Les Google Glass sont de retour… mais pourraient cette fois-ci réussir à s’imposer dans nos vies.
Après avoir passé des années à nous parler du potentiel de la réalité augmentée, les constructeurs commencent sérieusement à s’activer depuis le début des années 2020. Les casques Meta Quest ont introduit la réalité mixte dans le monde de la VR grâce à des caméras, l’Apple Vision Pro a conceptualisé l’idée d’un « ordinateur spatial » que l’on porte sur la tête, Google a créé le système d’exploitation Android XR, d’abord disponible sur le casque Samsung Galaxy XR, pour offrir une plateforme aux développeurs et Meta, avec ses lunettes Meta Ray-Ban Display, prépare déjà l’après avec un form-factor moins intrusif et conçu pour un usage quotidien.
À quoi ressemblera l’avenir de cette catégorie, qui peine pour l’instant à décoller ? Google, avec son projet Aura conçu en partenariat avec Xreal, a peut-être la réponse. Numerama a eu l’opportunité d’essayer ce prototype très ambitieux qui, si tout va bien, devrait devenir un produit grand public dès la fin de l’année 2026.
Une expérience complète de réalité augmentée et virtuelle avec des lunettes transparentes
Les constructeurs qui misent sur la réalité augmentée ont tous le même problème : projeter une image sur du verre est complexe. La luminosité est faible, la lisibilité peut être catastrophique et créer des dispositifs minimalistes coûte cher. C’est pour cette raison que l’industrie mise pour l’instant plutôt sur la réalité mixte en passthrough : des caméras filment le monde et le répliquent sur des écrans. Quand on porte un casque comme le Vision Pro ou le Galaxy XR, on voit le monde reproduit en temps réel, mais pas le vrai monde. C’est suffisant pour tromper le cerveau, mais le compromis est de porter un gros casque sur la tête avec des écrans à deux centimètres des yeux.
Avec le « project Aura », Google tente de répliquer l’expérience des gros casques de réalité mixte dans des lunettes. Les écrans ne sont pas directement intégrés au verre : deux minuscules dalles Micro-OLED ultra-lumineuses projettent l’image vers le bas, à l’intérieur même de la lentille. Grâce à une technologie de guide d’onde optique, la lumière virtuelle voyage de manière invisible dans l’épaisseur du verre avant d’être déviée à 90 degrés, directement vers la pupille de l’utilisateur. Ce système permet de superposer des éléments graphiques opaques et transparents au milieu de la vision humaine… à condition d’accepter un design légèrement disgracieux.

Le résultat est que l’on voit normalement quand les lunettes sont éteintes, comme avec des vraies lunettes (les corrections sont possibles). Mais quand on allume les lunettes, des icônes apparaissent au milieu de la vision. Le champ de vision de 70 degrés est excellent : on est très loin d’autres prototypes qui se contentent d’un minuscule affichage au centre de la vision. On peut même projeter plusieurs fenêtres simultanément, qui ne sont pas totalement opaques mais légèrement transparentes pour permettre de voir au travers des applications. Un des gros avantages par rapport à la réalité mixte dans un casque est que l’on voit parfaitement les côtés : le champ de vision de l’affichage virtuel n’a aucun impact sur le reste de la vue.
Mais ce n’est pas tout : le verre utilisé par Xreal et Google est électrochrome. Autrement dit : l’électricité permet de le teinter. Un bouton permet de passer d’un verre transparent à un verre moyennement teinté, voire à un verre totalement noir. On peut donc simuler une forme de réalité virtuelle dans une paire de lunettes en réduisant la transparence des lunettes : on voit à peine à travers. L’intérêt est de pouvoir passer d’un environnement où l’on veut voir le monde presque normalement (la transparence n’est jamais aussi bonne que sans lunettes) à un cinéma virtuel dans le noir total (même si, évidemment, il ne s’agit pas d’une expérience digne de la VR, les côtés restent ouverts et la lumière entre donc dans la vision). On peut d’ailleurs se demander si l’expérience aurait été aussi bonne en extérieur : le projet Aura est-il seulement conçu pour l’intérieur ?

La qualité d’affichage est aussi étrangement bonne. Les pixels sont plus visibles que sur un Vision Pro, mais moins que sur de nombreux casques VR. Nous avons pendant notre test lancé des vidéos sur YouTube, essayé des expériences de réalité augmentée, navigué sur le web et joué avec l’interface : l’expérience était parfaite. Android XR supporte toutes les applications Android, ce qui lui donne un vrai avantage. Notons aussi qu’il est possible de connecter n’importe quel appareil en HDMI aux lunettes pour brancher son ordinateur ou sa console de jeu. La cible de Xreal est autant le travailleur en quête de confidentialité que le voyageur qui veut jouer à la Switch sur grand écran.
À noter qu’à l’image de l’Apple Vision Pro ou du Samsung Galaxy XR, la batterie est externe. Xreal va même plus loin : tout l’ordinateur est dans la batterie, il n’y a rien dans les lunettes. Le but est de diminuer la chauffe et le poids des lunettes. Ce n’est pas vraiment embêtant pour une V1, mais c’est important à souligner. À noter que cette batterie est tactile : on peut l’utiliser pour naviguer dans les applications. Original !

Pas de suivi du regard et un design encore indiscret : il y a encore du chemin
Justement, parlons des manières d’interagir avec l’interface. Si les lunettes supportent le suivi des mains grâce à plusieurs caméras embarquées (qui servent aussi à filmer le monde pour la réalité augmentée, à photographier en général ou à utiliser Gemini Live), il s’agit aujourd’hui d’un suivi des mains basique avec un pointeur en forme de ligne. On doit montrer un bouton avec sa main pour le sélectionner, puis pincer avec le pouce et l’index. Le suivi du regard, la vraie prouesse de l’Apple Vision Pro (que Samsung a moyennement réussi à copier), n’est pas de la partie. Il faut dire que la technologie coûte une fortune et aurait considérablement complexifié la fabrication des lunettes. Son absence constitue néanmoins un point faible notable : il n’est pas toujours naturel de pointer sa main dans le vide.
Autre défaut déjà évoqué : le design actuel implique d’avoir un dispositif entre les yeux et le verre. La conséquence est un design moins naturel qu’avec des lunettes classiques, on ne peut pas encore porter des lunettes XR incognito.

En comparaison avec les Meta Orion, le prototype de Meta à 4 000 ou 5 000 dollars qui utilise des lentilles proches du diamant, dispose du suivi du regard et d’un ordinateur sans-fil, le project Aura a tout d’une version low-cost des lunettes du futur. Mais la différence est que Google et Xreal pourraient le commercialiser à un tarif raisonnable, sous les 1 000 dollars, dès la fin de l’année 2026 (on parle plutôt de 2030 pour Orion). Une V2 ou V3 du Project Aura ressemblera très certainement à ce que tente de faire Meta, mais il faut bien commencer quelque part. Google a déjà un avantage : Android XR est bien plus complet que ce que propose Meta avec son écosystème fermé. La guerre entre le créateur de Facebook et celui d’Android s’annonce technologiquement passionnante, sans oublier Apple qui dispose avec visionOS d’une plateforme en attente d’un produit mainstream.
S’il semble évident que cette V1 n’est pas faite pour tout le monde, elle pourrait prouver au grand public qu’Apple ou Meta ne se trompent pas avec leurs casques. Les deux constructeurs ont choisi une approche moins risquée pour lancer leurs plateformes, mais savent pertinemment que les casques ne sont pas la forme finale. La réalité virtuelle aura toujours ses fans (B2B, gaming, contenus immersifs etc.), mais les lunettes AR capables de se transformer en lunettes VR sont sans le moindre doute bien plus prometteuses. Il ne fait aucun doute que ce format tuera les casques quand il sera prêt.

En attendant cette révolution, des lunettes « audio » chez Samsung et des lunettes mono-écran en test chez Google
Conscient qu’il faudra du temps pour imposer des lunettes AR comme le Project Aura, Google va débuter sa mission Android XR avec un autre produit : des lunettes façon Meta Ray-Ban, avec une caméra, des haut-parleurs et un micro pour parler à Gemini.
Samsung sera le premier à en commercialiser à l’automne après une annonce plus complète cet été (sans doute fin juillet, lors de son Unpacked). La marque ira ensuite sur les lunettes avec des écrans pour les notifications ou le GPS, mais pas d’immersion 3D. Le but est de populariser le nouvel Android qui se porte avec des produits abordables. Mais l’objectif réel est plus profond : le project Aura est ce que Google, et ses concurrents, rêvent d’imposer. L’émergence de l’IA générative et de nouvelles technologies optiques rend ce rêve parfaitement possible.
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