Le mouvement s’amplifie depuis plusieurs mois, de quoi faire trembler les directions des grands groupes automobiles européens. Dans l’ombre, les plus gros fonds spéculatifs sont en train de parier à la baisse sur les groupes comme BMW, Mercedes-Benz, Volkswagen, Stellantis ou Renault. C’est ce qu’a pu observer le Financial Times dans un article du 16 juin 2026.
Leur objectif est de gagner de l’argent en misant sur le déclin des groupes européens face à la déferlante chinoise. Une comparaison qui tourne actuellement à l’avantage de Tesla et des constructeurs chinois.
Comment les fonds spéculent sur le déclin de l’automobile européenne
D’ordinaire, on achète une action en espérant qu’elle monte. Ici, les fonds font l’inverse. Ils empruntent des actions ou des obligations (les titres de dette émis par les constructeurs) et les revendent immédiatement au prix fort. Ils attendent ensuite que les constructeurs boivent la tasse face à la concurrence chinoise pour que la valeur de ces titres s’effondre. Il ne leur reste plus qu’à les racheter une misère sur les marchés, les rendre à leur propriétaire initial et empocher la différence.
Ces fonds spéculatifs ne s’attaquent pas qu’aux actions en Bourse. Ils ciblent aussi la dette à long terme (les obligations) de ces géants. Ils prouvent ainsi qu’ils ne croient pas à une crise passagère, mais bien à un déclin européen sur le très long terme. Stellantis et Volkswagen sont les deux groupes les plus ciblés.

La double peine de la concurrence chinoise
Pourquoi maintenant ? Le marché chinois, qui était autrefois la poule aux œufs d’or de nos constructeurs, est devenu leur pire cauchemar. « La Chine est devenue une source de concurrence plutôt que de profits », résume Adrien Brasey, analyste chez AlphaValue, cité par nos confrères. « Les investisseurs se rendent compte qu’il ne s’agit pas d’une crise cyclique, mais plutôt d’un déclin structurel. » Pour les fonds spéculatifs, c’est le moment idéal pour miser sur un affaiblissement durable du secteur.
Les constructeurs chinois (menés par l’ogre BYD ou Geely) avancent tout simplement trop vite : « Au moment où un constructeur automobile [européen] lance un nouveau véhicule, ses concurrents chinois en ont souvent déjà lancé deux. »

En plus de cette rapidité, les investissements colossaux des constructeurs chinois font aussi douter les investisseurs de la capacité des entreprises européennes à pouvoir rester compétitives. En plus de perdre du terrain en Chine et aux États-Unis, les constructeurs voient désormais leurs parts de marché historiques en Europe vaciller.
La capitalisation des groupes européens a baissé de près de 25 % depuis le début de l’année. Et ce, peu importe la stratégie mise en place pour rester compétitifs.
Les marques européennes comptent désormais sur le « made in Europe » (ou contenu local) pour revenir à armes égales face aux constructeurs chinois. Pour les fonds spéculatifs, le constat est plié : la Chine ne laissera aucune chance aux constructeurs européens.
Et s’ils avaient tort en les enterrant beaucoup trop vite ? Les spéculateurs semblent surtout focalisés sur les difficultés européennes. Pourtant, les groupes chinois doivent eux aussi faire face à une guerre des prix destructrice sur leur marché domestique, à des surcapacités industrielles et à des barrières commerciales croissantes à l’international. Un portrait loin d’être idyllique pour les investisseurs les plus prudents.
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