Ils sont quasiment indissociables du web aujourd'hui et existent dans chaque navigateur. Ils ont des usages légitimes et plus polémiques. Les cookies sont partout. Mais savez-vous d'où vient ce nom ?

Selon que vous parliez cuisine ou informatique, le mot « cookie » ne revêt absolument pas la même signification. Dans le premier cas, il s’agit d’un biscuit sec contenant des pépites de chocolat. Son nom vient d’ailleurs du néerlandais « koekje », qui se traduit par « biscuit ». Dans le second, cela fait référence aux fichiers qui sont stockés dans l’ordinateur par le navigateur web, comme Chrome, Firefox ou Edge.

Leur fonction n’est bien sûr pas la même. L’un sert à assouvir sa gourmandise, tandis que l’autre, qu’on appelle aussi témoin de connexion, revêt diverses fonctions. Il y a des cookies techniques dont les sites ont besoin dans le cadre d’un suivi d’audience ou de personnalisation. Ils peuvent aussi reconnaître un internaute quand il revient, de façon à lui éviter d’avoir à se reconnecter via le navigateur.

Il existe aussi des cookies publicitaires, qui servent à délivrer de la publicité ciblée — cet usage fait qu’ils sont décrits comme des traceurs. Cela fait davantage polémique, d’ailleurs — à l’image des récents cookies walls que l’on commence à voir fleurir sur le net. Sauf pour ceux qui sont indispensables au fonctionnement d’un site, les cookies doivent recevoir le consentement des internautes pour être utilisés.

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Accepter les cookies ? Tout dépend lesquels ! // Source : Yann Cœuru

La suite va vous étonner

Ces prolégomènes établis, venons-en à l’origine des cookies, que l’on nomme aussi parfois cookies HTTP, car ils sont intimement liés au web. En effet, le web repose sur le protocole de communication HTTP — Hypertext Transfer Protocol — qui permet a un navigateur de passer d’une page à l’autre, grâce aux hyperliens, qui lient les fichiers, les documents et les pages entre eux, à travers un système d’adresses.

Peut-être avez-vous lu ici et là que le choix de ce nom serait une manière de symboliser le pistage par les miettes du biscuit qu’on laisse derrière soi en le mangeant — ce qui n’est pas sans rappeler les contes du Petit Poucet ou de Hansel et Gretel. Ici aussi, on y sème des cailloux ou des objets derrière soi. L’analogie, bien que très appropriée pour saisir ce dont on parle, serait en fait une pure coïncidence.

En fait, comme le raconte un vieil article du New York Times, qui date du 4 septembre 2001 et intitulé La mémoire du Web a coûté la vie privée de ses utilisateurs, le nom des cookies vient des « magic cookies ». Le journal explique que lorsque les machines se transmettaient des bouts de code à des fins d’identification, les programmeurs d’alors surnommaient les données échangées des « cookies magiques ».

Et ces « cookies magiques » n’ont cette fois rien à voir avec des contes féériques. Ce serait une référence au LSD. C’est une hypothèse crédible : dans l’ouvrage Aux sources de l’utopie numérique — de la contre-culture à la cyber-culture, Stewart Brand, un homme d’influence, Fred Turner relève, explique Xavier de La Porte, l’influence de cette drogue sur l’histoire intellectuelle des nouvelles technologies.

Dans sa chronique en 2012 sur France Culture, il écrit : « On y comprend tout : comment l’informatique passe des militaires aux hippies, le rôle du LSD et des communautés, la place de la cybernétique et des analyses de McLuhan, le glissement vers l’entreprenariat et la nouvelle économie, Turner explique tout cela avec force détails, l’incarnant dans des trajectoires individuelles et des expériences collectives. »

Et de toute évidence, cette influence du LSD n’a pas tout à fait disparu.

Cette hypothèse du LSD se retrouve dans un billet sur Medium écrit par un informaticien et le site Waste of Server. Il s’agirait plus précisément d’une référence LSD issue elle-même d’une vieille bande dessinée de Dan O’neill des années 70 qui était populaire à San Francisco. La BD en question, Odd Bodkins, a été publiée entre 1964 et 1970 dans le San Francisco Chronicle.

Un extrait d’une BD de Dan O’neill, où il est question du pays merveilleux des cookies magique. // Source : Dan O’neill

D’autres hypothèses ont aussi été avancées, mais elles apparaissent moins solides que le récit plus haut — qui, bien qu’il tient la corde, reste incertain. Certains ont suggéré que ce serait une référence aux biscuits chinois (fortune cookies) en anglais, d’autres à une marionnette appelée Macaron le glouton (Cookie Monster), ou encore à un bocal à cookies que l’on remplirait et dans lequel on se servirait.

On sait qui a eu l’idée du nom de cookie

Toujours est-il que le choix d’utiliser le nom de cookies pour les cookies HTTP est à mettre au crédit d’un informaticien américain, Lou Montulli.

Alors que ce nom servait déjà dans la programmation, il a décidé de le reprendre pour les communications électroniques. Nous sommes alors en 1994, Lou Montulli a 24 ans et est employé chez Netscape Communications, qui a conçu le premier navigateur grand public, très populaire dans les années 90. « Je suis en grande partie responsable de plusieurs innovations sur le web, notamment les cookies », écrit-il sur son site.

Cela est confirmé sur le site du CERN. « Lou est surtout connu comme le créateur des cookies, mais il est aussi à l’origine de plusieurs technologies et normes fondamentales du web ». Parmi ses autres faits d’armes figurent l’élément de texte clignotant « Blink », la prise en charge images animées (GIF) dans le navigateur, la liaison sécurisée avec chiffrement SSL (HTTPS). Le détail se trouve sur son site.

Maintenant, la prochaine fois que vous mordrez à pleines dents dans un cookie, vous aurez une sacrée histoire en tête — et à raconter.

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