En à peine quelques minutes, un individu a décidé de sacrifier 107 bitcoins qu’il conservait précieusement depuis 2014. Un geste visiblement délibéré qui plonge la sphère crypto dans une incompréhension totale.

Le 26 mai dernier, l’utilisateur SaniExp a publié sur X une trouvaille pour le moins déconcertante repérée sur la blockchain Bitcoin. Il a mis en lumière 5 transactions successives réalisées par un investisseur anonyme le 25 mai.

Ce dernier a littéralement envoyé l’intégralité de ses 107 bitcoins vers une adresse de « brûlage » (burn wallet) où personne ne pourra jamais les récupérer. En somme : l’équivalent de 6,9 millions d’euros a été jeté à la poubelle.

107 bitcoins brûlés plus tard

La blockchain fonctionnant comme un registre totalement transparent mais anonyme, la nouvelle n’a pas tardé à se répandre. Sur celle-ci, de nombreux passionnés passent leur temps à scruter les moindres mouvements de fonds — et notamment les mouvements quelque peu suspects.

Bien que fastidieuses ces analyses permettent parfois de repérer des « baleines » déplaçant des milliers de Bitcoins, un mouvement généralement perçu comme un signal d’achat ou de vente selon la destination des fonds. Mais le 26 mai dernier, ce n’est pas du tout ce que l’utilisateur SaniExp a découvert.

À la place, l’analyste est tombé sur une étonnante transaction qui relève, à première vue, de la pure folie : l’envoi de 107 bitcoins vers une adresse définie par la communauté comme « morte » : 1111111111111111111114oLvT2.

Pour comprendre l’aspect irrationnel de cette transaction, il faut d’abord assimiler le concept d’adresse de « burn » (ou brûlage, en français). Concrètement, pour utiliser des crypto-monnaies, le réseau repose sur un système de double clé : une adresse publique (l’équivalent de votre RIB) pour recevoir l’argent, et une clé privée (votre mot de passe secret) pour pouvoir le dépenser.

Une adresse de brûlage est un portefeuille numérique qui a été généré volontairement sans aucune clé privée associée. En d’autres termes, c’est un coffre-fort blindé doté d’une fente pour y glisser des billets, mais dont la clé d’ouverture n’aurait tout simplement jamais été fabriquée. Ces adresses sont généralement utilisées par les professionnels du secteur (des créateurs de projets crypto, des plateformes ou les protocoles décentralisés).

En détruisant volontairement une partie des jetons en circulation (ce qu’on appelle la tokenomics), ces derniers réduisent l’offre globale. Mécaniquement, si la demande reste la même, l’offre diminue et la rareté augmente (et potentiellement la valeur des jetons).

Qui est derrière cette étrange transaction ?

C’est la question que tout le monde se pose en ce moment, et dont personne n’a véritablement la réponse. Généralement, lorsqu’un mouvement d’une telle ampleur est réalisé, les équipes derrière le projet se manifestent immédiatement pour s’en féliciter et faire grimper le cours.

Or ici, personne ne s’est vanté d’avoir détruit 6,9 millions d’euros, ce qui interroge inévitablement tout l’écosystème — qui profite désormais d’un supply bitcoin (quantité de jetons) réduit de 107 unités.

Ces transactions semblent tout droit provenir du portefeuille d’un investisseur « particulier » (au sens propre comme au figuré), et sa démarche n’a strictement aucun sens à première vue. En brûlant sa propre fortune, cet anonyme s’est appauvri de 6,9 millions d’euros sans aucune contrepartie, offrant simplement un infime cadeau de rareté à tous les autres détenteurs de bitcoin de la planète. C’est d’autant plus étonnant que notre protagoniste disposait de ces bitcoins depuis 2014 — un détenteur de longue date, donc qui a vu ces derniers passer de 500 dollars à 125 000 dollars l’unité.

Bitcoin. // Source : Canva
Bitcoin. // Source : Canva

Face à une telle incompréhension, la première réaction de la communauté a été de penser à une tragique erreur de manipulation — un simple copier-coller qui s’est mal passé en somme.

Sauf que les données analysées par l’observateur on-chain SaniExp racontent une tout autre histoire. L’investisseur n’a pas tout envoyé d’un coup. Il a orchestré cinq transactions successives, toutes validées dans le même bloc (le bloc 950 962), le 25 mai 2026 à 13h59. Les montants envoyés parlent d’eux-mêmes :

  • 20 BTC,
  • 1,4 BTC,
  • 36,7 BTC,
  • 28,9 BTC,
  • et enfin 20 BTC.

Une transaction qui cache un message au détenteur de bitcoin ?

Ce découpage répété cinq fois de suite exclut définitivement la thèse de l’accident. La personne savait exactement ce qu’elle faisait. Elle a pris le temps de valider chaque ordre. Pour une partie de la communauté, ce geste n’est donc pas une crise de folie, mais un message envoyé à l’écosystème.

Certains y voient un scénario bien plus sombre, à l’image de la théorie quantique avancée par Adam Back. Le PDG de Blockstream, récemment désigné par une enquête du New York Times comme étant le véritable Satoshi Nakamoto (le créateur anonyme du Bitcoin), a jeté un pavé dans la mare sur X en qualifiant ce burn de « prime quantique accidentelle ».

Derrière ce message se cache la volonté d’alerter la communauté sur la menace quantique pour les cryptos, en sous-entendant que ces 107 bitcoins ne seraient pas vraiment perdus et que ce butin pourrait finalement être récupéré à l’ère quantique. Ces 107 bitcoins attendraient sagement le premier ordinateur capable de les récupérer.

Cette menace n’a rien de la science-fiction pour Adam Back, qui a passé l’année 2026 en première ligne sur ce sujet. Fortement investi dans la préparation du réseau face à cette menace, il milite activement pour des mises à niveau urgentes de la blockchain.

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