La volatilité du cours des cryptomonnaies a généré beaucoup d'intérêt pour les stablecoins. On fait le point sur le fonctionnement de ces jetons censés être plus stables et sécurisés.

Ces derniers mois, la volatilité du cours du bitcoin a fréquemment généré de la confusion et de la défiance. Les aléas du cours des cryptomonnaies sont aujourd’hui plus que jamais problématiques : l’inflation du prix du bitcoin, puis la chute spectaculaire de sa valeur en quelques semaines à peine montrent à quel point les valeurs des cryptos sont encore instables. Et c’est justement pour cette raison que les stablecoins font de plus en plus parler d’eux.

Ces « jetons stables », en français, sont un cas à part dans les cryptomonnaies. Ils fonctionnent, comme toutes les autres, sur une blockchain. Mais ils ont ceci de particulier que leur valeur n’est pas seulement déterminée par leur popularité, leur utilité ou leur rareté : elle est indexée à un autre élément. Et, pour de plus en plus d’experts, les stablecoins sont «  le futur ».

Qu’est-ce qu’un stablecoin ?

Les stablecoins sont des cryptomonnaies dont la valeur est indexée à une monnaie fiduciaire, comme le dollar ou l’euro, ou à un métal, comme de l’or ou du platine. Cette particularité leur permet d’éviter les fluctuations de prix importantes, comme ce que peuvent connaître les autres cryptomonnaies, d’où leur nom de stablecoins. Ils sont ainsi particulièrement rassurants pour les investisseurs, et pourraient être plus sereinement envisagés comme alternatives viables aux monnaies fiduciaires grâce à cette stabilité.

Il existe aujourd’hui de nombreux stablecoins, majoritairement indexés sur le dollar (qui a lui-même été pendant un temps indexé sur l’or). Le plus populaire est de loin le Tether. Lancé en 2014, le Tether repose sur un principe simple. « Les Tether sont à 100 % collatéralisés par nos réserves, assure l’entreprise. Les tokens Tether sont échangeables contre des dollars […], avec un taux de conversation de 1 USDT (token Tether) pour 1 dollar ». Concrètement, pour chaque Tether créé, un dollar a été déposé sur un compte en banque géré par Tether. Il y a cependant beaucoup de controverses autour de la cryptomonnaie, que nous évoquerons dans une autre partie.

Quels sont les principaux stablecoins ?

Les principaux stablecoins sont indexés sur des monnaies fiduciaires ou des métaux, mais on en trouve également d’autres sortes. Voici la liste des principaux stablecoins :

Les stablecoins indexés sur le dollar

  • le Tether (USDT),
  • le USD Coin (USDC),
  • le TrueUSD (TUSD),
  • le Binance USD (BUSD),
  • le Gemini Dollar (GUSD),
  • le Paxos Standard (PAX).

Les stablecoins indexés sur d’autres monnaies fiduciaires

  • le Stasis Euro (EURS), indexé sur l’euro,
  • le Tether Euro (EURT), indexé sur l’euro
  • le Binance GBP Stable Coin (BGBP), indexé sur la livre sterling.

Les stablecoins indexés sur des métaux

  • le CACHE Gold (CACHE), indexé sur l’or,
  • le Tether Gold (XAUT), indexé sur l’or,
  • le Paxos Gold (PAXG), indexé sur l’or.

À noter également le cas de Petro (PRT), émis par le Venezuela et qui est indexé sur les réserves de pétrole du pays.

Les stablecoins indexés sur des cryptomonnaies

Le cas des stablecoins indexés sur les cryptomonnaies est particulier et peut sembler contre-intuitif, étant donné que leur succès est en grande partie dû à leur stabilité. Le mécanisme pour contrer leur volatilité est donc différent des autres. Par exemple, le prix du DAI est constamment contrôlé par des smart contracts. Si le prix du DAI fluctue de manière trop importante, des coins sont détruits afin de stabiliser son cours.

  • le DAI (DAI).

Les stablecoins basés sur des algorithmes

Les stablecoins indexés sur des algorithmes sont encore un cas à part entière, car ils n’ont pas de collatéral, contrairement à ce qu’on pourrait croire. À la place d’un dollar ou d’un gramme d’or, la stabilité de la valeur de ces coins est garantie par un algorithme et par des smart contracts. Ces derniers gèrent le nombre de tokens en circulation. Par exemple, si « les prix du marché sont en baisse, l’algorithme enlèvera des tokens de la circulation, explique le site spécialisé Cryptopedia. À l’inverse, si les prix augmentent, l’algorithme décidera de produire de nouveau tokens afin de diluer leur valeur.  » Il est ainsi possible que le nombre de tokens possédé par une personne change, mais la valeur totale restera stable, précise le site de l’ethereum.

Les stablecoins basés sur des algorithmes les plus populaires sont :

  • Ampleforth (AMPL),
  • Celo Dollars (cUSD),
  • et Terra (UST).
Les stablecoins avec le plus de valeurs // Source : Ethereum

Comment les stablecoins fonctionnent-il ?

Les stablecoins, malgré leur indexation sur des actifs extérieurs, restent des cryptomonnaies classiques. Elles sont adossées à des blockchains, que ce soit celle de Binance, celle de l’Ethereum ou leur propre chaine.

On peut les utiliser lors des mêmes transactions que les autres cryptomonnaies — les stablecoins sont particulièrement appréciés pour leur stabilité et par les investisseurs dans les projets de DeFi (finance décentralisée). On peut plus facilement les reconvertir en monnaie fiduciaire, ou en or.

Il n’y a pas besoin de miner des stablecoins pour les obtenir. Dans le cas du Tether, il suffit de déposer un dollar pour avoir un USDT. Pareil pour le CACHE Gold : 1g d’or équivaut à un coin. Pour les autres stablecoins, il existe différentes situations. Par exemple, de nouveaux DAI sont créés par les utilisateurs, en échange d’un collatéral de leur choix.

Les stablecoins sont-ils décentralisés ?

C’est l’un des plus gros reproches adressés aux stablecoins : elles sont dans certains cas centralisées. Concrètement, cela veut dire qu’un intermédiaire est nécessaire lors d’une opération. C’est notamment le cas pour Tether, car c’est à l’entreprise d’émettre des jetons en échange de dollars. C’est également le cas pour les stablecoins indexés sur des métaux.

C’est tout le contraire de l’esprit des cryptomonnaies, qui ont été développées afin d’être décentralisées et de ne pas nécessiter de tierces parties pour faire des échanges commerciaux. Et c’est pourquoi ces stablecoins sont très critiquées dans la communauté crypto.

Certains stablecoins sont cependant décentralisés : c’est notamment le cas de ceux indexés sur d’autres cryptomonnaies, ou ceux adossés à des algorithmes.

Tether // Source : Drawkit Illustrations / Unsplash

Pourquoi parle-t-on autant des stablecoins ?

L’avantage évident des stablecoins par rapport aux autres cryptomonnaies reste leur stabilité. Ils bénéficient de beaucoup des avantages des crypto classiques : les échanges sont plus rapides qu’avec des banques traditionnelles, et ils peuvent être utilisés pour des projets de finance décentralisée.

Mais certains stablecoins ont cependant un problème de taille : leur caractère centralisé, qui les rend moins sûrs, moins indépendants et moins transparents. Et il n’y a pas que cela : étant donné que leurs valeurs restent stables, les stablecoins ne représentent pas un investissement très lucratif pour les parieurs en bourse. Certains ont encore des protocoles nouveaux, comme les stablecoins basés sur des algorithmes, ce qui peut les rendre instables, et ils restent assez complexes à comprendre.

Mais pourquoi tout le monde s’intéresse-t-il aux stablecoins maintenant ? Leur volume a plus que doublé au cours de l’année dernière, et ils représentent maintenant un marché d’une valeur de plus de 117 milliards de dollars. Tether représente à lui seul près de la moitié de cette somme, avec l’équivalent de plus de 64 milliards de dollars en circulation.

Or, c’est justement en partie à cause de Tether que l’intérêt pour les stablecoins s’est accru ces dernières semaines.

Que se passe-t-il avec Tether ?

Il y a de plus en plus de craintes sur les réserves de Tether en monnaie fiduciaire. Tether assurait que chaque USDT en circulation avait son équivalent dans ses caisses, mais ce n’est en réalité pas tout à fait exact. En février 2021, à la suite d’une enquête, le procureur de l’état de New York a déclaré que «  contrairement aux affirmations de Tether assurant que leur monnaie virtuelle était entièrement adossée à des fonds en dollars, il y a eu des moments où ce n’était pas le cas ».

Une phrase qui a particulièrement inquiété les investisseurs, car une quantité insuffisante d’argent dans les caisses de Tether signifierait qu’ils ne pourraient pas forcément récupérer leur argent en dollars, et que la valeur de la crypto pourrait potentiellement s’écrouler.

Tether a nié les accusations du procureur, et depuis publie tous les trimestres un rapport détaillant les fonds de l’entreprise. Mais ces rapports ne lèvent pas toutes les craintes. Le dernier, qui a été publié le 30 juin, indique que près de la moitié des fonds de l’entreprise sont détenus en placements et en dettes commerciales, et qu’un quart sont des bonds du Trésor américain (des titres d’obligations). La totalité des fonds était jugée suffisante pour les comptables ayant audité les fonds, mais Tether n’a pas été très transparent sur les dettes de quelles entreprises elle possédait.

C’est cependant un article de Bloomberg, publié le 26 juillet, qui a vraiment attiré l’attention du grand public sur les stablecoins. L’article dévoilait qu’une enquête avait été ouverte contre Tether pour suspicion de fraude bancaire. Bloomberg indique que les procureurs chargés du dossier suspectaient que Tether avait caché un certain nombre de détails aux banques à ses débuts, notamment le fait que les transactions avaient lieu sur la blockchain.

Pour finir, les craintes autour des réserves de Tether et l’enquête ouverte contre ont bousculé les régulateurs financiers américains. La secrétaire du trésor américain Janet Yellen a annoncé au mois de juillet qu’elle allait regarder de près les stablecoins, afin de faire des recommandations sur de possibles régulations.

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