Vous connaissez sans doute le service ProtonMail, même si vous ne vous en servez pas. Mais l’origine de son nom vous échappe peut-être.

C’est un service que vous connaissez au moins de réputation. Pour les autres, on peut dire que ProtonMail est comme Gmail, à ceci près que sa spécificité principale réside dans l’usage du chiffrement de bout en bout par défaut pour sécuriser l’échange de mails (notamment entre adresses ProtonMail). Pour le reste, ProtonMail est un service de messagerie tout à fait classique.

Il y a malgré tout une histoire originale à connaître, qui se reflète dans le nom du service. Si Gmail, son concurrent, a fait dans la simplicité (Gmail est la contraction de Google Mail, pour signifier qu’il s’agit du webmail de l’entreprise américaine), les personnes à l’origine de ProtonMail se sont inspirées de leur environnement immédiat pour baptiser ainsi le service.

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Le point fort de ProtonMail ? Le chiffrement de bout en bout. // Source : ProtonMail

Nous sommes alors en 2014 et le monde est encore marqué par les révélations d’Eward Snowden, faites à partir de juin 2013. L’Américain, qui était un ancien de la CIA et de la NSA, est devenu un lanceur d’alerte en transmettant de nombreux documents confidentiels à la presse. Son but : montrer la trajectoire des services secrets américains, qui se livrent à de la surveillance de masse.

Ces publications constituent un choc retentissant. De l’autre côté de l’Atlantique, l’émoi est tout aussi fort. À ce moment-là, des scientifiques qui opéraient en Suisse au sein de l’Organisation européenne pour la recherche nucléaire (CERN) se disent lors d’une discussion à la cafétéria qu’il serait judicieux de développer un outil de messagerie vraiment protecteur de la vie privée.

Ces scientifiques sont au nombre de quatre : Andy Yen, Bart Butler, Jason Stockman et Wei Sun (seuls les deux premiers apparaissent encore dans l’organigramme de la société, au poste de directeur exécutif et de directeur technique, respectivement). Et les quatre camarades se disent qu’il ne serait pas absurde d’appeler leur service avec une référence à leur lieu de travail.

Une référence à la recherche nucléaire

En effet, le CERN dispose à ce moment-là d’un accélérateur de particules, le fameux LHC — Large Hadron Collider, soit en français le Grand collisionneur de hadrons. En fonctionnement depuis 2008, à cheval sur la frontière entre la Suisse et la France, mais enfoui sous terre, l’installation a notamment fait sensation en 2012 en confirmant l’existence du fameux boson de Higgs.

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C’est dans le Grand collisionneur de hadrons du CERN que le boson de Higgs a été détecté en 2012. // Source : Maximilien Brice (CERN)

On pourrait alors se dire : pourquoi ProtonMail ne s’est-il pas appelé HadronMail, alors ? C’est le Grand collisionneur de hadrons qui a été choisi comme nom, et non le Grand collisionneur de protons. C’est vrai. Mais c’est oublier que dans la grande famille des particules, les protons sont une catégorie des hadrons, exactement comme les neutrons.

Cette explication a été confirmée en 2017 lors d’une discussion entre le site Your Story et les fondateurs de ProtonMail : « L’idée de ProtonMail est née à la cafétéria du CERN. Nous étions tous des scientifiques travaillant sur le Grand collisionneur de hadrons, le plus grand collisionneur de protons au monde. C’est l’origine du nom ProtonMail. »