Alors que les investisseurs s’arrachaient à prix d’or les parts d’Anthropic en attendant son entrée en bourse, le créateur de l’IA Claude a pris une décision radicale : déclarer nulles et non avenues des milliards de dollars de transactions sur le marché secondaire avant son entrée en bourse.

Dans la frénésie actuelle autour de l’intelligence artificielle, la promesse de dénicher la « prochaine pépite » pousse les investisseurs à prendre tous les risques.

Pour beaucoup, Anthropic, considéré comme le principal rival d’OpenAI, représente la poule aux œufs d’or absolue. Portée par la peur de rater l’opportunité du siècle, cette spéculation a fait exploser la valorisation officieuse de la startup. Mais voilà, la fête vient d’être gâchée par l’entreprise elle-même. En une simple mise à jour de sa politique sur la page support de son site, l’entreprise vient d’invalider des centaines de milliards de dollars de transactions parallèles, alors que la valorisation implicite sur le marché secondaire avait dépassé les 1 000 milliards de dollars contre 380 milliards lors de la dernière levée officielle de février 2026.

Avant Wall Street, le Far West

Pour bien comprendre la bombe qu’Anthropic vient de lâcher, il faut d’abord comprendre comment s’achètent et se vendent les parts d’une entreprise.

Derrière la course à l’IA la plus performante se cache une autre course : celle de la valorisation boursière. Et bien qu’Anthropic (l’entreprise derrière le LLM Claude) ne soit pas encore cotée en bourse aujourd’hui, tout porte à croire qu’elle porte en elle les ambitions de venir concurrencer Google (qui est aussi investisseur dans Anthropic) ou son rival de toujours OpenAI dans les salles de marchés.

Sauf qu’on ne débarque pas à Wall Street sur un simple coup de tête. Le passage obligé, c’est l’IPO (Initial Public Offering). C’est le grand baptême financier où une entreprise, jusqu’ici fermée et privée, ouvre officiellement son capital.

Elle se plie aux exigences réglementaires, dépose ses valises sur une véritable place boursière (comme le Nasdaq à New York) et change de dimension. C’est seulement à partir de cet instant précis que le marché devient accessible à tous : de votre banquier à votre boulanger, n’importe qui peut s’offrir un morceau de l’entreprise en quelques clics.

La Bourse néozélandais est interrompue par des cyberattaques. // Source : Le Loup de Wall Street / YouTube
Jordan Belfort // Source : Le Loup de Wall Street / YouTube

L’IPO d’Anthropic est bien dans les tuyaux : la perspective d’une entrée en bourse d’ici fin 2026 prend de l’épaisseur, comme le relaie La Tribune, et c’est précisément ce qui fait miroiter des gains astronomiques. En bourse, où la loi du premier arrivé, premier servi fait loi, c’est évidemment une énorme source de FOMO (la peur de rater une opportunité alléchante).

Avant cette fameuse entrée en bourse, l’entreprise est « privée ». Ses actions sont jalousement gardées par un petit cercle : les fondateurs, les employés (souvent payés en partie en actions) et les gros fonds d’investissement de la première heure.

Le commun des mortels n’y a tout simplement pas accès, à moins que…

Un marché parallèle bien rodé

Face à cette demande frénétique, certains détenteurs de la première heure (comme des employés ou des investisseurs qui étaient là au début) ont vu l’occasion de toucher le pactole avant l’IPO. Pour liquider leurs parts à prix d’or, beaucoup sont passés par les chemins de traverse du marché secondaire et notamment des actions tokenisées.

La promesse de l’IA liée à la décentralisation des cryptomonnaies, le cocktail ne pouvait qu’être explosif. Des plateformes non officielles ont commencé à créer des jetons numériques (des tokens sur la blockchain) censés représenter fidèlement le prix d’une action Anthropic. C’est le cas du fameux jeton sobrement baptisé « Anthropic PreStocks » sur l’application Jupiter de Solana — aujourd’hui le plus valorisé dans l’écosystème crypto.

Lancé sur la blockchain Solana en août 2025, le projet se vendait avec une promesse d’offrir une « exposition économique de 1:1 aux actions Anthropic pré-IPO via des participations dans un SPV ». Concrètement la manœuvre est la suivante : des intermédiaires créent un pot commun (le SPV) pour acheter des actions Anthropic en gros sur le marché gris. Pour rentabiliser l’opération, ils divisent ces actions en milliers de jetons virtuels sur la blockchain et les revendent à l’unité au grand public. Le discours de vente repose sur une équation simple : un token acheté = une action détenue indirectement via la structure.

Claude Code gratuit ? // Source : Montage Numerama
Claude Code gratuit ? // Source : Montage Numerama

Le principe vendu aux investisseurs ? Rendre l’achat accessible à n’importe qui, n’importe quand, en un clic et sans paperasse juridique lourde, comme on achèterait du Bitcoin.

Sur ce marché parallèle, la capitalisation implicite de l’entreprise a atteint des sommets vertigineux, dépassant le millier de milliards de dollars, avec des actions s’échangeant parfois à plus de 1 400 dollars l’unité ! Seulement voilà, l’entreprise vient de clarifier un point essentiel et brutal, alors même qu’elle accumulait déjà des centaines de milliards de dollars en valorisation sur le marché secondaire avant même son introduction en bourse.

Le coup de massue d’Anthropic après des milliards passés sous le manteau

La folie de ce marché secondaire portée, entre autres, par les annonces autour de Claude s’est enrayée par le biais d’une simple mise à jour sur la page de support légal d’Anthropic. L’entreprise a mis à jour, le 11 mai, une page d’avertissement déjà en ligne depuis février 2026 sur les « ventes d’actions non autorisées et les escroqueries à l’investissement », en y ajoutant la mention explicite des SPV et des « titres tokenisés ».

Le créateur de l’IA Claude stipule que ses statuts interdisent la revente d’actions sans l’accord direct de son conseil d’administration. Le verdict pour ceux qui ont ignoré cette règle :

« Toute vente ou transfert d’actions Anthropic […] qui n’a pas été approuvé par notre conseil d’administration est nul et ne sera pas reconnu dans nos livres et registres. » peut-on lire sur la page support de l’entreprise.

Pour être tout à fait explicite, l’entreprise ne laisse aucune place à l’interprétation et l’écrit noir sur blanc :

« Nous n’autorisons pas les sociétés à vocation spécifique (SPV) à acquérir des actions Anthropic et tout transfert d’actions à une SPV est nul en vertu de nos restrictions de transfert. Les offres d’investissement dans les levées de fonds passées ou futures d’Anthropic par le biais d’une SPV sont interdites. »

Le communiqué mis à jour le 11 mai sur le support du site
Le communiqué mis à jour le 11 mai sur le support du site // Source : Claude

La boucle est bouclée : puisque le fameux jeton « PreStocks » (et bien d’autres) reposait précisément sur l’accumulation d’actions via une SPV, sa seule valeur sous-jacente s’effondre. Dans la foulée, l’entreprise précise que les offres d’exposition indirecte via d’autres « titres tokenisés » ou « contrats à terme » n’ont potentiellement aucune valeur.

L’avocat crypto Gabriel Shapiro, fondateur du cabinet MetaLeX, souligne sur X qu’Anthropic a choisi le terme void (« nul ») plutôt que voidable (« annulable »). En droit du Delaware, où Anthropic est incorporée, cette distinction n’a rien d’académique : une transaction voidable peut être ratifiée a posteriori ou défendue par l’acheteur de bonne foi, tandis qu’une transaction void est censée n’avoir jamais existé. Concrètement, les vendeurs initiaux pourraient conserver à la fois l’argent et les actions, et des chaînes entières de reventes secondaires pourraient être effacées d’un coup du registre d’actionnaires.

Les conséquences sur les graphiques ne se sont pas fait attendre. Avant cette annonce, la spéculation tournait à plein régime. La capitalisation implicite d’Anthropic sur ces marchés dérégulés avait bondi de 40 % en seulement 24 jours pour atteindre la barre délirante des 1 400 milliards de dollars (1,4 trillion), propulsant le prix du jeton PreStocks à un record historique de 1 408 $.

Dès la diffusion de la mise à jour légale, la panique s’est emparée des acheteurs. Le graphique du jeton « Anthropic tokenized stock » (ANTHROPIC-USD) a immédiatement décroché. En l’espace de quelques heures, à l’ouverture de la semaine du 11 mai 2026, le cours a dévissé de plus de 23 %, effaçant près de 320 $ de valeur par jeton. Le prix a plongé vers les 1 066 $, avec des creux marqués sous la barre des 880 $ lors du pic de vente massif.

Le token « Anthropic tokenized stock » sur jupiter
Le token « Anthropic tokenized stock » sur jupiter // Source : Capture

En déclarant ces parts illégitimes, Anthropic vient de vider ces actifs de leur substance et baisser sa valorisation pre-IPO. La raison derrière ce nettoyage : Anthropic doit garder le contrôle absolu de son actionnariat avant le jour J — tolérer la prolifération de ces SPV et de ces jetons cryptos c’est s’exposer à un périple réglementaire garanti face à la SEC (le gendarme boursier américain). Avec des milliers d’investisseurs non identifiés et non accrédités détenant indirectement des parts, l’entreprise risquait tout simplement de voir son introduction officielle à Wall Street bloquée ou retardée par d’interminables enquêtes juridiques.

Reste à voir si cette purge brutale suffira à calmer la fièvre spéculative avant la véritable introduction en bourse, dont les rumeurs annoncent toujours la tenue d’ici à la fin de l’année 2026.

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