Depuis quelques années la tech tente de renouveler les arts du cirque et avec eux, les spectacles d’animaux de plus en plus controversés. Aperçu de ce à quoi pourrait ressembler le cirque de demain, loin des cages et des barrières.

Lorsqu’ils ouvrent la gueule, c’est dans des hauts parleurs que leur barrissement survient. Ils brillent d’une étrange couleur argentée et semblent s’envoler aussi légers que des plumes. Peu commun pour des éléphants. C’est peut-être pourtant là un aperçu du cirque du futur.

Dans une vidéo promotionnelle visible sur internet depuis quelques mois, le cirque allemand Roncalli, dévoile son idée d’un cirque sans animaux. Enfin, presque. Depuis juin 2018 les spectateurs du cirque peuvent contempler sur scène chevaux, éléphant et moins commun, poisson rouge, à la différence près qu’ils ne sont pas vivants. Ce sont des hologrammes.

L’opinion publique est pour l’interdiction des animaux sauvages dans les cirques

Le cirque allemand tente à sa manière de contourner la législation dans leur pays qui interdit dans certaines villes la présence d’animaux sauvages dans ses cirques depuis 2004. Une idée qui pourrait faire son chemin tant l’opinion publique est de plus en plus unanime sur la question. En février 2018, un sondage IFOP réalisé pour la fondation 30 millions d’amis démontre que 67 % des personnes interrogées sont favorables à l’interdiction des animaux sauvages dans les cirques français. Lorsque l’institut interroge les moins de 35 ans, ce chiffre augmente pour atteindre les 80 %.

De leur côté, les villes françaises se mobilisent aussi de plus en plus, en vue de cette interdiction. En avril 2019, l’association Code Animal, fortement investie dans cette lutte, affirme que 353 communes, dont Paris, ont pris position pour des cirques sans animaux. Seulement voilà, il s’agit uniquement de vœux symboliques, parce que les villes n’ont pas de droit juridictionnel à ce sujet. Concrètement si une ville intervenait pour empêcher un cirque avec une ménagerie de s’installer sur un de ses terrains, le cirque ou un syndicat le représentant peut tout à fait attaquer cette décision en justice. Ce dont le syndicat national des arts du cirque ne se prive pas. Il suffit d’aller sur leur page Facebook pour le constater, où les annonces de ce genre fluctuent.

Cette contre-attaque est justifiée par une législation française que les professionnels du cirque décrivent parmi les plus restrictives d’Europe. S’il est vrai que depuis 2011, la France réclame un certificat de capacité à tout circassien concernant ses capacités à prendre soin d’espèce animale non domestique, il n’en est pas moins exact que la France figure parmi les dernière de l’Europe à autoriser ce genre de pratique. Dans l’Europe des 28, pas moins de 18 pays interdisent totalement la présence d’animaux dans les cirques, dont l’Italie, la Roumanie et la Belgique.

« Les enfants viennent toucher les animaux »

En Allemagne c’est parce que cette interdiction est de mise dans de nombreuses grandes villes que le cirque Roncalli tente de se renouveler grâce aux nouvelles technologies. Chose qui semble impensable pour le cirque français Landri. Contactée par Numérama, Patricia Landri, affirme qu’il est impensable de voir les hologrammes un jour remplacer les vrais animaux en France. «  Lorsqu’ils viennent nous voir, les enfants touchent les animaux. Ils caressent les petits chevaux et les lamas. C’est ce qui leur donne envie de venir, je ne pense pas que les hologrammes procureront le même effet. C’est moderne, bien sûr, mais est-ce que ça remplacera les animaux ? Je ne pense pas. »

Un éléphant hologramme // Source : YouTube/Monde Animal

Le cirque est en évolution permanente

Pourtant, le cirque a toujours fait parti des premiers pionniers en matière de technologie, comme nous le rappelle Pascal Jacob, historien du Cirque et directeur artistique du festival du Cirque de Demain : « Beaucoup d’innovations ont été récupérées par le cirque pour améliorer les conditions du spectacle. Lorsque le vélo a commencé à se développer, il est très rapidement devenu un accessoire de jonglage. Ou même la lumière électrique, qui s’est mise très rapidement à fleurir dans les chapiteaux. D’une manière générale, le cirque a toujours été à l’affût de ce qui se fait dans le monde pour l’intégrer et en faire un élément de langage. A condition d’avoir les moyens de le faire biensûr. Combien de compagnie ont les moyens d’investir dans quelque chose qu’ils ne maîtrisent pas et qui leur est autant étranger ? » s’interroge Pascal Jacob à propos des hologrammes.

Quasiment un an après le lancement de ce nouveau spectacle, le spécialiste ne pense pas que ce tour a eu un élan particulier, ni un écho notable en France où la législation permet encore pour le moment la présence d’animaux. Pour Pascal Jacob, le cirque vit un tournant aujourd’hui, même si c’est un tournant contraint. « Peut-être que c’est un mal pour un bien, que cela va pousser les circassiens à se renouveler et se réinventer, comme essaye de le faire le Cirque Roncalli. »

Car si la France n’est pas dotée d’animaux en hologrammes, son cirque tente lui aussi d’évoluer. Ainsi le cirque Arlette Grüss a son numéro de drone et la Compagnie 111 un énorme robot industriel pour un spectacle que le directeur artistique Pascal Jacob décrit comme « époustouflant ». Un numéro sans éléphant, ni girafe, ni clowns, ou trapéziste, où l’Aurélien Bory a pour partenaire cette énorme machine. «  Pourtant on rit, on sourit, on est émus, on est touchés, parfois angoissés, la technologie est ici au service d’un propos et d’un sens et elle renoue les fils de la mémoire. C’est formidable et peut-être cela l’avenir du cirque », propose Pascal Jacob.

Là où de très nombreux circassiens du cirque dit traditionnel, comme Patricia Landri, craignent une déconnexion avec leur public sans leurs animaux, il faut peut-être davantage s’interroger sur les réelles motivations de son public. « Qu’est ce qui fait que le public est touché ?, s’interroge l’historien du Cirque, Est-ce que c’est par la présence des animaux ou parce qu’on l’a amené ailleurs que dans son quotidien, le temps d’un spectacle ? »

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