Les représentants de 44 institutions bancaires se sont retrouvés au Salvador lors d’un sommet sur l’inclusion financière. Le président, Nayib Bukele, a mis l’accent sur le bitcoin, mais les banques centrales n’ont pas parlé que de ça.

Certains sont allés jusqu’à parler du « Davos du Bitcoin », en référence au célèbre forum économique mondial. Les représentants de 44 banques centrales et institutions financières étaient invités au Salvador, et le président Nayib Bukele avait présenté sur Twitter leur venue comme un signal fort pour l’adoption du bitcoin à travers le monde. En l’absence d’annonce claire, beaucoup avait interprété la conférence comme étant spécifiquement à propos de la crypto-monnaie.

Ce n’était pourtant pas vraiment le cas : il s’agissait avant tout d’un sommet organisé par l’AFI, l’Alliance for Financial Inclusion (Alliance pour l’inclusion financière), un organisme malaisien. Le but du rassemblement était de discuter des meilleurs moyens d’assurer une plus grande insertion bancaire — et si une partie des discussions a porté sur le bitcoin, il ne s’agissait pas d’un meeting entièrement dédié à l’adoption des crypto-monnaies.

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Nayib Bukele, le président du Salvador // Source : Wikimedia Commons

De quoi les banquiers ont-ils parlé ?

C’est la banque centrale du Paraguay, dont le représentant faisait partie du voyage, qui a en premier publié un communiqué de presse afin de rectifier le tir. Dans son message, l’institution explique que « le meeting ne se focalise pas sur les crypto-monnaies », et a rappelé que les crytpo-actifs n’étaient pas considérés comme des monnaies légales dans le pays. « La banque centrale du Paraguay n’a pas l’intention de discuter l’adoption des crypto-monnaies dans le cadre de l’AFI ».

Alors, de quoi les banquiers ont-ils parlé ? Selon le programme de l’AFI, pendant cette « semaine d’événements », les participants ont « tenu des discussions sur la promotion des écosystèmes numériques et des innovations financières », dans le but de « fournir plus d’aide aux petites entreprises, aux femmes et aux individus touchant des bas salaires ».

Les membres du groupe ont également parlé de « l’émergence et de la régulation des monnaies privées digitales dans les pays en voies de développement », c’est-à-dire des crypto-monnaies, mais aussi des actifs numériques et des stableboins. Pas vraiment de discussions sur les plans des banques centrales d’accepter le bitcoin comme une monnaie légale, donc.

Les représentants des banques centrales ont essayé le bitcoin

Les affirmations sur le fait que le meeting était consacré aux crypto-monnaies sont donc à prendre avec du recul. Il est cependant vrai qu’un panel a été organisé pour parler des bénéfices du bitcoin, présenté par Roman Martinez et Nicolas Burtey, les deux entrepreneurs à l’origine de Bitcoin Beach (la station balnéaire salvadorienne où le bitcoin a tout d’abord été utilisé). Ils ont longuement parlé de l’histoire du lieu, et des systèmes de paiement mis au point.

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Les représentants des banques centrales à Bitcoin Beach // Source : Galoy

Les représentants des institutions financières se sont même rendus à Bitcoin Beach à la fin de leur séjour pour tester par eux-mêmes les paiements en crypto-monnaies. Galoy, l’entreprise qui s’est chargée du développement des portefeuilles crypto pour Bitcoin Beach, raconte que les membres du groupe ont pu « voir ce que le bitcoin fait pour les communautés exclues du système bancaire actuel ». Et Nayib Bukele a même profité de la visite pour faire leur faire prendre la pause, et leur faire crier « bitcoin ».

Même si les membres de l’AFI n’ont pour l’instant pas l’intention de tous reconnaître le bitcoin comme monnaie légale, le symbole est fort. Les institutions financières mondiales se sont historiquement opposées aux crypto-monnaies. Le FMI a critiqué le plan d’adoption du bitcoin par Salvador, disant que le pays était « allé trop loin », et Christine Largarde, la présidente de la Banque centrale européenne, a récemment déclaré que les crypto-actifs ne « valaient rien ».