Dans ce numéro de la newsletter Règle 30 de Numerama, la journaliste Lucie Ronfaut s’interroge sur les accusations de censure qu’Elon Musk porte à l’égard de Twitter, alors que lui-même y est l’une des voix les plus audibles.

Cet article est extrait de notre newsletter hebdomadaire Règle30, éditée par Numerama. Il s’agit du numéro du 6 avril 2022. Pour vous y inscrire gratuitement, c’est ici.

Le vieil adage veut qu’il ne faut pas nourrir les trolls. En règle générale, je n’aime pas cette maxime, qui sert trop souvent à minimiser les affaires de harcèlement en ligne. Mais dans le cas d’Elon Musk, j’étais plutôt d’accord. Quand on est l’homme le plus riche du monde et que l’on se sert de son compte Twitter pour relayer des blagues sur le cannabis ou les dernières obsessions de l’extrême droite américaine, on mérite avant tout l’ignorance. C’était en tout cas mon avis, jusqu’au jour où Elon Musk a voulu racheter Twitter.

Si vous n’avez pas suivi ce feuilleton digne de la série Succession (ou des Simpson, à ce stade je ne sais plus trop), vous en trouverez un récapitulatif complet chez Numerama. Pour résumer l’affaire, Elon Musk, dirigeant de Tesla et de SpaceX, a déposé une offre de rachat de Twitter. Il reproche au réseau social, dont il est un fervent utilisateur, d’être géré de manière opaque, notamment concernant ses algorithmes de recommandation de contenus et sa modération, jugée trop stricte et arbitraire. Comme le souligne Le Monde, il s’agit en fait autant d’un projet économique que politique.

Pour Elon Musk, les réseaux sociaux seraient biaisés contre les conservateurs

Elon Musk fait écho à une théorie défendue depuis longtemps par la droite et l’extrême droite américaine : les grands réseaux sociaux seraient biaisés contre les internautes conservateurs, et ne garantiraient donc pas la sacro-sainte liberté d’expression en ligne. À noter que pendant ce temps, la même droite américaine réclame la censure de livres dans les bibliothèques et les écoles, sous prétexte qu’ils traitent de sujets comme l’antiracisme, les droits LGBT ou la sexualité.

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Capture d’écran d’Elon Musk dans une interview YouTube // Source : YouTube/ Marques Brownlee

Bref, toute cette saga est absurde, et pose de sérieuses questions sur la capacité des ultrariches à mettre la main sur des plateformes qui, même si elles sont des entreprises privées, restent des moyens de communication dont dépendent beaucoup de personnes dans le monde. Et même si je suis toujours heureuse que l’on débatte de modération en ligne, un sujet essentiel au bon fonctionnement du web, je me pose la question : en quoi, exactement, la liberté d’expression d’Elon Musk est-elle menacée ?

Aux États-Unis, la question est particulièrement sensible, et politique. Le premier amendement de la constitution y garantit une vision absolutiste de la liberté d’expression. Par exemple, les discours de haine ne sont pas illégaux. Cette idée a beaucoup pesé dans la manière dont ont été construites les grandes plateformes du web, d’abord conçues pour faciliter le partage de contenus en ligne, sans restriction particulière, si ce n’est de bannir la pornographie ou de lutter contre la pédopornographie (pour plus de contexte, je vous recommande de lire ce thread intéressant de Yishan Wong, ancien PDG de Reddit).

Mais les plateformes ont grossi. Elles ont vite été forcées de mettre en place des règles plus strictes que les lois américaines, et de les faire respecter tant bien que mal. Les propos racistes sont toujours protégés par la constitution, mais ne sont pas autorisés sur Twitter. Pour des raisons légales (car de nombreux pays dans le monde ont des lois plus restrictives en matière de liberté d’expression), morales, et … pratiques. Le premier intérêt d’un réseau social est qu’il soit utilisé par le plus de monde possible. Et si n’importe qui pouvait me menacer de mort sur Twitter sans que je ne puisse a minima m’en plaindre, je n’y passerais sans doute pas autant de temps.

« Le problème, ce n’est pas de dire qu’on a le droit de critiquer d’autres personnes sur les réseaux sociaux », souligne le site spécialisé Techdirt à propos du combat d’Elon Musk et de son manque manifeste de connaissance sur la réalité de la modération en ligne. « Le problème, c’est le spam, les abus, les menaces de violence, la désinformation dangereuse, et plus encore.» D’après une récente étude réalisée par l’institut IPSOS, 41% des Français et Françaises auraient déjà vécu au moins une situation de cyberviolence dans leur vie. Cette proportion augmente nettement si l’on est une personne LGBTQIA+ (85%) ou racisée (71%). Modérer le web, c’est aussi permettre à tous les internautes d’exister en ligne.

Évidemment, la violence a beau être officiellement interdite sur les réseaux sociaux, elle n’en reste pas moins un fléau. Car les grandes plateformes n’y mettent pas assez de moyens, mais aussi parce que la modération est un sujet complexe, qui demande de la nuance et (oserais-je !) un débat citoyen. À la place, nous devons écouter Elon Musk, multimilliardaire suivi par 82 millions de personnes sur Twitter, plusieurs fois impliqué directement ou indirectement dans des affaires de harcèlement en ligne, se plaindre. Mais qui l’empêche de parler ?

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La revue de presse de la semaine

OK boomers

Sur Instagram ou YouTube, les influenceurs (et surtout les influenceuses) de plus de 50 ans sont de plus en plus nombreux, pour parler de voyage, de beauté, de développement personnel, etc. Une évolution logique, mais aussi, parfois, des contenus qui viennent paradoxalement invisibiliser la vieillesse en ligne, et servir des injonctions à toujours rester jeune. C’est l’objet de cet article intéressant de Numerama, à lire par ici.

AirStalk

En fin d’année dernière, je voulais parlais des inquiétudes croissantes concernant l’utilisation des AirTags, un traqueur GPS commercialisé par Apple (par exemple pour retrouver des clés perdues), dans le cadre d’affaires de stalking et de violences conjugales. Cette enquête de Vice dévoile qu’au moins 150 plaintes liées aux AirTags ont été déposées auprès de services de police aux États-Unis ces huit derniers mois, dont cinquante par des femmes craignant d’avoir été suivies. La suite à lire (en anglais) par ici.

Out!

Grand Theft Auto V (GTA V) est un jeu vidéo mythique, mais aussi bien connu pour son sexisme et sa transphobie. L’année dernière, à l’occasion de l’arrivée imminente du célèbre titre sur les consoles de nouvelle génération, des militant·es pour les droits LGBT avaient demandé à Rockstar Games de modifier certaines séquences jugées transphobes dans le jeu, dans le contexte d’une montée des violences contre les personnes trans dans la vraie vie. Ils et elles ont visiblement été entendu·es, car les contenus en question ont disparu des rééditions de GTA V, sorties le mois dernier. C’est à lire chez Numerama.

Bonbons qui explosent

La semaine dernière, Candy Crush a fêté ses dix ans. Pour l’occasion, l’autrice Payal Dhar nous parle de son addiction au célèbre jeu mobile, et surtout la manière dont il l’a aidée à mieux gérer son anxiété sociale, et son diagnostic tardif d’autisme. Son témoignage, et celui d’autres joueurs et joueuses pour qui Candy Crush est un allié de leur santé mentale, est à lire chez Input Mag (en anglais).

Quelque chose à lire/regarder/écouter/jouer

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Si vous ne connaissez pas le travail de Lisa Hanawalt, vous avez en revanche sans doute déjà vu ses chevaux. Cette illustratrice américaine est surtout connue du grand public pour son travail sur Bojack Horseman (dont elle est responsable du design), ou plus récemment la géniale série d’animation Tuca & Bertie. Elle co-anime également Baby Geniuses, seul podcast audio capable de me faire rire aux larmes plusieurs fois par épisode.

Mais avant tout cela, Lisa Hanawalt s’est fait une réputation dans le milieu du comics américain indépendant. I Want You est un recueil de ses œuvres de jeunesse, rééditées récemment à la faveur de sa nouvelle célébrité. Si vous avez déjà vu Bojack Horseman, vous y retrouverez quelques-unes de ses obsessions graphiques, notamment les chevaux (Lisa Hanawalt est fan d’équitation dans la vraie vie). Pour le reste, I Want You est un fourre-tout de dessins tantôt dégueulasses, tantôt philosophiques, et toujours très drôles, sur le fait d’avoir vingt ans, d’être paumée dans sa vie et d’aller trop sur internet. Allez savoir pourquoi, je m’y suis fortement identifiée.

I Want You, de Lisa Hanawalt, éditions IMHO

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