain crée une différence de traitement flagrante avec les vélos à assistance électrique (VAE). Mettez côte à côte deux usagers qui s’élancent sur la piste cyclable du boulevard Sébastopol :
- D’un côté, un vélotafeur au guidon d’un VAE ou d’un cargo électrique capable de rouler à 25 km/h. S’il a plus de 12 ans, le Code de la route lui permet de rouler cheveux au vent, sans aucun casque ni gilet fluo.
- De l’autre, une personne sur une trottinette bridée à 20 ou 25 km/h. S’il lui manque un casque sur la tête ou une bande réfléchissante sur son sac, la facture s’élève immédiatement à 170 € en cas de contrôle.
Cette différence de traitement pose malgré tout une question de cohérence. La préfecture de police met notamment en avant la biomécanique particulière de la trottinette (centre de gravité plus haut, petites roues bloquées par le moindre nid-de-poule, projection fréquente par l’avant). Il est vrai que le port du casque est à recommander avec ce type d’engin. Mais sur le terrain, séparer juridiquement deux véhicules qui partagent les mêmes aménagements cyclables relève de la gymnastique technocratique, surtout pour la justification du gilet fluo (ou autre équipement de visibilité) en pleine journée.
Protéger les têtes, oui, mais pas en tuant l’utilité de la mobilité douce
Ne nous trompons pas de débat : porter un casque à trottinette électrique est évidemment une excellente idée. En cas de choc à 25 km/h, la tête est la première touchée et les traumatismes crâniens représentent la majorité des blessures graves chez les utilisateurs d’EDPM. Néanmoins, c’est aussi le cas à vélo (je peux en témoigner).

En imposant un casque et un gilet fluo en permanence (même de jour), l’État réduit l’atout de la trottinette personnelle : sa flexibilité. Ce moyen de transport intermodal que l’on plie pour monter dans un RER ou ranger sous un bureau se transforme désormais en contrainte logistique lourde. Le salarié qui part de Versailles peut circuler sans équipement, mais une fois qu’il déplie le même engin (trottinette électrique, gyropode, monoroue, hoverboard…) dans Paris, il devra sortir le casque et le gilet. De quoi ajouter une contrainte logistique peu compatible avec la promesse de simplicité de la trottinette.
Surtout, ces équipements ressemblent un peu à un pansement sur une jambe de bois. Un gilet fluo ne sert à rien si les comportements dangereux, comme le slalom entre les voitures, le fait de griller les feux ou de prendre d’autres risques, persistent chez certains de ces conducteurs d’engins. Cela n’empêchera pas non plus un automobiliste inattentif de changer de voie ou de cap sans vérifier ses rétros (gilet fluo ou non) : on le constate tous les jours.
Il sera intéressant de voir si cette initiative est reprise par d’autres métropoles dans les prochains mois, ou si les autres villes préfèrent attendre pour mesurer son efficacité réelle.
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