L'Unicef France fait appel aux propriétaires de cartes graphiques, afin qu'ils « minent et génèrent de l'Ethereum », qui sera utilisé pour financer les aides humanitaires en Syrie.

Miner de l’Ether pour apporter de l’aide humanitaire aux enfants syriens ? C’est désormais possible, et proposé par l’Unicef, l’agence des Nations unies consacrée à la protection des enfants. La branche française de l’organisation a lancé, le 2 février 2018, en partenariat avec l’agence de publicité BETC, l’opération « Game Chaingers », une levée de fonds humanitaire utilisant des cryptomonnaies.

Cette levée de fonds, qui dure jusqu’au 31 mars, « part d’un constat », explique l’Unicef France dans un communiqué : « La guerre en Syrie est la crise humanitaire la plus effroyable de ces vingt dernières années. Depuis 7 ans, les enfants syriens sont plongés au cœur d’un conflit qui dépasse les frontières de leur pays. Cette crise représente la plus grande urgence humanitaire contemporaine, mais aussi paradoxalement l’une de celles qui reçoit le moins de soutien ».

Changer le mode de don

Par ailleurs, l’Unicef remarque aussi que « les mêmes personnes [sont] toujours sollicitées », et surtout que la population de donateurs vieillit. L’organisation de protection de l’enfance entend donc solliciter une nouvelle cible de donateurs, et s’appuyer sur les nouvelles technologies pour faire changer le mode de don. « C’est une autre façon de donner, sans avoir à sortir son portefeuille », explique Hubert Chaminade, responsable de la collecte en ligne chez Unicef France.

Le principe est simple : l’Unicef France propose à toute personne disposant d’une carte graphique puissante — comme les gros joueurs — d’installer Claymore, un logiciel pour miner sur la blockchain de l’Ethereum. « Vous pourrez ensuite lancer ou arrêter le « minage » quand vous le souhaitez, et générer de l’Ethereum directement sur le portefeuille électronique d’UNICEF », explique-t-on sur le site dédié chaingers.io.

Pourquoi l’Ethereum ? « Contrairement au Bitcoin, qui nécessite des machines bien plus conséquentes pour le minage, on peut miner de l’Ethereum avec une carte graphique assez puissante », explique Hubert Chaminade. Pour cette raison, l’Unicef France vise avant tout «  la communauté des gamers » avec sa campagne ; un certain nombre de joueurs professionnels sont d’ailleurs «  ambassadeurs » de Game Chaingers.

Expérimentation

Le site indique en temps réel la somme récoltée et le nombre de contributeurs. Le responsable des collectes explique que l’Unicef n’a « pas vraiment d’objectif précis, comme c’est la première fois que nous réalisons une opération de ce type. Nous avons des objectifs « imaginaires » à atteindre au fur et à mesure », à la manière des « paliers » dans les financements participatifs.

Ainsi, le 9 février, vers 17 heures, à 50 jours de la fin de la campagne, le compteur affichait 2 133 euros, et 666 contributeurs, dont 49 actifs. L’objectif n°5, atteindre 800 contributeurs, était en cours.

Unicef/ Game Chaingers

Le projet Game Chaingers, qui a été proposé à l’Unicef par BETC, est en grande partie une expérimentation pour l’Unicef. « Nous ne savons pas encore vers quoi cela va nous mener, surtout qu’il y a l’inconvénient de la grande volatilité des crypto monnaies, concède Hubert Chaminade, mais il est certain que ce mode de don va prendre de l’ampleur. Nous allons essayer d’utiliser cette campagne pour répondre aux questions que nous rencontrons, mais le secteur évolue très vite. »

Parmi ces questions, celle de la récupération des dons. Ils sont versés en temps réels sur le portefeuille électronique de l’Unicef, qui ne les a pas encore récupérés. « Notre politique habituelle, c’est de récupérer le don directement : il est donné à un moment T, et nous ne voulons pas perdre ou faire des bénéfices sur un don, précise Hubert Chaminade. Ici, c’est différent, nous ne savons pas encore comment nous allons faire. Mais ce qui est certain, c’est que tout cet argent collecté est pour un fonds dédié à la crise syrienne. »

L’Unicef n’est pas la seule organisation sociale ou humanitaire à s’intéresser aux crypto-monnaies. Ainsi, le 15 janvier, le Samu social de Paris lançait une collecte de dons en Bitcoin et en Ethereum. Celle-ci ne se terminant que le 15 février, on n’en connaît pas encore le résultat.

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