La maison-mère de Tinder, Match Group, lance une offensive judiciaire contre Google et son monopole de paiement sur Android. Une action qui rappelle celle d’Epic Games (Fortnite) face à Apple, pour des motivations semblables.

Il y a eu le procès du système de paiement intégré à l’App Store, lors du conflit judiciaire très médiatisé entre Apple et Epic Games. Il y aura son pendant du côté de Google Play. Dans une plainte déposée le 9 mai 2022, l’entreprise Match Group lance une offensive contre le système de paiement développé par la firme de Mountain View pour l’écosystème Android.

Comme dans l’affaire qui a opposé Apple à Epic Games, le cœur du problème concerne l’hégémonie du système de paiement de Google pour régler des achats dans les applications Android, et la ponction que s’autorise l’entreprise américaine en prenant une commission d’un certain pourcentage sur chaque transaction.

Google n’ignore les reproches qui sont portés contre son système de paiement. Tout comme Apple, le groupe a manœuvré pour atténuer les reproches qui sont formulés à son contre. Au printemps 2021, la société a annoncé que la commission passerait de 30 % à 15 % pour les développeurs générant moins d’un million de dollars par an.

La société a par la suite encore lâché du lest, à l’automne 2021, cette fois au niveau des abonnements. Depuis le début de l’année 2022, le nouveau taux s’applique dès le premier mois d’abonnement, au lieu de se déclencher après un an. En parallèle, il lui faut aussi tenir compte du paysage réglementaire et judiciaire des pays dans lequel elle opère.

Des enjeux financiers colossaux derrière ces plaintes

Méconnue du grand public, l’entreprise Match Group est pourtant derrière un vaste empire du « dating ». C’est elle qui contrôle les services de rencontres Tinder, Match et OKCupid, qui sont des géants dans leur domaine. Des géants dont l’accès est bien entendu payant. Or, compte tenu du succès de ces apps, Match Group ne se trouve bien sûr pas dans le seuil du million de dollars par an.

C’est pour cela que Match Group combat, avec d’autres, comme Spotify et Epic Games justement, les baisses annoncées par Google et Apple. Pour ces très grosses entreprises qui se sont coalisées, ces réductions sont des diversions destinées à décourager les petits développeurs à se plaindre de l’hégémonie des systèmes de paiement de Google et Apple.

Google comme Apple justifient l’existence de ces commissions comme un moyen de couvrir les frais de fonctionnement de leurs boutiques d’applications et d’assurer le développement d’un système de paiement sûr, efficace et homogène. Ils sont contre l’émergence d’alternatives, officiellement parce que cela va fragmenter le marché et causer des risques de sécurité.

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Les enjeux financiers sont colossaux derrière cette bataille. Fortnite, un jeu très rentable, a motivé son éditeur, Epic Games, à se lancer dans un combat dantesque contre Apple. // Source : Twitter – FortniteFr

On retrouve la même logique argumentaire avec Apple Pay sur l’iPhone. Il est vrai que la firme de Cupertino restreint l’accès à la puce NFC, ce qui empêche l’éclosion de services rivaux. Cela constitue potentiellement une pratique anticoncurrentielle — c’est le sentiment de Bruxelles, qui enquête –, mais force est de constater que l’expérience d’utilisation est plus aboutie que sur Android.

Il y a de fait des arguments contradictoires et concurrents. Il y a surtout une histoire de gros sous. Les applications dont on parle (c’est aussi le cas pour Epic Games, qui opère le jeu vidéo très rentable qu’est Fortnite) rapportent énormément d’argent et, une commission, qu’elle soit de 30 %, 15 % ou d’un autre montant représente des millions de dollars.